Rechercher dans ma chambre

Aucun message portant le libellé Société. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Société. Afficher tous les messages

dimanche, décembre 11, 2011

« Nos » sapins de Noël

Je reproduis ci-dessous ma réponse à un texte que ma cousine Nicole a lu sur Facebook, et avec lequel elle s’est trouvée en accord à un point tel qu’elle s’est empressée de l’envoyer à tous ses contacts. Vous trouverez le texte en question à la fin de ma réponse. Un bijou d’humanité incroyablement ancré dans la réalité.

Chère Nicole,

Puisque tu as eu l'amabilité de m'envoyer ce courriel rempli d'amour, permets-moi de te répondre.

Il est évident que la personne qui a mis ce texte sur Facebook était animée par de profondes valeurs chrétiennes. Tout en la lisant, je pensais au commandement : aime ton prochain comme toi-même. Ce n'est pas toujours facile d'aimer son prochain, surtout s'il est différent de nous, mais, en cette période des Fêtes, c'est un bonheur de constater qu'il y a des gens qui ont le cœur et l'intelligence d'aller au-delà des préjugés. C'est ça la magie de Noël !

J'aimerais attirer ton attention sur un passage de son texte particulièrement émouvant, quand elle dit :

« On vous donne tout ce dont vous avez besoin pour vous aider à vous intégrer ici même dans NOTRE PAYS. On vous donne un toit, de la nourriture, de l'argent, on vous inscrit à l'école pour apprendre la langue, on vous aide à acquérir de meilleures connaissances de NOTRE PAYS, vos études sont payées, afin de faciliter votre intégration sur le marché du travail. Mais à vous entendre... ce n'est pas encore ASSEZ ! »

Cette femme est tellement généreuse, tellement remplie d'amour qu'elle a donné sa job à un immigré. Et comme si ce n'était pas assez, elle l'a logé et nourri gratuitement, en plus de lui payer des études. Incroyable ! Et ce n'est pas tout. As-tu remarqué, elle dit : « On vous donne »... J'en déduis que, dans son village, probablement tout le monde fait la même chose. Wow ! On est loin de Hérouxville !

On est loin de Montréal aussi. Ici, à Montréal, où j'habite depuis 30 ans, je peux te dire que les immigrants, et il y en a beaucoup, on ne leur donne strictement rien. Pour payer leur loyer, nourrir leurs enfants, pour aider leurs frères, sœurs, parents, tantes et oncles restés au pays natal, ils doivent travailler comme des bêtes, pour des salaires souvent inférieurs au salaires des Montréalais, car les jobs bien rémunérées, les Montréalais essaient de les garder pour eux autant que possible. Je suis bien placé pour le savoir : toutes mes préposées viennent de pays étrangers ; les Canadiens français ne veulent pas d’une job aussi exigeante, payée seulement 13 $ de l’heure. Ça, c'est la réalité montréalaise ; en région, heureusement, c'est apparemment différent.

Pour comprendre la vie d'un immigrant, nous les Séguin, nous n'avons qu'à penser à la sœur de grand-maman Maria, qui, de New York, envoyait à sa famille à la Minerve des vêtements ayant des défauts de confection, invendables. L'histoire veut même que, des fois, c'est elle qui les rendait invendables ! Durant la seconde moitié du XIXe siècle, environ 800 000 Canadiens français ont quitté la misère des campagnes québécoises où ils ne voyaient aucun avenir, pour aller travailler dans les usines de textiles du nord-est des États-Unis. Ils n’ont pas eu la vie facile là-bas, ils ont été brimés, méprisés. Aujourd’hui, plus aucun descendant de ces immigrants ne parle le français ; ils ont tous été assimilés. Même scénario en Louisiane.

Tout immigrant a une double vie, une double responsabilité : ici et là-bas, au pays natal. Quand le téléphone sonne, et que c'est un appel « du pays », l'immigrant sait que ça va lui coûter cher : tel parent est tombé malade, il faut payer pour le faire soigner, ou bien c'est qu'il n'y a rien à manger, ou encore qu'il manque d'argent pour les études.

Parlant d'études, ce qu'il y a de frustrant pour les immigrants, c'est qu'ils sont en moyenne plus scolarisés que les Montréalais et qu'ils se retrouvent quand même avec les jobs les moins payantes. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Statistique Canada. Et la raison est très simple : le Québec choisit, parmi les personnes qui veulent s'établir ici, celles qui ont une meilleure capacité à s'intégrer, c'est-à-dire celles qui parlent français et qui ont un diplôme. Mais apparemment, ça n'est pas suffisant. Malgré leur besoin urgent de travailler et leurs compétences, le taux de chômage chez les immigrants est de 12,5 %. Au sein de la communauté venant du Maghreb, c'est pire encore : le taux de chômage monte à 25 % ! Pourtant les Maghrébins parlent très bien français et sont reconnus pour être très scolarisés. Hélas ! ils sont musulmans, et là est le problème.

Dans le texte que tu nous a envoyé, la personne est très en colère parce que des Musulmans veulent l'empêcher de célébrer la Noël. Il faut la comprendre : elle et les gens de son village accueillent, avec beaucoup de générosité, ces Maghrébins dont personne ne veut, et en retour ces immigrants vraiment ingrats s'attaquent à leurs sapins de Noël !

La seule explication que je peux voir à cette malheureuse histoire, c'est que les gens de ce village sont tombés sur une bien mauvaise batch d'immigrants.

Je ne pensais pas qu'une telle chose pouvait arriver. Car j'ai connu pas mal de Musulmans à l'époque où j'étudiais à l'UQAM, et aucun d'eux n'avait de problème avec la Noël. Au contraire, ils aiment l'espèce de fébrilité qui s'empare de Montréal durant les Fêtes, et ils aiment beaucoup toutes ces lumières partout. Et ils fêtent eux aussi Noël, à leur façon. Ce sentiment est également partagé par ma préposée guinéenne, musulmane elle aussi.

Les gens de ce malheureux village ont été extraordinairement malchanceux. Ils sont tombés sur les seuls Musulmans anti-Noël du Québec !

En terminant, j'aimerais quand même soulever un point qui demande à être éclairci. Le texte dit : « Vous quittez vos pays parce que la guerre, la haine, la mort y règnent ». D’abord, la haine n’épargne personne, elle est partout, en Afrique aussi bien que dans un trou xénophobe comme Hérouxville. Ensuite, lorsque des gens fuient leur pays parce que leur vie est en danger, alors ils sont considérés comme des réfugiés. Si leur statut de réfugiés est confirmé par l'État, après quelques années, alors ils peuvent obtenir leur résidence permanente, puis leur citoyenneté, et alors ils entrent dans la catégorie des immigrants. Les réfugiés sont peu nombreux et représentent un cas particulier. La très grande majorité des personnes qui veulent s'établir au Québec ont d'autres raisons, notamment économiques, comme les Canadiens français autrefois.

C'est dommage, Nicole, que tu n'aies pas le nom de cette personne qui a mis ce texte sur sa page Facebook. J'aurais aimé lui répondre, la remercier de ce beau témoignage qui va si bien avec l'esprit des Fêtes.

Je t'envoie mes vœux de Noël dans quelques jours.

Profite bien de ton sapin !

Bisous.

Luc

*

Je suis athée et je ne fais pas chier le peuple avec ça... ce n'est pas parce que je ne crois pas en Dieu que je dois mettre de côté les traditions et les valeurs qu'on m'a apprises. La fête de Noël n'est pas une RELIGION... mais un ÉVÉNEMENT !

Noël existe depuis que le monde est monde... et n'est-ce pas en Israël que le tout a commencé ?

Vous quittez vos pays parce que la guerre, la haine, la mort y règnent. Vous venez vous établir ici dans NOTRE PAYS, pour pouvoir fuir tout ça et vivre heureux, en santé et à l'abri de tout ça.

On vous donne tout ce dont vous avez besoin pour vous aider à vous intégrer ici même dans NOTRE PAYS. On vous donne un toit, de la nourriture, de l'argent, on vous inscrit à l'école pour apprendre la langue, on vous aide à acquérir de meilleures connaissances de NOTRE PAYS, vos études sont payées, afin de faciliter votre intégration sur le marché du travail. Mais à vous entendre... ce n'est pas encore ASSEZ !

Moi c'est à vous que je dis C'EST ASSEZ... assez de vouloir changer nos traditions et nos coutumes, assez de brimer nos droits et libertés parce que c'est contraire à votre religion, assez de nous traiter de racistes parce qu'on aime pas votre façon de faire.

Pourquoi venez-vous dans notre pays si c'est pour tenter de le changer à l'image du pays que vous avez fuit ?

C'est nous qui vous offrons l'hospitalité, alors à vous de vous conformer à nos traditions et nos coutumes. Lorsqu'un étranger s'établit dans votre pays, il doit se convertir à vos traditions, à vos coutumes et celui qui ne les respecte pas... peut être passible de mort... dans certains pays. Et nous QUÉBÉCOIS devrions vous laissez [sic] tout changer sans rien dire ?... ASSEZ C'EST ASSEZ !

Retournez dans votre pays si nos traditions et nos coutumes vous déplaisent tant que ça... vous me faites chier à vouloir tout changer... ça suffit osti... RESPECTEZ NOS VALEURS !

Vos femmes peuvent aller vôter [sic] en portant le voile, vous porter [sic] vos armes sur vous, on vous a donné des espaces pour prier... MAINTENANT CALICEZ NOUS LA PAIX AVEC NOËL...

