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lundi, décembre 21, 2009

Échec à Copenhague, succès à Washington (et Ottawa)

Premier de trois textes.

Harper est reparti satisfait de Copenhague. Voilà qui dit, mieux que tout, l'échec que fut la conférence qui devait relancer la lutte contre le réchauffement climatique pour la période post-2012. La faute au Canada bien sûr, qui, pour une troisième année consécutive, a reçu le prix Fossile de l'année. Mais, surtout, la faute aux États-Unis et à la Chine, les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) de la planète. Obama, malgré ses discours encourageants, n'a exercé aucun leadership. Pire, les négociateurs américains ont sciemment paralysé le groupe chargé d'élaborer le « plan de coopération à long terme » (long-term cooperative action) en y ajoutant un nombre si élevé de propositions que sa négociation devenait impossible compte tenu du peu de temps qu'il restait. En outre, les États-Unis n'ont rien concédé quant à leur cible de réduction d'émissions de GES ni, même, quant à l'année de référence qu'ils ont choisi pour évaluer la progression des réductions, soit 2005. C'est donc dire qu'il y aura désormais deux années de référence : 1990 pour le reste de la planète, 2005 pour les États Unis... et 2006 pour le cancre seul au fond de la classe : le Canada.

Il faut dire, à la décharge d'Obama, que le Congrès ne lui donne aucune marge de manœuvre. L'opinion américaine est peu préoccupée par la lutte contre le réchauffement climatique et reçoit une image déformée, embellie du rôle des États-Unis en la matière. L'article du New York Times consacré à l'« entente » de Copenhague est à cet égard assez représentatif : Wen Jiabao y tient le mauvais rôle, par sa mauvaise volonté et ses provocations, devant un Obama déterminé qui force les portes et arrache in extremis un accord. (1) Curieusement, c'est cette version tronquée que l'on retrouve sur Cyberpresse : « Malgré la tenue de deux rencontres entre le président américain et le premier ministre chinois, Wen Jiabao, le moment clé des négociations serait survenu lorsque M. Obama est entré sans s'annoncer dans une rencontre réunissant la Chine, l'Inde et le Brésil, selon le New York Times. Faisant fi des protestations des responsables chinois du protocole, M. Obama aurait alors affirmé que les négociations ne devaient pas se tenir en secret, geste qui aurait permis aux pays de se rapprocher et ainsi, de dénouer l'impasse ». (2)

Pour une version plus juste des négociations de Copenhague, il vaut mieux s'en remettre au Devoir, notamment au remarquable article de Louis-Gilles Francoeur paru aujourd'hui. (3)

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(1) Revkin, Andrew C. et Broder, John M. « A grudging accord in climate talks ». The New York Times [En ligne] (Samedi, 19 décembre 2009) (Page consultée le 21 décembre 2009)

(2) Cardinal, François. « Une entente au rabais à Copenhague ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Vendredi, 18 décembre 2009) (Page consultée le 21 décembre 2009)

(3) Francoeur, Louis-Gilles. « Analyse - L'après-Copenhague s'annonce laborieux ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 21 décembre 2009) (Page consultée le 21 décembre 2009)

lundi, décembre 15, 2008

Une boule, là

Le Canada vient de recevoir le prix du « fossile de l’année » et, franchement, si l’heure n’était pas si grave, il y aurait de quoi rigoler.

Comme ce mot, fossile, décrit bien ce qu‘est Harper : un être préhistorique, figé depuis des millions d’années dans des idées qui n’ont jamais évolué, qui ne se sont jamais adaptés aux changements, des idées mortes que le premier ministre nous inflige à chaque jour pour notre bien. Le prix fossile fait évidemment référence aux énergies fossiles, comme le pétrole tiré des sables bitumineux dont les conservateurs sont les promoteurs les plus hargneux.

L’année dernière, à Bali, le Canada, ô surprise ! avait également reçu ce prix remis par le Réseau action climat au pays qui fait le plus obstruction à un accord international permettant de ralentir le réchauffement climatique.

Assailli de toutes parts sur cette question, le ministre de l’Environnement, Jim Prentice, est demeuré absolument crispé, se bornant à répéter mécaniquement que le Canada avait une « approche constructive ».

