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mercredi, décembre 17, 2008

Sapin de Noël

Je n’ai jamais compris pourquoi le sapin de Noël avait été renommé « sapin des Fêtes ». Un ami musulman à qui je posais la question n’y comprend rien lui non plus : lui-même fête Noël ! Cette idée universellement stupide n’a pu venir que de gens déconnectés de la réalité des immigrants dont plusieurs sont chrétiens incidemment.

Un article du Devoir, signé par l’anthropologue Daniel Baril, contribuera, je l'espère, à dissiper ce malentendu. Je cite :

Le mot Noël n’a rien de spécifiquement chrétien ni même de religieux au sens actuel du terme. Le mot a deux étymologies possibles. La première serait une contraction du latin natalis (naissance), tiré de natalis dies sol invictus, le « jour natal du Soleil invaincu ». (Noël semble loin de natalis, comme l’a souligné Hubert Laforge dans ces pages, mais on connaît d’autres mots ayant subi des transformations semblables, notamment patella, qui a donné poêle.)

Bien avant l’apparition du christianisme, cette fête était célébrée chez les Romains le 25 décembre, date à laquelle correspondait le solstice d’hiver avant la réforme du calendrier par Jules César. Cette fête du Soleil invaincu était celle de Mithra et a été christianisée au IVe siècle après que l’empereur Constantin eût imposé le christianisme comme religion d’État. Le natalis dies dont il est question dans Noël ne réfère donc pas à la naissance de Jésus, comme le pensent plusieurs, mais à celle de Mithra. Voilà ce que les dictionnaires ne précisent pas.

Une autre origine possible est le terme gaulois noio (nouveau) combiné au grec hel (soleil), ce qui donne noio hel pour nommer le jour du solstice. Que l’on adopte l’une ou l’autre des étymologies, Noël nous renvoie, dans les deux cas, aux fêtes du solstice d’hiver. Même les Vikings s’adonnaient à des festivités à l’approche de ce moment de l’année, festivités appelées yul ; dans les langues scandinaves d’aujourd’hui, Noël se dit Yul, mot que l’on retrouve aussi dans l’anglais classique comme dans le terme yul log, la bûche de Noël.

Coutume celtique

Quant au sapin de Noël, il nous viendrait des Celtes. Plus de 1000 ans avant le christianisme, les Celtes décoraient un sapin (symbole de vie) avec des fruits et des fleurs lors du solstice d’hiver. La pratique serait passée au christianisme par les Alsaciens qui en avaient maintenu la tradition. Mais ce n’est qu’au XIXe siècle que le protestantisme allemand l’a adopté alors que le catholicisme ne s’y est résigné qu’au XXe siècle. Jusqu’aux années 40, l’Église catholique considérait encore le sapin de Noël comme une pratique païenne condamnable. Il est pour le moins paradoxal qu’on attribue aujourd’hui au sapin de Noël un caractère trop catholique !

Ce que certains chrétiens fêtent le 25 décembre, c’est la Nativité. Le fait qu’il subsiste deux termes pour désigner cette date montre qu’il y a là deux dimensions. Les fêtes de familles, les partys de bureau, les festins, les décorations, les échanges de cadeaux et les beuveries sont liées à Noël et n’ont rien à voir avec le Jésus de la crèche. Aujourd’hui, Noël est souligné même au Japon et il faut y voir l’effet de la commercialisation plutôt que celui des missionnaires. Malgré la christianisation des fêtes du 25 décembre, la Nativité n’est en fait pas parvenue à éclipser les fêtes carnavalesques héritées des Saturnales romaines et des réjouissances celtes. De la même façon que Mithra est tombé dans l’oubli, le père Noël a éclipsé le sens religieux de la fête. (1)

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(1) Baril, Daniel. « Noël n'a rien de religieux, le sapin non plus ». (Mardi 16 décembre 2008) (Page consultée le 16 décembre 2008)

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