Si on veut mettre un sapin de Noël on va en mettre un, si on veut décorer la ville entière pour Noël, on va le faire. Si on a envie de crier NOËL partout on va le crier, si nos enfants on envie de parler de Noël à l'école, ils vont le faire...

RESPECTEZ NOUS SI VOUS VOULEZ QU'ON CONTINU [sic] À VOUS RESPECTER...

Qui sont les plus racistes d'après-vous ?... VOUS... musulmans, juifs et les autres... car vous voulez changer notre image !... Un raciste est une personne qui n'aime pas les gens d'une autre nationalité... n'est-ce pas une forme de racisme ce que vous faites ?

Réfléchissez dont [sic] avant de vouloir brimer NOTRE PAYS !

mercredi, juin 23, 2010

Vingt ans après l'échec de Meech. Grosse fatigue

Une commémoration bien québécoise cette semaine : celle d’un échec. Il y a vingt ans, l’accord du lac Meech devenait « l’échec du lac Meech ». Moi-même, je me souviens, j’y étais opposé. Quand le député manitobain Elijah Harper a fait déraillé le processus de ratification de l’accord, j’ai poussé un grand « yes sir ! » bien senti. J’y voyais un événement favorable à la souveraineté du Québec que je croyais, à l’époque, encore possible. J’attendais, pour reprendre les mots de René Lévesque, notre « rendez-vous normal avec l’Histoire ». Ce rendez-vous n’a jamais eu lieu. De 1980 à 1995, nous avons donc vécu l’échec du premier référendum, puis l’échec de Meech, puis le rejet de l’entente de Charlottetown, puis l’échec d’un second référendum sur la souveraineté. Que peut bien vouloir dire aujourd’hui ce vers de Miron : « Un jour j’aurai dit oui à ma naissance » ? Plus rien. Le statut du Québec au sein du Canada demeure problématique. Mais, aussi bien, son rapport au monde. Qui sommes-nous ? Quelle est notre pertinence ? Que voulons-nous ? Être heureux avec notre nouveau iPad ? Si ce n’est que cela, alors pourquoi défendre notre langue ? Pourquoi freaker sur la question du voile islamique ? Que voulons-nous au juste préserver, perpétuer ?

Ces questions n’ont rien de rhétorique. Elles nous habitent comme des fantômes. Les fantômes d’un peuple qui se meurt à lui-même et au monde. Au point où désormais il doute de la plus fondamentale des évidences, celle d’être un peuple. Cette régression s’accompagne d’une perte implacable du pouvoir politique, lequel se concentre de plus en plus à Ottawa.

Une idée communément admise -- et si rassurante -- veut que l’échec de Meech et celui de Charlottetown aient consacré la victoire du statu quo. Il n’y a pas de statu quo possible. Le Canada continue d’évoluer suivant sa dynamique propre, vers un État unitaire, centralisé, indifférent à la spécificité québécoise et aux revendications qui découlent du désir – évanescent il est vrai – de la préserver. Il y a trois ans, le groupe TSX (qui détient la bourse de Toronto) achetait la bourse de Montréal, une transaction que certains médias ont pudiquement appelé « fusion ». Aujourd’hui, le gouvernement Harper s’entête à vouloir créer, contre l’avis de tous les experts, une commission des valeurs mobilières unique, au lieu des dix commissions provinciales actuelles, une attaque si brutale à l’autonomie des provinces que le gouvernement Charest a porté l’affrontement devant la Cour d’appel du Québec. Parallèlement, Harper, avec l’appui des libéraux de Michael Ignatieff, s’apprête à passer la loi C-12 qui ajoutera 30 nouvelles circonscriptions aux 308 que compte actuellement le pays : 18 iront à l’Ontario, 7 à la Colombie-Britannique, 5 à l’Alberta et… aucune au Québec. Rappelons que c’est le Québec qui, aux dernières élections, a empêché le Parti conservateur d’obtenir une majorité à la Chambre des communes. Il s’agit donc pour Harper de faire en sorte de pouvoir désormais se passer de nos votes, une stratégie qui profitera aussi au Parti libéral du Canada. Pour occulter notre marginalisation, à laquelle participent sans broncher les quelques députés québécois des deux principaux partis fédéraux, il sera désormais interdit d’utiliser l’expression « Québécois de service » à la Chambre des communes.

Dans cette même perspective, il faut aussi rappelé le jugement controversé rendu par la Cour suprême du Canada, lequel a invalidé la loi 104 qui interdisait le recours aux « écoles passerelles » au Québec.

Ces quelques exemples n’ont pour but que d’illustrer les conséquences de notre démission collective, de notre régression dans la recherche d’un bonheur individuel, axé plus que jamais sur la consommation infantilisante, aliénante et dénuée de sens. Vingt ans après l’échec de Meech, notre refus de faire des choix affirmés qui nous définissent et nous ouvrent au monde, nous place en position vulnérable, défensive, face aux choix des détenteurs du pouvoir.

C’est peut-être là, dans cet démission, qu’il faut voir l’expression de ce que Hubert Aquin appelait, il y a plus de quarante ans déjà, notre  « fatigue culturelle ».

mercredi, février 03, 2010

Le vide

Le texte d'aujourd'hui n'a pas rapport avec Haïti mais un peu quand même.

Les médecins spécialistes ne sont pas contents.

En 2007, le gouvernement leur a accordé une importante augmentation de 25,3 % étalée jusqu'en 2016. Au total, cette année-là, ils recevront 1,27 milliard de plus. Or, les voilà aujourd'hui qui s'impatientent : leur salaire n'augmente pas assez vite : 6,1 % de 2007 à 2010, contre 11 % pour leurs collègues canadiens. Eux qui pourtant visent la parité. INACCEPTABLE !

Ils réclament donc, en vue des négociations de mars prochain, des « hausses de salaire d'au moins 4 %, voire 5 à 6 % par année ». (1)

En 2007, pour mieux faire accepter leurs revendications par l'opinion publique, ils avaient évoqué l'impérieuse nécessité d'assurer l'accès aux soins. Cette fois-ci, Gaétan Barrette, président de la FMSQ, n'a montré aucun scrupule : il faut « suivre le marché, point ». Business is business.

À chaque fois que je vois des travailleurs pourtant choyés -- il n'y a pas que les médecins, hélas ! -- faire une « crise » pour avoir plus d'argent, ce qui me frappe, c'est le vide, l'ahurissant vide d'existence que recouvrent leurs infantiles gesticulations.

Être heureux, un livre entre les mains, ne coûte rien. Aider son prochain, si un séisme ne l'a pas jeté dans le dénuement le plus total, ne coûte rien. Vivre la richesse inouïe qu'il y a dans le simple fait d'exister, d'être au monde, conscient et solidaire, ne coûte rien.

__________

(1) Louise-Maude Rioux Soucy. « Les spécialistes veulent 4 % par an minimum ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 1er février 2010) (Page consultée le 3 février 2010)

Sur le même sujet :

-- PC. «  Santé - Jusqu'à 150 000 $ de plus par année pour les spécialistes  ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 19 septembre 2007) (Page consultée le 3 février 2010)

-- Louise-Maude Rioux Soucy. « Recul salarial - Les médecins de famille se rangent derrière les spécialistes ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 1er février 2010) (Page consultée le 3 février 2010)

-- Christian Bordeleau, Benoît Dubreuil. « Revendications salariales des médecins - Pour mettre fin un jour au chantage ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 6 février 2010) (Page consultée le 7 février 2010)

lundi, décembre 14, 2009

La grande immortalité

Je cite l'écrivain Milan Kundera : « Face à l'immortalité, les gens ne sont pas égaux. Il faut distinguer la petite immortalité, souvenir d’un homme dans l’esprit de ceux qui l’ont connu […], et la grande immortalité, souvenir d’un homme dans l’esprit de ceux qui ne l’ont pas connu. » (1)
La plupart des gens qui affirment croire en Dieu agissent au quotidien comme s'Il n'existait pas. C'est peut-être pour cette raison que l'idée de l'immortalité de l'âme a moins d'attrait, moins d'influence sur les comportements que l'idée profane de la grande immortalité telle que définie par Kundera. Si ce n'était pas le cas, si le souci de l'âme, et ce qui en advient dans l'au-delà, devait primer, nous ne vivrions pas dans un tel monde d'égoïsme et d'inégalités (et Moisson Montréal n'aurait pas reçu dix fois moins de denrées non périssables que l'an dernier). (2)
Jusqu'à présent, la grande immortalité n'était réservée qu'aux personnages illustres, ces privilégiés que ne quittent jamais les projecteurs de l'Histoire. C'est la métaphore qu'emploie souvent Kundera : une scène inondée de lumière où, devant l'humanité, se tiennent les grands personnages historiques. Mais voilà : désormais il y a l'Internet, ce formidable moyen de projeter son ego à la face du monde. Sur le site très fréquenté – 30 000 visiteurs, selon AFP, les 6 et 7 novembre dernier (3) – d'Anne Lamic, nous pouvons lire : « J'ai le droit de sortir de l'ombre. J'ai une webcam qui vous permet de me voir vivre en direct et en temps réel, dans mon petit Monde ». C'est la mère d'Anne qui s'exprime ainsi au nom de sa fille, une handicapée de 32 ans qui n'a pas l'usage de la parole et qui, aux dires de son père, « a l’évolution d’une enfant d’un mois » (4).
Notez l'affirmation péremptoire : j'ai le droit. Tout se passe comme s'il n'était plus nécessaire de sacrifier à l'effort d'une pensée originale, à l'ascèse d'une longue élaboration artistique, au courage d'un combat politique : il suffit d'avoir une webcaméra, de livrer l'existence dans la nudité du quotidien pour que le sens jaillisse de lui-même.
L'exemple d'Anne – même si dans son cas l'ego n'est évidemment pas impliqué – a ceci d'intéressant qu'il rend encore plus évident le caractère immanent de ce nouveau droit : celui de laisser un souvenir dans l’esprit de gens qui ne nous ont pas connus.
Un droit qui prend sa source dans un double fantasme. D'une part, la scène illuminée de l'Histoire, à laquelle chacun aurait désormais accès sans efforts, par le moyen des nouvelles techniques de communication, en projetant son ego, comme j'ai dit, à la face du monde. D'autre part, la « virtualisation » de l'être, son désancrage du corps et de sa finitude ; lu dans le Devoir, ce commentaire d'un psychologue français : « Aujourd'hui, nous avons la possibilité d'exister en même temps à plusieurs endroits, d'avoir des vies parallèles, plusieurs identités et, désormais, de pouvoir rester présent dans ces mondes après notre mort, au même titre que les vivants. » (5)
_________
(1) Kundera, Milan. L'Immortalité. Édition Gallimard, Paris, 1990, pp. 66-67
(2) Bérubé, Stéphanie. « Moisson Montréal a reçu dix fois moins de denrées ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Samedi, 12 décembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)
(3) AFP. « ' Près de 30.000 visiteurs ' sur le site d'Anne, polyhandicapée bientôt filmée ». Google actualités [En ligne] (Vendredi, 6 novembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)
(4) « Ils exposent la vie de leur fille handicapée sur le net ». Europe1.fr [En ligne] (Jeudi, 5 novembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)
(5) Deglise, Fabien. « In Numeriam ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 10 novembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)