D’aucuns affirment que la réputation du pays en est gravement atteinte. Big deal. Si les fins esprits progressistes ne se reconnaissent plus dans le nouveau visage de primate du Canada dans le monde, ils n’ont qu’à retourner le miroir et regarder ailleurs. Par exemple en Afrique, où le réchauffement climatique fait des ravages. Le Haut commissaire adjoint de l’ONU pour les réfugiés, un certain Johnstone, révélait que d’ici la moitié du siècle, le nombre de réfugiés climatiques augmentera de 250 millions, ou 6 millions par année, déstabilisant des États fragiles, générant des conflits, semant le chaos. Cette conclusion, résultat d’analyses sérieuses menées par des gens qui n’ont nullement intérêt à inquiéter inutilement le bon peuple, me fait une boule là, à la jonction des côtes, je vous jure, une vraie boule dont je sais pas trop quoi faire comme d’habitude.

Peut-être l’accrocher au sapin parmi les boules multicolores, mais de manière à ne pas trop la voir.

C’est Noël après tout.

samedi, septembre 27, 2008

À n'y rien comprendre

Deux articles publiés hier et aujourd'hui me laissent quelque peu confus. L'un, de Louis-Gilles Francoeur, rend compte de données divulguées par le Carbon Disclosure Project (CDP). Ces données, fournies par 385 des 500 plus grandes entreprises dans le monde de manière volontaire, sans vérifications indépendantes, coincident étrangement avec d'autres données recueillies sur une base beaucoup plus large par des spécialistes associés à l'ONU et publiées dans le Global Carbon Budget (GCB).

Voici ce qu'écrit Francoeur :

« Le taux d'accroissement des émissions anthropiques [de GES], qui était de 0,9 % par année entre 1990 et 1999, est en effet passé, entre 2000 et 2007, à 3,5 % par année ». (1)

Voici les données du GCB, telles que rapportées dans Vision durable :

« La croissance annuelle des émissions était de 0,9 % entre 1990 et 1999, mais elle est passée à 3,5 % pour la période 2000 à 2007. Les émissions mondiales sont maintenant 38 % plus élevées qu’elles ne l’étaient en 1990, l’année de référence du Protocole de Kyoto ». (2)

Cette coïncidence est pour le moins suspecte. Il est à se demander si Francoeur ne s'est pas trompé quelque part. Son article fait mention de 1,5 gigatone de GES émis par la déforestation, qui n'est pourtant pas abordée dans le rapport 2008 du CDP.

En outre, comment des données identiques peuvent-elles exprimer des tendances aussi contradictoires ? Chez Francoeur :

« En effet, l'augmentation globale constatée par le regroupement des multinationales s'accompagne d'une nette réduction de l'intensité des émissions, ce qui veut dire qu'on produit des biens et services aujourd'hui avec moins de carbone. Mais comme les activités et la production des biens se multiplient, le total des GES augmente en chiffres absolus. Ainsi, en 1970, on utilisait 0,35 kg de carbone par dollar de PNB, alors qu'aujourd'hui on utilise 0,20 kg de carbone pour le même produit économique ».

Dans Vision durable :

« Environ 17 % de la hausse des émissions serait imputable au recul de l’' efficacité-carbone ' de l’économie, c’est-à-dire qu’il faut émettre aujourd’hui plus de GES pour obtenir un dollar de PIB qu’en 2000 ».

À n'y rien comprendre.

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(1) Francoeur, Louis Gilles. « Gaz à effet de serre - Les émissions dépassent les prévisions les plus pessimistes, selon des multinationales ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 27 et dimanche 28 septembre 2008) (Page consultée le 27 septembre 2008)

(2) Beauchamp, Alexis. « La croissance des GES dépasse les prévisions les plus pessimistes ». Vision durable [En ligne]. (Vendredi 26 septembre 2008) (Page consultée le 27 septembre 2008)

vendredi, février 15, 2008

Et si tout le monde était une Geneviève Jeanson ?

Je m’étais promis de ne plus parler d’environnement. Tout le monde en parle, tout le monde se dit préoccupé, mais personne, ou à peu près, n’est prêt à changer son train de vie, pourtant à la source de tous les problèmes. Personne ne cherche même à prendre la mesure de sa responsabilité individuelle au milieu de cette incroyable catastrophe planétaire qui nous emporte doucement. Plusieurs sondages, menés ici comme aux États-Unis, confirment cet état de fait. Ne manquaient que les données de Statistique Canada, publié justement la semaine dernière.