mardi, décembre 01, 2009

Trop d'argent

L'Institut de la statistique du Québec a publié son rapport sur la rémunération au Québec la semaine dernière. Intéressant. Surtout de comparer les comptes rendus dans les journaux.

Le Devoir, idéologiquement à gauche, disons centre gauche, résumait ainsi :

« Selon les données rendues publiques hier, la rémunération globale des employés de l'État, qui prend en compte le salaire, les avantages sociaux et les heures de présence au travail, affiche un retard de 3,7 % par rapport à l'ensemble des autres salariés. Il était de 2,9 % l'année dernière. Ils jouissent toutefois d'une avance de 3,6 % par rapport au secteur privé, employés syndiqués et non syndiqués confondus. » (1)

Sur le portail Cyberpresse, campé à droite, nous lisons cependant :

« L'État québécois demeure un employeur tout à fait concurrentiel. Cette année, les fonctionnaires provinciaux bénéficieront, dans l'ensemble, d'une rémunération 3,6 % plus élevée que leurs homologues du privé, indique le nouveau rapport de l'Institut de la statistique du Québec. » (2)

Alors, ces employés de l'État, gagnent-ils trop ou pas assez ?

Trop.

Et les employés des sociétés d'État, comme Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ ? Trop aussi. Tout comme les employés municipaux, à commencer par ces pompiers de merde.

Mais les infirmières en milieu hospitalier, elles ? Et les enseignants ?

Foutez-moi la paix.

Au Québec, comme ailleurs dans les pays occidentaux, trop d'honnêtes travailleurs gagnent trop d'argent. Pour quoi, cet argent ? Pour les trois ordinateurs par maison trop grande. Pour la télé au plasma de 52 pouces. Pour les tatas en VTT, pour les hors-bord et les motoneiges. Les voyages dans le Sud.

Pour maintenir un ordre social fondé sur l'iniquité et la souffrance (30 000 itinérants juste à Montréal (3), le pillage des ressources naturelles, la destruction de l'écosystème planétaire.

Et dire que Noël approche.

__________

(1) Shields, Alexandre. « Rémunération : l'administration québécoise est toujours en retard ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 27 novembre 2009) (Page consultée le 28 novembre 2009)

(2) Krol, Ariane. « Québec, un employeur de choix ». Cyberpresse [En ligne] (Vendredi, 27 novembre 2009) (Page consultée le 28 novembre 2009)

(3) Rioux Soucy, Louise-Maude. « Vaste recherche pour briser le cycle de l'itinérance ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 24 novembre 2009) (Page consultée le 28 novembre 2009)

dimanche, octobre 11, 2009

99 francs

J'avais téléchargé 99 francs, de Jan Kounen, en pensant qu'il s'agissait d'une comédie. La présence de Jean Dujardin m'aura trompé. Le registre du film est plutôt celui du drame. Un passage m'a particulièrement frappé : « Pour lui la vie sans cocaïne est presqu'une découverte. C'est un peu comme la vie sans télé pour certains. Tout est plus lent, et l'on s'ennuie vite. Il se dit que c'est peu-être ça le secret qui sauvera le monde : accepter de s'ennuyer. »

La vie sans consommer de cocaïne, ici, nous renvoie très clairement à la vie sans consommer, point. A cette vie donc qui pourrait être la nôtre, à nous qui au fond n'aimons à peu près rien faire d'autre qu'acheter. Acheter même – surtout – ce qui est gratuit. Acheter des bidules, des gugusses électroniques, acheter ce qu'il faut pour refaire la décoration intérieure qui « en a bien besoin », acheter du divertissement, du plaisir instantané, acheter, tiens, des idées. Une quantité ahurissante d'idées, pour occuper l'esprit. Combien de livres édités à chaque année ? De journaux et de magazines imprimés à chaque semaine ? Pour ne rien dire de l'Internet et de sa pléthore abrutissante. Je lisais justement hier dans le Devoir que les essais philosophiques se vendent très bien depuis quelques années. Paraîtrait que les gens vivent « une perte de repères dans un monde où les systèmes de valeur se sont écroulés ». (1) Qui dit perte, dit vide, besoin, et – inévitablement – consommation. Le système est ainsi fait ; il n'y a pas d'issue. Ou plutôt : pas d'issue qui ne soit radicale. Qui ne passe, pour ainsi dire, par une aliénation au second degré. S'aliéner l'aliénation capitaliste. C'est-à-dire accepter de vivre en marge de la société telle qu'elle est aujourd'hui. Accepter de rompre le pacte tacite qui nous lit aux autres à travers la même compulsion à l'achat, d'être le grain de sable dans l'engrenage. Et accepter, pour cela, d'être jugé. Car il n'y a que cela qui « sauvera le monde ». Les allusions christiques sont d'ailleurs explicites dans 99 francs. Le protagoniste, Octave, incarné par Dujardin, ne pourra en fin de compte se résoudre à l'ennui. Sa condamnation du monde est aussi bien une condamnation de lui-même, laquelle l'amènera au suicide rédempteur.

Une alternative ironique et métacritique à cette fin tragique nous est cependant proposée : Octave retrouve Sophie (qui n'est donc plus morte) sur une plage ensoleillée. La scène, idyllique à souhait, se fige bientôt en une image qui est l'exacte reproduction du panneau publicitaire présenté au tout début du film.

Au consommateur, donc, de choisir la fin qui lui convient le mieux...

__________

(1) Doyon, Frédérique. « Philo-pop versus psycho-pop ». Le Devoir [En ligne] (Samedi 6 et dimanche 7 mai 2006) (Page consultée le 11 octobre 2009)

mercredi, décembre 17, 2008

Sapin de Noël

Je n’ai jamais compris pourquoi le sapin de Noël avait été renommé « sapin des Fêtes ». Un ami musulman à qui je posais la question n’y comprend rien lui non plus : lui-même fête Noël ! Cette idée universellement stupide n’a pu venir que de gens déconnectés de la réalité des immigrants dont plusieurs sont chrétiens incidemment.

Un article du Devoir, signé par l’anthropologue Daniel Baril, contribuera, je l'espère, à dissiper ce malentendu. Je cite :

Le mot Noël n’a rien de spécifiquement chrétien ni même de religieux au sens actuel du terme. Le mot a deux étymologies possibles. La première serait une contraction du latin natalis (naissance), tiré de natalis dies sol invictus, le « jour natal du Soleil invaincu ». (Noël semble loin de natalis, comme l’a souligné Hubert Laforge dans ces pages, mais on connaît d’autres mots ayant subi des transformations semblables, notamment patella, qui a donné poêle.)

Bien avant l’apparition du christianisme, cette fête était célébrée chez les Romains le 25 décembre, date à laquelle correspondait le solstice d’hiver avant la réforme du calendrier par Jules César. Cette fête du Soleil invaincu était celle de Mithra et a été christianisée au IVe siècle après que l’empereur Constantin eût imposé le christianisme comme religion d’État. Le natalis dies dont il est question dans Noël ne réfère donc pas à la naissance de Jésus, comme le pensent plusieurs, mais à celle de Mithra. Voilà ce que les dictionnaires ne précisent pas.

Une autre origine possible est le terme gaulois noio (nouveau) combiné au grec hel (soleil), ce qui donne noio hel pour nommer le jour du solstice. Que l’on adopte l’une ou l’autre des étymologies, Noël nous renvoie, dans les deux cas, aux fêtes du solstice d’hiver. Même les Vikings s’adonnaient à des festivités à l’approche de ce moment de l’année, festivités appelées yul ; dans les langues scandinaves d’aujourd’hui, Noël se dit Yul, mot que l’on retrouve aussi dans l’anglais classique comme dans le terme yul log, la bûche de Noël.

Coutume celtique

Quant au sapin de Noël, il nous viendrait des Celtes. Plus de 1000 ans avant le christianisme, les Celtes décoraient un sapin (symbole de vie) avec des fruits et des fleurs lors du solstice d’hiver. La pratique serait passée au christianisme par les Alsaciens qui en avaient maintenu la tradition. Mais ce n’est qu’au XIXe siècle que le protestantisme allemand l’a adopté alors que le catholicisme ne s’y est résigné qu’au XXe siècle. Jusqu’aux années 40, l’Église catholique considérait encore le sapin de Noël comme une pratique païenne condamnable. Il est pour le moins paradoxal qu’on attribue aujourd’hui au sapin de Noël un caractère trop catholique !

Ce que certains chrétiens fêtent le 25 décembre, c’est la Nativité. Le fait qu’il subsiste deux termes pour désigner cette date montre qu’il y a là deux dimensions. Les fêtes de familles, les partys de bureau, les festins, les décorations, les échanges de cadeaux et les beuveries sont liées à Noël et n’ont rien à voir avec le Jésus de la crèche. Aujourd’hui, Noël est souligné même au Japon et il faut y voir l’effet de la commercialisation plutôt que celui des missionnaires. Malgré la christianisation des fêtes du 25 décembre, la Nativité n’est en fait pas parvenue à éclipser les fêtes carnavalesques héritées des Saturnales romaines et des réjouissances celtes. De la même façon que Mithra est tombé dans l’oubli, le père Noël a éclipsé le sens religieux de la fête. ¹

__________

¹ Baril, Daniel. « Noël n'a rien de religieux, le sapin non plus ». (Mardi 16 décembre 2008) (Page consultée le 16 décembre 2008)

samedi, novembre 01, 2008

Les votes ethniques

Il faut connaître des musulmans, ou des Noirs, être témoin de leur vie au quotidien, pour prendre la mesure de ce mal insidieux et répandu qu'est le racisme. Mes préposées haïtiennes m'en parlent à l'occasion, dans des moments de ras-le-bol, parce qu'elles ont confiance en moi. Autrement, elles gardent le silence ; on ne les croirait pas.

Le racisme ne fait pas de bruit, sauf quand il interdit à un médecin sénégalais de pratiquer. Ou quand il sort du revolver d'un policier. Il ne fait pas de bruit, mais il tue toujours. Pas seulement des Villanueva. Il tue aussi et d'abord l'amour propre, la dignité, blesse le bonheur et l'espoir, et, au-delà, atteint tout le corps social.

Mardi prochain, nous serons les témoins d'une tragédie immense.

Obama assassiné ?

Pourquoi faire ? Il n'y qu'à voter pour sa race et remettre les Nègres à leur place. En 1954, la Cour suprême des États-Unis cassait les lois de ségrégation dans les écoles ; puis, en 1956, dans les transports publics. C'était il n'y pas si longtemps. « Joe le Plombier », dans sa banlieue de l'Ohio, n'a pas oublié. Il tient aujourd'hui sa revanche, il ne va pas rater son coup. Oubliez les sondages. Oubliez l'argent dont regorgent les démocrates. Ici, il est question d'un mépris profond, protéiforme. C'est lui qui va voter dans l'isoloir.

Les Américains ne sont pas moins racistes que les Québécois, en dépit des apparences.

Pour voiler quelque peu cette réalité honteuse, les analystes parlent plutôt de l'« effet Bradley », du nom de ce candidat noir au poste de gouverneur de la Californie en 1982 ; donné largement gagnant dans les sondages, il devait finalement perdre de très peu contre son adversaire républicain George Deukmejian. Les psys, dans le même esprit euphémisant, se sont de leur côté vraiment surpassés : ils appellent « préjugé de désirabilité sociale » (social desirability bias) la duplicité du sondé qui fournit hypocritement des réponses perçues comme politiquement correctes et « socialement désirables ». (1)

Mardi, en fin de soirée, Obama pourra affirmer, amer :

Nous avons perdu, au fond pourquoi ? Pour une raison : les votes ethniques.

__________

(1) Keiser, Richard. « Vote Obama : les électeurs blancs pourraient faire mentir les sondages ». Le Monde diplomatique [En ligne]. (Novembre 2008) (Page consultée le 1er novembre 2008)

mardi, octobre 21, 2008

L'argent-dette - Suite

Je reviens sur un passage du vidéo présenté dans mon dernier billet :

« En quelques décennies, à cause du lobbying féroces des banques, les obligations de réserves ont quasiment disparu dans plusieurs pays ».

Le cas de l'Islande est assez frappant. Le Devoir titrait samedi : « L'Islande au bord du gouffre ». (1) Dans ce petit pays jouissant d'un niveau de vie très élevé, le crédit, c'est-à-dire l'endettement, était devenu trop accessible. L'économie, certes, tournait à plein régime, les 330 000 habitants pouvaient assouvir leur soif de consommer, mais cette bulle irréelle ne pouvait qu'éclater. Le gouvernement, qui avait laissé les banques créer de l'argent-dette au-delà de toute mesure raisonnable, pris dans la tourmente, a dû finalement révéler que les dettes de ces dernières représentaient 12 fois le PNB du pays !

C'est d'abord la troisième banque du pays, Glitnir, qui a requis le secours de l'État. La nouvelle de sa nationalisation a aussitôt ébranlé la confiance dans les filiales de la seconde banque, Landsbanki. Il s'est alors produit ce que le vidéo appelle un « phénomène de retrait massif », un mouvement de panique qui a mis Landsbanki à genoux.

La crise financière actuelle, telle que l'illustre le cas de l'Islande, est le résultat, d'abord, de l'irresponsabilité des gouvernements qui ont déréglementé le secteur financier et tenu les citoyens dans l'ignorance des risques ; ensuite, de la cupidité et la stupidité des banques qui ont créé des produits financiers (comme les Credit Default Swap, les Asset Backed Securities) si complexes qu'elles s'y sont finalement perdues ; enfin, de la soif de consommer des citoyens eux-mêmes, qui, au fond, ne demandaient pas mieux que de pouvoir dépenser de l'argent qu'ils n'avaient pas.

Tel est le système, qui, ne l'oublions pas, repose tout entier sur l'accroissement perpétuel de l'endettement. Qu'il y ait crise ou pas ne change rien au fait que ce système d'endettement est insoutenable à long terme et qu'il doit impérativement être jeté aux poubelles de l'Histoire.

Nous en sommes tous là, face à un choix fondamental. Je cite Foglia :

« Pour moi, cette crise pose une question fondamentale qu'on fait tout pour éluder, contourner, qui ressurgit pourtant dans tous nos débats, dans nos élections, dans nos choix de vie : assouvissement ou émancipation ? Consommation ou culture ? Société ou marché ? » (2)

__________

(1) Auteur non mentionné. « L'Islande au bord du gouffre ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 18 octobre 2008) (Page consultée le 31 janvier 2010)

(2) Foglia, Pierre. « Une question niaiseuse ». cyberpresse.ca [En ligne] (Samedi 18 octobre 2008) (Page consultée le 18 octobre 2008)

jeudi, octobre 09, 2008

L'argent-dette

« On croit souvent que les banques prêtent l'argent que les déposants leur ont confié. Mais pas du tout. En fait, les banques créent l'argent qu'elles prêtent. Pas à partir de leurs bénéfices, ni à partir de l'argent déposé, mais directement à partir des promesses de remboursement faites par les emprunteurs. »

Tel est le propos initial de ce documentaire animé de Paul Grignon, L'Argent-dette (Money as Debt) qui pose cette question fondamentale : d'où vient l'argent ?

Prenez le temps de le visionner. Votre perception de la crise financière actuelle en sera certainement éclairée. Notamment, vous comprendrez pourquoi la crise actuelle est appelée crise du « crédit » ; pourquoi les gouvernements veulent éviter que les gens cessent de consommer, c'est-à-dire de s'endetter ; et pourquoi ces mêmes gouvernements veulent également éviter à tout prix que les gens se précipitent à leurs banques pour retirer leur argent.

Plus fondamentalement, c'est tout le système monétaire actuel -- dit « système de réserves fractionnelles » soutenues par des banques centrales -- qui est ici mis en cause, nommément la mainmise des banques privées sur une organisation de la société basée sur l'expansion illimitée du crédit.


Ce vidéo est hébergé sur le site vimeo.