En lisant l’article, (1) j’ai pensé à Geneviève Jeanson, au fait que, pendant des années, elle a menti systématiquement à tous ses proches : parents, amis, commanditaires... Puis à ce commentaire de Foglia voulant que, dans la tête de tout athlète dopé, une sorte de clivage s’opère, un dédoublement de la personnalité : d’un côté, le dopé, de l’autre côté, l’être moral engagé dans la société, opposé au dopage... (2)

Et si tout le monde était une Geneviève Jeanson ? Se shootant non pas à l’EPO mais à cette drogue pernicieuse : la consommation. Et, pour ne pas se sentir tout à fait dégueulasse, pratiquant le même clivage grâce auquel il peut isoler ses comportements d’acheteur euphorique (3) dans une sphère d’où est exclue toute notion de responsabilité morale. D’un côté le consommateur, le dopé, et de l’autre côté l’être moral qui se dit bien sûr préoccupé par les problèmes environnementaux, qui n’a jamais de mots assez durs pour ces élus qui ne font rien, et qui – car il faut tout de même être cohérent – n’hésite plus à trier son recyclage...

Je reviens au sondages et aux statistiques. Les grandes entreprises canadiennes disent qu’à défaut d’un signal clair de la part d’Ottawa, il leur sera difficile de réduire de manière significative leurs émissions de GES. Réponse de Harper mardi dernier : le Canada se retire officiellement de Kyoto !

Pour sauver les apparences, une « stratégie » encore indéterminée, basée sur une diminution de l’« intensité » des émissions de GES. Or, Statistique Canada nous révélait quelques jours avant le discours du Trône que, justement, de 1990 à 2005, l’intensité des émissions avait diminuer de 17,8 %, ce qui n’avait nullement empêché les émissions de croître de 25 % !

En matière d’environnement plus qu’en tout autre matière, les apparences font foi de tout. Harper le sait mieux que quiconque. C’est pourquoi son gouvernement s’entête avec autant d'acharnement à défendre un plan vert pourtant indéfendable.

Mais, au cas où ce ne serait pas assez, il a aussi annoncé des baisses d’impôt sur le revenu, pour relancer sa cote et la... consommation.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Bilan de Statistique Canada - Un Canada vert en paroles seulement ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 16 octobre 2007) (Page consultée le 22 octobre 2007)

(2) Foglia, Pierre. « C’est pas de sa faute ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Samedi, 22 septembre 2007) (Page consultée le 22 octobre 2007)

(3) Selon un sondage, les Québécois ont confiance en l’avenir, dont la durée ici correspond aux six prochains mois ! Et la raison de cette confiance ? Ils ont plus d’argent à dépenser ! Adieu Kyoto !

Deglise, Fabien. « Sondage sur le commerce de détail : les Québécois ont une folle envie de dépenser ». Le Devoir [En ligne] (Jeudi, 18 octobre 2007) (Page consultée le 22octobre 2007)

Lire aussi :

-- Porter, Isabelle. « Rapport du commissaire au développement durable - Le Québec n'est pas si vert, dit Mead ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 14 décembre 2007) (Page consultée le 18 décembre 2007) 

vendredi, avril 27, 2007

Mangeons moins de viande

Un blogueur dont j’ai oublié malheureusement le pseudo, demandait dans un récent billet ce qu’il pouvait bien faire pour aider à lutter contre l’extrême misère qui afflige des populations entières partout dans le monde. La veille, un reportage sur les passeurs illégaux en Somalie l'avait quelque peu secoué. Une horreur en effet. Je lui ai alors suggéré de faire un don, par exemple à Oxfam. Et aussi, peut-être par provocation, de manger moins de viande... Oui, oui. Le lien, pour être indirect, n’en est pas moins réel. Pourquoi tant de pauvres diables sont-ils si désespérés qu’ils n’hésitent pas à confier leur sort à des bandits violents qui les entassent comme du bétail, au risque de leur vie, sur des rafiots devant les mener au Yémen, de l’autre côté du golfe d’Aden ? Bien sûr, il y a 15 ans de guerre civile et de chaos. Mais aussi, le réchauffement climatique. Il y aura de plus en plus de phénomènes climatiques extrêmes, comme l’actuel sécheresse qui dévaste la corne de l’Afrique. On parle désormais de « réfugiés climatiques ». Or, selon le troisième rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat (GIEC), dont le Devoir nous offrait un aperçu hier :

« Le cocktail de mesures nécessaires pour atteindre cet objectif [de réduction des gaz à effet de serre] comprend [...] une réduction radicale des émissions de méthane attribuables aux élevages de bétail et la mise au point de technologies susceptibles de réduire les émissions de GES dans tous les domaines de l'activité humaine, indiquent les 33 auteurs du rapport ». (1)

De même, sur le site de l’ONU, ceci :

« L'élevage accroît le stress sur les écosystèmes et contribue à l'aggravation des problèmes environnementaux au niveau mondial. A titre d'exemple, 10 à 20 % des pâturages sont dégradés principalement par le bétail alors que l'élevage contribue à hauteur de 9 % aux émissions de gaz carbonique et à hauteur de 37 % aux émissions de méthane. L'élevage, c'est aussi 8 % de la consommation mondiale d'eau. » (2)

37 % du méthane -- un GES 22 fois plus puissant que le CO2 -- émis dans l’atmosphère vient de l’élevage !