Ci-dessous, quelques extraits :

« le crédit créé par une banque privée est légalement convertible en devises fiduciaires émises par le gouvernement comme les dollars, les euros, Les devises fiduciaires sont des devises créées par un décret gouvernemental. »

« Le montant total d'argent qu'il est possible de créer n'a qu'une seule limite réelle : le montant total de la dette. »

« Les gouvernements placent une limite légale sur la création d'argent fictif en imposant des règles sur les obligations de réserves fractionnelles, mais ces obligations sont fondamentalement arbitraires. Elles varient d'un pays à un autre, d'une époque à une autre. Longtemps, il a été commun d'exiger que les banques aient au moins un dollar en or en réserve pour garantir dix dollars d'argent-dette. Aujourd'hui, les ratio de réserves minimales ne s'appliquent plus du tout au rapport entre argent nouvellement créé et or en dépôt, elles [sic] s'appliquent uniquement au rapport entre argent nouvellement créé et argent existant. Aujourd'hui, les réserves d'une banque sont faites de deux choses : le montant en devises bien réelles qu'elle a déposé à la banque centrale et le montant total de son argent-dette. »

« En résumé, la réserve initiale d'un peu plus de mille cent onze dollars [1111,12] à la banque centrale permet de récolter des intérêts sur des sommes allant jusqu'à 100 000 dollars, que la banque [le système bancaire] n'a jamais eus. »

« En quelques décennies, à cause du lobbying féroces des banques, les obligations de réserves ont quasiment disparu dans plusieurs pays »

« l'argent créé par le gouvernement représente en général moins de 5 % de l'argent en circulation »

« dans le monde artificiel de l'argent, la simple promesse faite par une banque de vous prêter de l'argent est considérée comme de l'argent véritable »

« Est-ce que vous vous êtes déjà demandé comment tout le monde -- les gouvernements, les entreprises, les familles – peut être endetté en même temps et pour des sommes aussi colossales ? Est-ce que vous vous êtes demandé comment il peut y avoir tant d'argent à emprunter ? »

« Sans dettes, il n'y aurait pas d'argent du tout. »

« Il faut bien souligner que les banquiers créent uniquement le montant du principal ; ils ne créent pas l'argent qui sert à payer les intérêts. Alors, d'où vient cet argent ? Le seul endroit où les emprunteurs peuvent obtenir de l'argent pour payer les intérêts est l'ensemble des fonds de l'économie générale. Mais presque tous ces fonds ont été créés de la même façon, à partir de crédits bancaires. Donc partout, il y a des emprunteurs qui se trouvent dans la même situation : ils cherchent désespérément l'argent pour rembourser le principal et les intérêts dans une réserve globale d'argent qui ne contient que le principal. Il est tout à fait impossible pour tout le monde de payer le principal plus les intérêts car l'argent des intérêts n'existe pas. [...] Le grand problème, c'est que pour les emprunts à court [sic] terme, comme les hypothèques et les emprunts gouvernementaux, où les intérêts dépassent de loin le principal, les risques de saisies, et donc les dangers pour l'économie, sont très grands. À moins de créer beaucoup d'argent pour payer les intérêts. Pour que la société continue de fonctionner, le taux des saisies doit rester bas. De plus en plus de nouvelles dettes doivent être créées pour trouver l'argent qui servira à payer les dettes précédentes. Alors bien sûr, la dette totale augmente, et les intérêts aussi, ce qui cause une escalade exponentielle de l'endettement. Seul le temps qui sépare la création des nouveaux emprunts et leur remboursement empêche le manque d'argent global de mettre le système en faillite. »

« Comment un système monétaire fondé sur l'accélération perpétuelle de la croissance peut-il servir à construire une économie durable ? »

jeudi, février 21, 2008

Il y a conscience et conscience

Un article du Devoir fait état d’observations démontrant que certains animaux sont capable de pensée réflexive, ce qui témoignerait d’un certain niveau de conscience : « Des expériences contrôlées ont démontré, par exemple, comment des geais cachent leurs graines différemment s’ils se sentent épiés par d’autres compères. Se sachant voleurs, ils savent que les autres le sont aussi et, par réflexion sur leur propre comportement, ils vont circonscrire ce comportement qu’ils savent culturel ! » (1) [C’est moi qui souligne]

Ce qu’il y de fascinant dans l’exemple ci-dessus, c’est que le scientifique, ayant observé le comportement de l’oiseau, va lui prêter une pensée qu’il est pourtant le seul à pouvoir formuler ! Pas banal ! Se peut-il que cet homme brillant fasse abstraction du fait qu’une pensée qui n’a pas de langage pour s’exprimer n’est pas une pensée ? Le geai ne peut pas se savoir voleur. Il peut l’être à nos yeux, point. J’insiste : l’être. Et à nos yeux seulement. Parce que nous seuls avons le concept (« voleur ») pour construire cette réalité et l’exprimer.

C’est une chose de reconnaître aux animaux une forme d’intelligence, peu importe le sens que l’on donne à ce mot, mais c’en est une autre d’attribuer à certaines espèces une « culture », voire même une « conscience » comme le rapporte l’article. Les animaux communiquent entre eux au moyen de langages, lesquels, pour être variés et d’une complexité inégale, ont tous en commun de ne pas permettre la pensée conceptuelle abstraite. Le plus évolué des animaux, si on exclut l’homo sapiens, ne sait pas ce qu’est un « animal », il ne peut pas penser le concept d’« animal ». Le chimpanzé n’a pas de mot pour se désigner, se caractériser par rapport aux autres primates et animaux. Il ne sait pas ce qu’il est. Pas plus que le geai ne sait qu’il est voleur.

De même, le chimpanzé, que l’on dit si près de l’Homme, ne peut pas éprouver les sentiments comme nous. Chez l’Homme, tout sentiment est double. Ce que nous appelons, par exemple, « joie » est, indissociablement, conscience de cette joie. Notre tristesse est aussi conscience de cette tristesse. C’est cette conscience, qui vient en quelque sorte doubler tous nos sentiments, qui fait que ceux-ci n’ont pas d’équivalent dans tout le règne animal.

Ainsi, quand on dit que notre chien est « content » parce qu’il remue la queue, on péche par abus de langage, par anthropomorphisme. Un chien ne peut pas être « content » ou « joyeux ». Le chien peut seulement vivre un état entier que nous, humains, du fait de notre conscience structurée par le langage conceptuel, nous associons à un sentiment de « joie ».

Cet anthropomorphisme envahissant, c’est le grand malentendu entre l’Homme et le reste du règne animal. C’est notre bêtise de tous les jours. Bêtise qui m’énaaaarve ! Surtout lorsqu’elle s’ignore. Je n’en peux plus de voir ces vieilles matantes parler à leur petit chien comme si c’était un enfant, convaincues qu’elles sont que l’animal comprend ce qu’elles lui disent. Il y a dans cette attitude si répendue -- il n'y a pas que les vieilles matantes -- l’apparence d’un malaise social qui me désole et, parfois, m’inquiète.

__________

(1) Francoeur, Louis Gilles. « Y a-t-il des «cultures»animales ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 21février 2008) (Page consultée le 21 février2008)

dimanche, février 17, 2008

Carrières brisées

22 janvier, 16 h 45. Catia, ma préposée du mardi, arrive du travail. Fatiguée. Avant d’attaquer ici le quart du soir, elle s’affale sur la causeuse du salon, allume la télé. Ouf ! Moment de repos bien mérité.

Sur LCN, les nouvelles banales se succèdent comme à l’accoutumée, jusqu’à ce que retentisse LA nouvelle. Catia, du coup arrachée à sa torpeur, n’en revient pas : le décès de Heath Ledger !

Qui ? que je lui demande.

Heath Ledger.

Elle m’explique : un artiste brillant, il a joué dans Brokeback Mountain, jeune, doué, etc.

Ah.

C’est alors que je remarque, défilant simultanément au bas de l’écran, ce sous-titre absolument muet et dramatique : « Les conflits armés, la maladie et la malnutrition tuent chaque mois 45 000 personnes en République démocratique du Congo ». (1)

Combien de carrières brisées comme celle de ce Ledger ?

__________

(1) AFP. « En bref - RDC : 45 000 personnes meurent chaque mois ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 23janvier 2008) (Page consultée le 29 janvier 2008)

« Il faut que le bébé tète tout le temps »

En lisant Foglia tout à l’heure, suis tombé sur ceci :

« Le système qui régit le monde, y compris la Chine soi-disant communiste, est une machine à créer des besoins et à les satisfaire. Pour que ça marche il faut que le bébé tète tout le temps, il faut que le bébé soit insatiable, il faut qu’il trépigne, j’en veux, j’en veux. Il faut qu’il ait toujours envie de. Je ne comprends pas pourquoi on a appelé ce système le libéralisme, il n’y a rien de libéral là-dedans.On aurait dû appeler cela l’assouvissement. C’est ce que c’est, de l’assouvissement. Un truc que je ne comprends pas du système. Plusieurs en fait, mais celui-là surtout. » (1)

Foglia emploi le mot « bébé » pour dire l'infantilisation.

Qu'a dit Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 ? Aller dans les centres d'achats, aller acheter, dépenser.

C'est ce que veut le pouvoir de nous. Pour être bien sûr que nous n'allons pas économiser notre argent, travailler moins et utiliser nos temps libres à réfléchir à des questions embarrassantes pour lui, le pouvoir a inventé un système auquel il a donné un nom évocateur : libéralisme. Le libéralisme n'a pas pour but de faire de nous des citoyens libres et raisonnables, comme il serait tentant de le croire. Il a pour but au contraire de nous maintenir dans un état permanent d'aliénation, d'infantilisation. Et pour atteindre ce but, c’est mon propos d’aujourd’hui, un seul instrument, mais ô combien efficace : le kitsch.

Exemple. Le Devoir nous apprend en fin de semaine que la puissance des voitures vendues au Québec a augmenté de 55 % au cours des dix dernières années. Dans un contexte d'alarme climatique planétaire, il peut sembler étonnant de constater « que les gains réalisés par l'industrie automobile sur le plan technologique n'ont pas servi àdiminuer la consommation des véhicules et leurs émissions de gaz à effet de serre ». (2) Un citoyen raisonnable et socialement responsable n'utiliserait jamais une de ces voitures surpuissantes, polluantes et... plus dispendieuses. D’où la nécessité de la pub, dont la fonction première est, en utilisant ici le kitsch de la puissance, de susciter des comportements d'achat irresponsables. Le kitsch de la puissance est, pour les hommes en particulier, irrésistible. Il se compose d'un ensemble d'images facilement reconnaissables, appelés clichés. Parmi ces clichés : l'homme au volant de sa voiture fougueuse au moteur de 300, de 400 chevaux nerveux, prenant les virages à toute allure, maîtrisant sa monture mécanique, dominant la route. Ce cliché, dont les variantes sont innombrables, s'appuie sur un stéréotype : l'homme viril, c'est-à-dire l'homme, point. L'imagerie kitsch s'est emparé de ce stéréotype, l'a récupéré au profit des détenteurs pouvoir, en l’occurrence ici l’élite industrielle.