Eh bien, mangeons moins de viande.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Kyoto : la catastrophe économique n’aura pas lieu, affirme le GIEC ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 25 avril 2007) (Page consultée le 26 avril 2007)

(2) Centre de nouvelles ONU. « FAO : des réformes dans l’agriculture sont essentielles face à la dégradation des écosystèmes vitaux ». Centre de nouvelles ONU [En ligne]. (Mercredi, 25 avril 2007) (Page consultée le 26 avril 2007)

mardi, mars 27, 2007

22 mars : Journée mondiale de l'eau... et Hérouxville

Le 22 mars, Journée mondiale de l’eau. Une occasion pour rappeler certains faits troublants. Le thème de cette année a justement pour titre : « Faire face à la pénurie d'eau ».

Cette pénurie, qui n’a pas soulevé l’ombre du cul d’un début de commentaire de nos chefs en campagne électorale, campagne exclusivement axée sur nos thèmes locaux, à l’image de la société peu ouverte que nous sommes encore, obsédée par tout ce qui s’appelle niqab, hijab et autres foulards islamiques, cette pénurie, donc, « touche [pourtant] aujourd’hui environ 700 millions de personnes dans 43 pays et ce chiffre pourrait dépasser 3 milliards d’ici à 2025. » ! (1) Ce qui fait dire à Jacques Diouf, directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qu’il s’agit de « l’enjeu du XXIème siècle » (2)

Et comment. L’accroissement de la population mondiale entraînera des besoins également croissants en eau. Ces besoins cependant seront durement confrontés à des sécheresses plus fréquentes, du fait du réchauffement climatique, lequel en outre intensifiera « les orages et les inondations qui détruisent les cultures, polluent l'eau douce et endommagent les installations de stockage et de transport de cette eau. » (3)

L’eau, qui est déjà l’enjeu de plusieurs conflits, comme au Soudan, au Moyen-Orient, sera la source, si j’ose dire, de tensions politiques sans précédent à l’échelle internationale, multipliant le nombre de déplacés, de réfugiés. Le nombre de demandes d’asile suivra évidemment la même évolution.

Les gens de Hérouxville, à l’instar de certains blogueurs ici, grands producteurs de gaz à effet de serre comme à peu près tous les Québécois, contribuent à un problème humanitaire -- 50 millions de réfugiés climatiques d’ici 2010 selon le GIEC -- dont ils refusent d’être la solution. Ces Québécois d’une autre époque viennent de se réveiller et de prendre conscience qu’ils vivaient dans une société régie par des lois progressistes, ouvertes à la multiethnicité et à la complexité du monde, et ils capotent. Ils se ruent sur leur ordinateur, sur leur téléphone et, dans un souffle rageur, crachent une volée de menaces au directeur-général des élections.

Le XXIème siècle est bel et bien commencé.

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(1) Centre de nouvelles ONU. « Journée mondiale de l'eau : 425 millions d'enfants dans le monde confrontés à des pénuries ». ONU [En ligne]. (Vendredi, 23 mars 2007) (Page consultée le 23 mars 2007)

(2) Centre de nouvelles ONU. « FAO : la pénurie d'eau croissante nécessite un sursaut, à commencer par de meilleures pratiques agricoles  ». ONU [En ligne]. (Vendredi, 23 mars 2007) (Page consultée le 23 mars 2007)

(3) Idem.

dimanche, mars 11, 2007

Calcul des émissions de CO2

Pour faire suite à mon récent billet sur le réchauffement climatique, j’ai trouvé sur l’Internet un site très intéressant, celui de l’organisme Action carbone, qui permet de calculer nos émissions de CO2 à partir de données sur nos déplacements et notre consommation d’énergie à la maison.

J’ai donc fait un test. J’ai inscrit que ma voiture – en vérité je n’en ai pas – consommait 10 litres aux 100 kilomètres, ce qui correspond à la consommation urbaine d’une sous-compacte de 4 cylindres (1), telle une Cobalt, ou une Ion, le genre de voiture que les Québécois utilisent. Pour le kilométrage annuel, j’ai été plutôt conservateur, et inscrivant 20000 kilomètres.