J'y reviendrai.

__________

(1) Foglia, Pierre. « L’assouvissement ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Samedi, 19 janvier 2008) (Page consultée le 20 janvier 2008)

(2) Francoeur, Louis-Gilles. « Toujours plus grosses, toujours plus puissantes ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi, 19 et dimanche, 20 janvier 2008) (Page consultée le 20 janvier 2008)

vendredi, février 15, 2008

Non, mais vous plaisentez, là ?!

Deuxième de deux textes.

Il y a donc ceux qui perçoivent l'écologie comme une idéologie radicale, laquelle, en osant parler de décroissance, fait passer la cause « verte » avant l'Homme et son droit légitime au bonheur. C'est la position défendue par Louis Cornellier et le trop connu Claude Allègre, position que j'ai critiquée dans mon dernier billet.

À l'opposé, il y a ceux, plus rares, comme Pierre Foglia, que je cite :

« Ce qui m’emmerde dans l’écologie, c’est son infantilisation. Les premiers cours de recyclage sont donnés dans les maternelles, mais ni à la maternelle, ni au secondaire, ni à l’université on n’en vient jamais à l’essentiel : l’expansion illimitée de la production. Y compris la production illimitée de produits écologiques.

» Toute l’activité de la société est tournée vers l’expansion illimitée. C’est le moteur du monde.

» Or c’est ce moteur, pas celui de votre Toyota qui est la première cause du réchauffement de la planète. Parler d’écologie sans parler de réduction de la consommation est une plaisanterie. » (1)

J'ai mis sur YouTube un extrait d'entrevue accordée par le professeur Rodolphe De Koninck sur les ondes de Télé-Québec. Cet extrait illustre parfaitement le propos de Foglia.

De Koninck pose d'abord le constat facile : notre empreinte écologique est trop marquée, nous tirons de la planète plus de ressources qu'elle ne peut en produire. La solution ? Aïe, aïe, aïe ! C'est là que le propos s'enlise, s'enfonce dans la banalité la plus lâche. L'animateur pose la question : oui, mais que faire « concrètement » pour réduire notre empreinte écologique ? Réponse du spécialiste : concrètement, euh... « on continue à analyser les aspects négatifs de notre façon d'occuper la terre et puis on l'enseigne ». (2) That's it. La solution viendra d'elle-même plus tard -- ouf ! -- au fur et à mesure que les nouvelles générations mieux éduquées remplaceront la nôtre. Pas un mot sur une nécessaire et courageuse réduction à court terme de la consommation. La remise en question de notre mode de vie, laissons-la en héritage à nos jeunes.

Ce refus larvé, ce déni, on le retrouve aussi dans ce commentaire d'un autre brillant universitaire, un nommé Christopher Green : « Dans son film, Al Gore avait raison de parler d'une vérité qui dérange. Le problème, c'est qu'il ne parle que d'une de ces vérités alors qu'il y en a deux. L'autre vérité, c'est que les technologies alternatives qui permettraient d'atteindre les objectifs qu'on se fixe en matière de changements climatiques n'existent pas encore et qu'il faudra peut-être 40 ou 50 ans pour les inventer. Et l'imposition d'une taxe astronomique sur le carbone n'y changera rien, dit le professeur de McGill. » Encore ici, pas un mot, pas la moindre ébauche d'une solution passant par la réduction de la consommation. Les technologies ? Oui, mais ce sera long. Alors, en attendant qu'est-ce qu'on fait ? Rien. On achète des voitures hybrides, des produits certifiés Energy Star, des ampoules fluocompactes, des produits équitables. Bref, on achète du temps, on fait semblant.

Parler d’écologie sans parler de réduction de la consommation est une plaisanterie.

Et c'est ce qu'on a envie de dire à tous ces intellectuels, professeurs, spécialistes à la con qui forment notre élite supposément éclairée : non, mais, vous plaisantez là, hein ?!

__________

(1) Foglia, Pierre. « On s’engueule encore un petit peu ? ». Cyberpresse.ca  [En ligne]. (Mardi, 11 décembre 2007) (Page consultée le 14 janvier 2008)

(2) L’extrait est accessible sur le site de YouTube, à l’adresse :

http://www.youtube.com/watch?v=Q2zuJH-q_Rc

(3) Desrosiers, Éric. « Climat : quand le marché s'en mêle » . Le Devoir [En ligne] (Samedi, 12 et dimanche, 13 janvier 2008) (Page consultée le 14 janvier 2008)

Sur la question du déni, lire aussi :

-- « Et si tout le monde était une Geneviève Jeanson ? ». 22 octobre 2007

Et si tout le monde était une Geneviève Jeanson ?

Je m’étais promis de ne plus parler d’environnement. Tout le monde en parle, tout le monde se dit préoccupé, mais personne, ou à peu près, n’est prêt à changer son train de vie, pourtant à la source de tous les problèmes. Personne ne cherche même à prendre la mesure de sa responsabilité individuelle au milieu de cette incroyable catastrophe planétaire qui nous emporte doucement. Plusieurs sondages, menés ici comme aux États-Unis, confirment cet état de fait. Ne manquaient que les données de Statistique Canada, publié justement la semaine dernière.

En lisant l’article, (1) j’ai pensé à Geneviève Jeanson, au fait que, pendant des années, elle a menti systématiquement à tous ses proches : parents, amis, commanditaires... Puis à ce commentaire de Foglia voulant que, dans la tête de tout athlète dopé, une sorte de clivage s’opère, un dédoublement de la personnalité : d’un côté, le dopé, de l’autre côté, l’être moral engagé dans la société, opposé au dopage... (2)

Et si tout le monde était une Geneviève Jeanson ? Se shootant non pas à l’EPO mais à cette drogue pernicieuse : la consommation. Et, pour ne pas se sentir tout à fait dégueulasse, pratiquant le même clivage grâce auquel il peut isoler ses comportements d’acheteur euphorique (3) dans une sphère d’où est exclue toute notion de responsabilité morale. D’un côté le consommateur, le dopé, et de l’autre côté l’être moral qui se dit bien sûr préoccupé par les problèmes environnementaux, qui n’a jamais de mots assez durs pour ces élus qui ne font rien, et qui – car il faut tout de même être cohérent – n’hésite plus à trier son recyclage...

Je reviens au sondages et aux statistiques. Les grandes entreprises canadiennes disent qu’à défaut d’un signal clair de la part d’Ottawa, il leur sera difficile de réduire de manière significative leurs émissions de GES. Réponse de Harper mardi dernier : le Canada se retire officiellement de Kyoto !

Pour sauver les apparences, une « stratégie » encore indéterminée, basée sur une diminution de l’« intensité » des émissions de GES. Or, Statistique Canada nous révélait quelques jours avant le discours du Trône que, justement, de 1990 à 2005, l’intensité des émissions avait diminuer de 17,8 %, ce qui n’avait nullement empêché les émissions de croître de 25 % !

En matière d’environnement plus qu’en tout autre matière, les apparences font foi de tout. Harper le sait mieux que quiconque. C’est pourquoi son gouvernement s’entête avec autant d'acharnement à défendre un plan vert pourtant indéfendable.

Mais, au cas où ce ne serait pas assez, il a aussi annoncé des baisses d’impôt sur le revenu, pour relancer sa cote et la... consommation.

__________

(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Bilan de Statistique Canada - Un Canada vert en paroles seulement ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 16 octobre 2007) (Page consultée le 22 octobre 2007)

(2) Foglia, Pierre. « C’est pas de sa faute ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Samedi, 22 septembre 2007) (Page consultée le 22 octobre 2007)

(3) Selon un sondage, les Québécois ont confiance en l’avenir, dont la durée ici correspond aux six prochains mois ! Et la raison de cette confiance ? Ils ont plus d’argent à dépenser ! Adieu Kyoto !

Deglise, Fabien. « Sondage sur le commerce de détail : les Québécois ont une folle envie de dépenser ». Le Devoir [En ligne] (Jeudi, 18 octobre 2007) (Page consultée le 22octobre 2007)

Lire aussi :

-- Porter, Isabelle. « Rapport du commissaire au développement durable - Le Québec n'est pas si vert, dit Mead ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 14 décembre 2007) (Page consultée le 18 décembre 2007) 

mardi, avril 03, 2007

« C’est fou ce qu’ils n’apprennent rien ! »

Mon petit commentaire sur la réforme « du programme d'études de l'école primaire et secondaire », (1) puisque c’est ainsi, paraît-il, qu’il faut l’appeler.

Il y a ceux qui sont pour. Ceux-là ont décidément bien du pain sur la planche. Car il y aussi ceux qui sont contre. Et ceux-là apparemment sont de plus en plus nombreux. De part et d’autres les arguments fusent et moi et la majorité silencieuse au milieu, moi, j’y père mon latin... et même mon français, tiens.