Résultat : ma voiture émet « 4848 kgEqCO2 » (2), « soit 2,6 fois ce que la terre peut supporter par personne par an pour stopper l’accroissement de l’effet de serre » ! Aïe, aïe, aïe ! Et je n’ai même pas encore ajouté la consommation d’énergie à la maison !

Ce simple exercice suffit à montrer l’ampleur de notre surconsommation d’énergie, sous toutes ses formes : électricité, huile, mazout, essence, kérosène, mais aussi – ce dont ne tient pas compte Action carbone -- produits manufacturés, aliments, services divers...

Notre planète ne peut en effet absorber que 1,8 tonne EqCO2 par personne par an, principalement par les océans et par la croissance de la végétation.

Une fois calculées nos émissions annuelles, Action carbone nous propose de les « compenser » en faisant un don correspondant au prix, sur les marchés internationaux, de la tonne de CO2. L’argent ainsi récolté pourra servir, par exemple, à financer des projets de capture de CO2 par la végétation (reforestation en Colombie ou au Chili) ou d'énergies renouvelables (réservoirs à biogaz en Chine, panneaux solaires au Brésil).

On trouvera plusieurs autres sites du genre, dont certains au Canada anglais. (3)

Au Québec, je n’en ai trouvé qu’un seul : le Centre québécois d'actions sur les changements climatiques. Et encore... Pour le calcul des émissions, nous sommes acheminés au site d’Équiterre, où finalement, après avoir entré nos données de consommation, nous découvrons qu’il n’y a pas moyen de compenser financièrement nos émissions et d’obtenir en retour un crédit d’impôt, comme cela se fait en France.

Par ailleurs, gardons à l’esprit cette remarque d'Actu-Environnement voulant que la « compensation volontaire des émissions de GES [doive] être considérée comme un mécanisme additionnel dans la lutte contre le réchauffement climatique offert aux entreprises, aux institutions et collectivités ou aux particuliers. Elle se positionne [tout au] bout de [la] chaîne [...] des solutions à proposer quand toutes les solutions d’efficacité énergétique ont été envisagées, quand tous les efforts de réduction des émissions ont été faits soit par l’amélioration des technologies, soit par le changement des comportements. » (4)

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(1) Selon le Guide de consommation de carburant, de l’Office de l’efficacité énergétique du Canada.

(2) Cette unité de mesure peut se lire : « kilogrammes-équivalent-CO2 ». Tous les gaz à effet de serre (GES) ne contribuent pas également au réchauffement climatique. Le méthane par exemple est 22 fois plus puissant que le CO2 ; le protoxyde d’azote, 320 fois ! Autrement dit un kilogramme de protoxyde d’azote émis dans l’atmosphère « équivaut » ou a le même effet que 320 kg de CO2 ! Le CO2 sert d’unité de mesure internationale dans le calcul des émissions de GES.

(3) Le site web de la Fondation David Suzuki en fournit une liste assez complète.

(4) Seghier, C. « L’ADEME veut harmoniser les pratiques des compensateurs d'émissions de gaz à effet de serre ». Actu-Environnement [En ligne]. (Lundi le 26 février 2007) (Page consultée le 9 mars 2007)

mercredi, février 21, 2007

Réchauffement climatique : vers des quotas individuels

Suite du billet du 19 février dernier

Donc, Montréal a passé l’an dernier un règlement interdisant de laisser tourner le moteur au ralenti plus de trois minutes. L’amende, en cas d’infraction : 50 dollars. (1)

Ce n’est qu’un exemple des mesures coercitives qui seront adoptées dans les prochaines années afin de nous corriger -- nous, citoyens -- de certaines habitudes devenues, avec le réchauffement climatique, néfastes.

La plupart de ces habitudes sont évidemment des habitudes de consommation, puisqu'en bons Nord-Américains que nous sommes, nous ne savons rien faire d’autres.

D’où la difficulté de nos élus, qui ne sont tout de même pas si nuls. Ils voient bien qu’il n’y a pas que les vilaines industries, les vilaines centrales thermiques fonctionnant au charbon, les vilaines pétrolières, que tout ce qui est produit est aussi nécessairement consommé et que, dans cette effroyable catastrophe qui nous tombe sur la tête, il y a beaucoup plus de petits coupables que de grands.

Des petits coupables, et aussi des petits lâches. Il est tellement plus facile, et moins confrontant, de gueuler contre Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – que d’assumer en adultes, en êtres réfléchis, nos responsabilités réelles et immédiates à l’égard des pauvres du Sud qui seront – que dis-je : qui sont les plus affectés, et aussi à l’égard des générations à venir.

Mais ce temps béni de l’irresponsabilité, de l’insouciance et de la facilité tire à sa fin.
Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives de réduction visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont pas se gêner pour nous viser de même. (2)

Dans un récent billet je mentionnais que certaines multinationales, comme British Airways, Land Rover, Shell, British Petroleum..., offrent à leurs clients, de simples consommateurs, d’acheter au prix du marché des « crédits » d’émission de CO2. Bien sûr, l'idée participe avant tout d'une stratégie de marketing mais, maintenant qu’elle est lancée, elle va voler de ses propres ailes. Pour le moment il ne s’agit que d’une offre, sans obligation. Mais il n’y a pas de raisons pour que le marché international de crédits d’émission de CO2 actuellement mis en place n’inclue que les grandes entreprises. Bientôt nous y serons nous-mêmes inclus.

Sur le site du magazine L’actualité, nous pouvons d’ailleurs lire quelques paragraphes fort instructifs sur les DTQ. Je cite :
« [En Angleterre des] chercheurs travaillent à l’instauration d’une carte personnelle de crédit d’émission de CO2. Le débat est lancé dans la classe politique… Imaginez : vous faites le plein d’essence un matin en route vers le travail, mais au moment de régler, votre carte vous informe que [vos crédits d’émission de CO2 sont épuisés]. Un coup de fil à votre banque et vous achetez de quoi finir le mois sur le marché des [crédits] invendus. Puis vous repartez tranquille. Ce rêve, c’est celui de quelques chercheurs anglais. Il se nomme DTQ -- pour domestic tradable quotas, littéralement : quotas domestiques négociables. [L’idée est] d’instaurer un portefeuille national de [crédits d’émission de CO2] répartis également entre tous les Anglais. Selon ce plan, ceux-ci utiliseraient une carte de débit pour faire le plein, payer leurs factures d’électricité, leurs billets d’avion… Libre à eux par la suite de revendre les [crédits] qu’ils n’auront pas consommés, ou d’en acheter s’ils en manquent

» [...] ‘ On peut imaginer un quota de 1,25 tonne de carbone par personne par mois, soit l’équivalent de 2 000 litres d’essence ’, avance Richard Starkey, chercheur et coauteur d’un rapport sur les DTQ pour le Tyndall Centre. [...] Dans les rangs politiques, l’idée progresse peu à peu, portée par le député Colin Challen, auteur d’un projet de loi sur le sujet. Mais le chemin de l’acceptation politique reste encore long. [...] Richard Starkey regrette ces hésitations. ‘ Ce ne serait pas très compliqué à mettre en œuvre, dit-il. Il suffirait d’utiliser la technologie déjà en place pour les cartes bancaires. Avec l’appui de la classe politique, le système DTQ pourrait voir le jour d’ici 10 ans ’ ». (3)
Un article du Devoir va dans le même sens :
« [L’idée de] rationnement [à l’échelle individuelle] a aussi été abordée, même si [elle] risquait d'être fortement contestée dans le monde politique. ‘ La consommation d'énergie pourrait être quantifiée par individu et par ménage en distribuant des quotas. Évidemment, le but ne serait pas que tout le monde ait froid et demeure immobile, mais que l'idée de choix, de compromis, s'installe dans la tête des gens. Une famille ne pourrait plus, par exemple, avoir deux résidences chauffées et deux voitures pratiquement toujours sur la route ’, explique M. Lee-Gosselin. Ces idées vont beaucoup plus loin que la simple sensibilisation. ‘ Si les quotas d'énergie pour se déplacer et se chauffer coûtaient très cher, nous verrions vraiment un changement de comportement de la population. Les gens feraient très attention pour ne pas gaspiller de l'énergie et évidemment, n'hésiteraient pas à investir, par exemple, dans l'isolation de leurs maisons. Et les gens se mettraient aussi à comparer l'énergie qu'ils dépensent pour se chauffer, s'éclairer et utiliser leur voiture et essaieraient de voir, par exemple, à quel point ils peuvent se chauffer et s'éclairer avec l'énergie qu'ils économiseraient en laissant leur voiture dans leur garage. Ce serait toute une nouvelle façon de penser que nous développerions ’, poursuit le professeur de l'université Laval. » (4)
Une toute nouvelle façon de penser, en effet...
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(1) « Le règlement sur le ralenti inutile, adopté l'an dernier, s'est avéré inopérant parce que, défini comme une ‘ nuisance ’, les policiers devaient remettre les contraventions en mains propres. Le 3 février dernier, a précisé Natacha Beauchesne, de la Ville de Montréal, aucune contravention n'avait encore été enregistrée à la Cour municipale de Montréal. ‘ Mais les choses vont changer rapidement, a promis Allan de Sousa, parce que 15 des 18 arrondissements de Montréal ont réinscrit l'ancien règlement dans celui sur la circulation, ce qui permettra aux policiers, aux agents de stationnement et aux inspecteurs de sécurité de la Ville de distribuer des contraventions à tous ceux qui dépassent les trois minutes légales sans être dans leur voiture. Les premières contraventions ont commencé à être épinglées dans les pare-brise, la Ville passant à la coercition après les campagnes de sensibilisation. ’ Le règlement prévoit une première amende de 50 $ pour les personnes physiques et de 100 $ pour les personnes morales, des montants qui doubleront en cas de récidive. Allan de Sousa n'exclut pas non plus de modifier ultérieurement le règlement actuel, soit pour raccourcir les trois minutes de ralenti légal, soit, tout simplement, pour interdire le ralenti des véhicules s'il n'y a personne à l'intérieur. Il attend de voir comment évolueront le comportement des automobilistes, l'opinion publique et les politiques de Québec. »
Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007)
(2) C'est d'ailleurs ce qu'affirme le chef du Parti vert, Scott McKay : « Le risque est à nos portes, dit-il. Les perturbations économiques, géopolitiques, sociales, pourraient être graves si rien n'est fait aujourd'hui. Et devant l'ampleur des perturbations, nos gouvernements pourraient devoir commettre des gestes autoritaires, avec tous les risques de dérapage que cela suppose. »
Deglise, Fabien. « Vert pâle plutôt que foncé ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 16 mars 2007) (Page consultée le 17 mars 2007)
(3) Le Loët, Karine. « Londres sort de la brume ». L'actualité [En ligne]. (Samedi, 1er juillet 2006) (Page consultée le 20 février 2007)
(4) Letarte, Martine. « Vers un rationnement ? ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi 23 et du dimanche 24 décembre2006) (Page consultée le 20 février 2007)