Je n’ai pas d’enfants bien sûr, mais ma soeur Loulou a sa petite Adéline qui est en deuxième année, et ce qu’elle me dit n’a rien de rassurant : « C’est fou ce qu’ils n’apprennent rien ! » Chaque soir, elle passe donc une heure avec sa fille pour lui apprendre ce que sa professeure, diplômée en « sciences de l’éducation », ne lui a pas appris pendant la journée. Il faut dire qu’en classe, le rythme d’apprentissage est déterminé par les élèves les plus faibles. Ce qui m’a le plus étonné, c’est que les élèves doués n’ont pas le droit de s’avancer dans leurs matières ; s’ils ont terminé leurs leçons, ils ne peuvent pas non plus, comme nous le faisions autrefois, aider leurs camarades. La diplômée en sciences de l’éducation leur dit tout bêtement de s’amuser en attendant. Alors ils comprennent que plus vite ils ont fini leurs leçons, plus vite ils peuvent s’amuser. Yeah ! C'est ainsi qu’ils finissent par bâcler les exercices dans leurs cahiers.

Faut-il s’étonner dès lors que, six ans après l’implantation de cette réforme, les résultats à l’épreuve obligatoire d’écriture en français soient jugés « inquiétants » (2)

Loulou a elle-même été victime, si j’ose dire, de ces gourous du ministère de l’Éducation qui, au tournant des années 1970, avait introduit au primaire la méthode dite « du sablier », une catastrophe dont le chef actuel du PQ, André Boisclair se plaignait encore récemment. (3)

Cela dit, il se peut que le problème se trouve bien en amont de cette réforme. Et si c'était la société qui avait changé ? J’en viens à cet extrait d’un éditorial de Josée Boileau :

« L'école, du primaire jusqu'à l'université, est prisonnière d'un double discours. D'une part, elle doit veiller à ce que les apprentissages soient maîtrisés ; d'autre part, nous ne tolérons pas l'échec. Que diraient les parents, les élus, les journalistes si une école constatait que le tiers des enfants de six ans qui la fréquentent ne sont pas de niveau, qu'ils reprendront donc le b-a ba le temps qu'il le faudra ? Ce serait le tollé. Et le système n'est pas conçu pour ça.

» On veut donc des résultats. Partout en Occident, les ministres de l'Éducation fixent des objectifs de réussite, toujours plus élevés, le ministère s'arrange pour qu'ils soient atteints, les médias s'indignent s'ils ne sont pas respectés, les parents prennent fait et cause pour leur enfant. Et tout le monde ferme les yeux sur la classe réelle, celle avec laquelle le prof doit se débrouiller.

» Peut-être que la démocratisation scolaire aurait dû s'accompagner de l'acceptation que seuls ceux qui le peuvent réussiront ». (4)

__________

(1) Cornellier, Louis. « Essais québécois - Un autre regard sur la réforme scolaire ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 10 et dimanche 11 mars 2007) (Page consultée le 1er avril 2007)

(2) Chouinard, Marie-Andrée. « Réforme scolaire : résultats décevants ». Le Devoir [En ligne]. (Mardi, 20 juin 2006) (Page consultée le 1er avril 2007)

(3) Robitaille, Antoine. « Boisclair, victime de la ‘ méthode du sablier ’ ». Le Devoir [En ligne]. (Lundi, 19 mars 2007) (Page consultée le 2 avril 2007)

(4) Boileau, Josée. « Grand mensonge ». Le Devoir [En ligne]. (Mardi, 5septembre 2006) (Page consultée le 1er avril 2007)

Lire aussi :

« Individualité infantilisée ». 21 janvier 2007

lundi, mars 19, 2007

Le blogue : un acte de réappropriation démocratique

Je me suis assez exprimé ici quant à cette déconcertante et affligeante vogue des blogues et autres espaces de diffusion de la parole. Une autre perspective m’a cependant été offerte dans l’extrait suivant d’un article consacré à la célèbre philosophe Hannah Arendt :

« En tant que citoyens, nous occupons paradoxalement une place restreinte, voire presque inexistante, dans la campagne électorale. Il y a bien quelques endroits où nous pouvons nous exprimer (lettres d'opinion, tribunes téléphoniques, etc.), mais nous sommes principalement des spectateurs plutôt que des acteurs. Notre participation, si c'en est une, prend surtout la forme d'un pourcentage dans le sondage des intentions de vote. » (1)

Se pourrait-il que, par l’Internet, comme le suggère d'ailleurs un article de Paul Cauchon (2), les citoyens se réapproprient l’espace public confisqué par les médias de masse qui décident, selon des critères qui nous échappent, qui sera vu et entendu et qui ne le sera pas ?

Ce que j’associais à une réaction infantile, égotiste et parfois même narcissique, témoignerait aussi bien d’une certaine maturité démocratique...

__________

(1) Di Croce, Marianne. « Le Devoir de philo - Hannah Arendt entre la campagne électorale et la Nuit de la philosophie ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 17 et dimanche 18 mars 2007) (Page consultée le 18 mars 2007)

(2) Cauchon, Paul. « Lassitudes, dites-vous ? ». Le Devoir [En ligne]. (Lundi, 19 mars 2007) (Page consultée le 19 mars 2007)

Lire aussi :

-- « Nos ego en quête de reconnaissance ». 4 mai 2006

lundi, mars 12, 2007

Désir d'« achèvement » au fond de la conscience québécoise

Dans le Devoir de cette fin de semaine, Louis Cornellier citait le sociologue Jacques Beauchemin :

« La victoire du PQ, écrit-il, est loin d'être acquise et, le cas échéant, la perspective d'un référendum gagnant ne l'est pas plus. S'il accorde néanmoins son vote au PQ, c'est simplement qu'il veut signifier, par ce petit geste et ‘ par-delà toutes les considérations stratégiques du monde, [...] le vieux désir d'achèvement qui est au fond de la conscience historique québécoise ’ et qu'il se sent ‘ le devoir de prolonger ’ » (1)

Que j’aime cette phrase : le vieux désir d'achèvement qui est au fond de la conscience historique québécoise. Surtout ce mot : achèvement, du verbe achever, qui veut dire : « Apporter le dernier élément nécessaire pour que se réalise pleinement un état, un fait », mais aussi, tiens, tiens : « Porter le coup de grâce à (une personne, un animal) » (Petit Robert).

Ce mot, donc, résume à lui seul le dilemme québécois : souveraineté ou fédéralisme, affirmation collective et assomption d’une indenté nationale, ou minorisation, dissolution dans la totalité canadian.

__________

(1) Cornellier, Louis. « Les intellectuels rejettent le populisme adéquiste et le conservatisme libéral ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi le 10 et dimanche le 11 mars 2007) (Page consultée le 12 mars 2007)

mercredi, février 21, 2007

Réchauffement climatique : vers des quotas individuels

Suite du billet du 19 février dernier

Donc, Montréal a passé l’an dernier un règlement interdisant de laisser tourner le moteur au ralenti plus de trois minutes. L’amende, en cas d’infraction : 50 dollars. (1)

Ce n’est qu’un exemple des mesures coercitives qui seront adoptées dans les prochaines années afin de nous corriger -- nous, citoyens -- de certaines habitudes devenues, avec le réchauffement climatique, néfastes.

La plupart de ces habitudes sont évidemment des habitudes de consommation, puisqu'en bons Nord-Américains que nous sommes, nous ne savons rien faire d’autres.

D’où la difficulté de nos élus, qui ne sont tout de même pas si nuls. Ils voient bien qu’il n’y a pas que les vilaines industries, les vilaines centrales thermiques fonctionnant au charbon, les vilaines pétrolières, que tout ce qui est produit est aussi nécessairement consommé et que, dans cette effroyable catastrophe qui nous tombe sur la tête, il y a beaucoup plus de petits coupables que de grands.

Des petits coupables, et aussi des petits lâches. Il est tellement plus facile, et moins confrontant, de gueuler contre Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – que d’assumer en adultes, en êtres réfléchis, nos responsabilités réelles et immédiates à l’égard des pauvres du Sud qui seront – que dis-je : qui sont les plus affectés, et aussi à l’égard des générations à venir.

Mais ce temps béni de l’irresponsabilité, de l’insouciance et de la facilité tire à sa fin.
Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives de réduction visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont pas se gêner pour nous viser de même. (2)

Dans un récent billet je mentionnais que certaines multinationales, comme British Airways, Land Rover, Shell, British Petroleum..., offrent à leurs clients, de simples consommateurs, d’acheter au prix du marché des « crédits » d’émission de CO2. Bien sûr, l'idée participe avant tout d'une stratégie de marketing mais, maintenant qu’elle est lancée, elle va voler de ses propres ailes. Pour le moment il ne s’agit que d’une offre, sans obligation. Mais il n’y a pas de raisons pour que le marché international de crédits d’émission de CO2 actuellement mis en place n’inclue que les grandes entreprises. Bientôt nous y serons nous-mêmes inclus.