lundi, février 19, 2007

Réchauffement climatique : aussi une responsabilité individuelle

Premier de deux textes

Un ami m’envoie un courriel. Quelques lignes. Juste pour me dire qu’il revient d’une semaine au Mexique : hôtel quatre étoiles, plage, soleil, farniente... et qu’il a bien aimé.

Vous dire mon abattement.

Il y était déjà allé il y a, quoi... trois ans. Même hôtel, même soleil... Ce n'était apparemment pas assez. En est-il seulement revenu plus heureux ?

Depuis le temps que je lui envoie des articles sur le réchauffement climatique, sur l’urgence – réitérée de toute part – de réduire collectivement nos émissions de CO2. Collectivement, et aussi individuellement. IN-DI-VI-DUEL-LE-MENT. Stie.

C’est un tabou dans notre société. Ce droit que s’octroie l’honnête citoyen de polluer inconsidérément, sous prétexte qu’il mérite bien des vacances et dans la mesure où il a les moyens de se les offrir. Les moyens. Voilà ce qui qui m’indigne plus que tout. Le fric. Ce principe qui veut que, si vous avez le fric, vous avez aussi le droit. Droit d’acheter un gros VUS, d’y attacher une remorque chargée d’une motoneige, d’une motomarine, d’un hors-bord... Droit d’acheter une maison inutilement grande, véritable gouffre d’énergie. Droit de voyager où et quand il vous plaît. Droit à tous les égoïsmes, grands et petits, peut-être les pires ceux-là, les petits, ceux de tous les jours, auxquels vous ne pensez pas, melés qu’ils sont aux gestes quotidiens, au confort banal, tellement machinaux.

Tiens, les démarreur à distance. Vous appuyez sur le bouton, le moteur se met en marche, l’habitacle se réchauffe l’hiver ou se rafraîchit l’été. Cinq à dix minutes plus tard, il n’y a qu’à vous installer au volant dans un confort douillet...

Il est où le problème ?

Il est dans ce fait troublant, révélé dans un récent article de Louis-Gilles Francoeur : l’habitude de laisser ainsi tourner le moteur au ralenti « pourrait presque doubler la contribution d'une voiture au réchauffement du climat ». (1) Au point que la ville de Montréal a passé un règlement – en vigueur dans quelques mois – interdisant l’usage abusif de ces appareils.