Sur le site du magazine L’actualité, nous pouvons d’ailleurs lire quelques paragraphes fort instructifs sur les DTQ. Je cite :
« [En Angleterre des] chercheurs travaillent à l’instauration d’une carte personnelle de crédit d’émission de CO2. Le débat est lancé dans la classe politique… Imaginez : vous faites le plein d’essence un matin en route vers le travail, mais au moment de régler, votre carte vous informe que [vos crédits d’émission de CO2 sont épuisés]. Un coup de fil à votre banque et vous achetez de quoi finir le mois sur le marché des [crédits] invendus. Puis vous repartez tranquille. Ce rêve, c’est celui de quelques chercheurs anglais. Il se nomme DTQ -- pour domestic tradable quotas, littéralement : quotas domestiques négociables. [L’idée est] d’instaurer un portefeuille national de [crédits d’émission de CO2] répartis également entre tous les Anglais. Selon ce plan, ceux-ci utiliseraient une carte de débit pour faire le plein, payer leurs factures d’électricité, leurs billets d’avion… Libre à eux par la suite de revendre les [crédits] qu’ils n’auront pas consommés, ou d’en acheter s’ils en manquent

» [...] ‘ On peut imaginer un quota de 1,25 tonne de carbone par personne par mois, soit l’équivalent de 2 000 litres d’essence ’, avance Richard Starkey, chercheur et coauteur d’un rapport sur les DTQ pour le Tyndall Centre. [...] Dans les rangs politiques, l’idée progresse peu à peu, portée par le député Colin Challen, auteur d’un projet de loi sur le sujet. Mais le chemin de l’acceptation politique reste encore long. [...] Richard Starkey regrette ces hésitations. ‘ Ce ne serait pas très compliqué à mettre en œuvre, dit-il. Il suffirait d’utiliser la technologie déjà en place pour les cartes bancaires. Avec l’appui de la classe politique, le système DTQ pourrait voir le jour d’ici 10 ans ’ ». (3)
Un article du Devoir va dans le même sens :
« [L’idée de] rationnement [à l’échelle individuelle] a aussi été abordée, même si [elle] risquait d'être fortement contestée dans le monde politique. ‘ La consommation d'énergie pourrait être quantifiée par individu et par ménage en distribuant des quotas. Évidemment, le but ne serait pas que tout le monde ait froid et demeure immobile, mais que l'idée de choix, de compromis, s'installe dans la tête des gens. Une famille ne pourrait plus, par exemple, avoir deux résidences chauffées et deux voitures pratiquement toujours sur la route ’, explique M. Lee-Gosselin. Ces idées vont beaucoup plus loin que la simple sensibilisation. ‘ Si les quotas d'énergie pour se déplacer et se chauffer coûtaient très cher, nous verrions vraiment un changement de comportement de la population. Les gens feraient très attention pour ne pas gaspiller de l'énergie et évidemment, n'hésiteraient pas à investir, par exemple, dans l'isolation de leurs maisons. Et les gens se mettraient aussi à comparer l'énergie qu'ils dépensent pour se chauffer, s'éclairer et utiliser leur voiture et essaieraient de voir, par exemple, à quel point ils peuvent se chauffer et s'éclairer avec l'énergie qu'ils économiseraient en laissant leur voiture dans leur garage. Ce serait toute une nouvelle façon de penser que nous développerions ’, poursuit le professeur de l'université Laval. » (4)
Une toute nouvelle façon de penser, en effet...
__________
(1) « Le règlement sur le ralenti inutile, adopté l'an dernier, s'est avéré inopérant parce que, défini comme une ‘ nuisance ’, les policiers devaient remettre les contraventions en mains propres. Le 3 février dernier, a précisé Natacha Beauchesne, de la Ville de Montréal, aucune contravention n'avait encore été enregistrée à la Cour municipale de Montréal. ‘ Mais les choses vont changer rapidement, a promis Allan de Sousa, parce que 15 des 18 arrondissements de Montréal ont réinscrit l'ancien règlement dans celui sur la circulation, ce qui permettra aux policiers, aux agents de stationnement et aux inspecteurs de sécurité de la Ville de distribuer des contraventions à tous ceux qui dépassent les trois minutes légales sans être dans leur voiture. Les premières contraventions ont commencé à être épinglées dans les pare-brise, la Ville passant à la coercition après les campagnes de sensibilisation. ’ Le règlement prévoit une première amende de 50 $ pour les personnes physiques et de 100 $ pour les personnes morales, des montants qui doubleront en cas de récidive. Allan de Sousa n'exclut pas non plus de modifier ultérieurement le règlement actuel, soit pour raccourcir les trois minutes de ralenti légal, soit, tout simplement, pour interdire le ralenti des véhicules s'il n'y a personne à l'intérieur. Il attend de voir comment évolueront le comportement des automobilistes, l'opinion publique et les politiques de Québec. »
Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007)
(2) C'est d'ailleurs ce qu'affirme le chef du Parti vert, Scott McKay : « Le risque est à nos portes, dit-il. Les perturbations économiques, géopolitiques, sociales, pourraient être graves si rien n'est fait aujourd'hui. Et devant l'ampleur des perturbations, nos gouvernements pourraient devoir commettre des gestes autoritaires, avec tous les risques de dérapage que cela suppose. »
Deglise, Fabien. « Vert pâle plutôt que foncé ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 16 mars 2007) (Page consultée le 17 mars 2007)
(3) Le Loët, Karine. « Londres sort de la brume ». L'actualité [En ligne]. (Samedi, 1er juillet 2006) (Page consultée le 20 février 2007)
(4) Letarte, Martine. « Vers un rationnement ? ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 23 et du dimanche 24 décembre2006) (Page consultée le 20 février 2007)

lundi, février 19, 2007

Réchauffement climatique : aussi une responsabilité individuelle

Premier de deux textes

Un ami m’envoie un courriel. Quelques lignes. Juste pour me dire qu’il revient d’une semaine au Mexique : hôtel quatre étoiles, plage, soleil, farniente... et qu’il a bien aimé.

Vous dire mon abattement.

Il y était déjà allé il y a, quoi... trois ans. Même hôtel, même soleil... Ce n'était apparemment pas assez. En est-il seulement revenu plus heureux ?

Depuis le temps que je lui envoie des articles sur le réchauffement climatique, sur l’urgence – réitérée de toute part – de réduire collectivement nos émissions de CO2. Collectivement, et aussi individuellement. IN-DI-VI-DUEL-LE-MENT. Stie.

C’est un tabou dans notre société. Ce droit que s’octroie l’honnête citoyen de polluer inconsidérément, sous prétexte qu’il mérite bien des vacances et dans la mesure où il a les moyens de se les offrir. Les moyens. Voilà ce qui qui m’indigne plus que tout. Le fric. Ce principe qui veut que, si vous avez le fric, vous avez aussi le droit. Droit d’acheter un gros VUS, d’y attacher une remorque chargée d’une motoneige, d’une motomarine, d’un hors-bord... Droit d’acheter une maison inutilement grande, véritable gouffre d’énergie. Droit de voyager où et quand il vous plaît. Droit à tous les égoïsmes, grands et petits, peut-être les pires ceux-là, les petits, ceux de tous les jours, auxquels vous ne pensez pas, melés qu’ils sont aux gestes quotidiens, au confort banal, tellement machinaux.

Tiens, les démarreur à distance. Vous appuyez sur le bouton, le moteur se met en marche, l’habitacle se réchauffe l’hiver ou se rafraîchit l’été. Cinq à dix minutes plus tard, il n’y a qu’à vous installer au volant dans un confort douillet...

Il est où le problème ?

Il est dans ce fait troublant, révélé dans un récent article de Louis-Gilles Francoeur : l’habitude de laisser ainsi tourner le moteur au ralenti « pourrait presque doubler la contribution d'une voiture au réchauffement du climat ». (1) Au point que la ville de Montréal a passé un règlement – en vigueur dans quelques mois – interdisant l’usage abusif de ces appareils.

En cas d’infraction, l’amende sera de 50 dollars. J’ai bien hâte de la voir sa tête, à l’honnête citoyen, quand l’agent va lui remettre le billet, quand il comprendra que le droit de polluer discrètement, en douce, coûte soudainement pas mal cher, sans compter le pincement de se sentir un peu hors la loi.
Il est trop facile, et quelque peu lâche, de critiquer Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – si, individuellement, nous répondons à cette bassesse criminelle par un refus égal de repenser nos comportements au quotidien, en particulier nos comportements de consommation.

Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont passe se gêner pour nous viser de même.
Ce à quoi nous assistons présentement n’est qu’un début. QU’UN DÉBUT.
__________
(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007).
Cet article explique que les convertisseurs catalytiques qui équipent les voitures ne fonctionnent qu’à des températures élevées, entre 475 et 600 °F. Or, ces températures ne peuvent pas être atteintes lorsque le moteur tourne au ralenti. Résultat : ne pouvant fonctionner, les convertisseurs émettent à froid du protoxyde d'azote, un des six gaz à effet de serre réglementés par le protocole de Kyoto parce que chaque molécule de ce gaz contribue au réchauffement du climat comme le font 320 molécules de gaz carbonique. Une minute au ralenti, à bas régime, équivaut à 320 minutes à haut régime ! C’est donc dire que lorsque vous laissez tourner le moteur cinq minutes, le temps que l’habitacle de la voiture se réchauffe, vous émettez autant de gaz à effet de serre que si vous rouliez 1600 minutes ou, si vous préférez, 26 heures et 40 minutes !! L’article de Francoeur a aussi le mérite de déraciner un mythe tenace : « Roxanne Héroux, du CAA Québec, a affirmé la même chose que tous les écologistes et les spécialistes en chimie ou en mécanique ont affirmée au Devoir : un moteur n'a pas besoin de plus de 20 à 30 secondes de réchauffement au ralenti -- le temps nécessaire au réchauffement des bougies et des valves -- pour entrer dans la circulation. En réchauffement hivernal, une voiture s'use autant qu'en 800 kilomètres sur la route, a ajouté Mme Héroux : les automobilistes ont intérêt à utiliser immédiatement leur voiture pour permettre au moteur d'atteindre son niveau de performance environnementale et mécanique en deux ou trois minutes. Tout prolongement indu multiplie d'autant le degré d'usure, a-t-elle conclu. »