En cas d’infraction, l’amende sera de 50 dollars. J’ai bien hâte de la voir sa tête, à l’honnête citoyen, quand l’agent va lui remettre le billet, quand il comprendra que le droit de polluer discrètement, en douce, coûte soudainement pas mal cher, sans compter le pincement de se sentir un peu hors la loi.
Il est trop facile, et quelque peu lâche, de critiquer Bush, l’Alberta, Harper, pour leur refus d’attaquer de front le problème du réchauffement climatique – ah oui, en passant, 2005 a été l’année la plus chaude selon la NASA et 2007 s’annonce encore plus chaud – si, individuellement, nous répondons à cette bassesse criminelle par un refus égal de repenser nos comportements au quotidien, en particulier nos comportements de consommation.

Si les gouvernements adoptent des mesures coercitives visant les grandes industries émettrices de gaz à effet de serre, vous pouvez être assurés qu’ils ne vont passe se gêner pour nous viser de même.
Ce à quoi nous assistons présentement n’est qu’un début. QU’UN DÉBUT.
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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Montréal vaincra-t-il le ralenti inutile ? ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 15 février 2007) (Page consultée le 19 février 2007).
Cet article explique que les convertisseurs catalytiques qui équipent les voitures ne fonctionnent qu’à des températures élevées, entre 475 et 600 °F. Or, ces températures ne peuvent pas être atteintes lorsque le moteur tourne au ralenti. Résultat : ne pouvant fonctionner, les convertisseurs émettent à froid du protoxyde d'azote, un des six gaz à effet de serre réglementés par le protocole de Kyoto parce que chaque molécule de ce gaz contribue au réchauffement du climat comme le font 320 molécules de gaz carbonique. Une minute au ralenti, à bas régime, équivaut à 320 minutes à haut régime ! C’est donc dire que lorsque vous laissez tourner le moteur cinq minutes, le temps que l’habitacle de la voiture se réchauffe, vous émettez autant de gaz à effet de serre que si vous rouliez 1600 minutes ou, si vous préférez, 26 heures et 40 minutes !! L’article de Francoeur a aussi le mérite de déraciner un mythe tenace : « Roxanne Héroux, du CAA Québec, a affirmé la même chose que tous les écologistes et les spécialistes en chimie ou en mécanique ont affirmée au Devoir : un moteur n'a pas besoin de plus de 20 à 30 secondes de réchauffement au ralenti -- le temps nécessaire au réchauffement des bougies et des valves -- pour entrer dans la circulation. En réchauffement hivernal, une voiture s'use autant qu'en 800 kilomètres sur la route, a ajouté Mme Héroux : les automobilistes ont intérêt à utiliser immédiatement leur voiture pour permettre au moteur d'atteindre son niveau de performance environnementale et mécanique en deux ou trois minutes. Tout prolongement indu multiplie d'autant le degré d'usure, a-t-elle conclu. »

mercredi, avril 27, 2005

Kyoto : « plan » québécois de réduction de GES : quelques précisions

J'écrivais dans le billet du 21 avril que le bilan presque criminel du Québec en matière de consommation d'énergie « n'a pas empêché le gouvernement Charest d'abandonner le plan de lutte contre les changements climatiques, préférant s'en remettre au plan du... gouvernement fédéral ».
Un article du Devoir a depuis apporté quelques précisions qui ne sont pas totalement dénuées d'intérêt :
Quant au plan de lutte contre les changements climatiques de l'an 2000, que le gouvernement Landry avait entrepris de mettre à jour en 2002 avec une commission parlementaire tenue juste avant les élections, il serait « carrément au point mort ». Il y a visiblement consensus là-dessus de haut en bas du ministère. Néanmoins, dans l'entourage du titulaire du MDDEP, Thomas Mulcair, on affirme vouloir « publier une stratégie québécoise sur les changements climatiques » d'ici au début de l'été, ce qui est sensiblement différent d'un plan d'interventions structurées, avec budgets, ressources humaines et techniques à l'appui. 1
Une stratégie québécoise, donc, qui consistera, pour l'essentiel, comme de raison, à gagner -- c'est-à-dire perdre -- du temps.
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1. Francoeur, Louis-Gilles. « Réduction des GES : les écologistes demandent à Québec d'agir rapidement ». Le Devoir [En ligne]. (Mardi, 19 avril 2005) (Page consultée le 13 février 2008)

jeudi, avril 21, 2005

Kyoto : puérils

Ottawa a publié le 14 avril son plan de réduction de gaz à effet (GES). Je reviendrai prochainement sur certaines des mesures annoncées dans ce plan, car dans l'immédiat, ce qui retient l'attention, c'est la prémisse à la base de celui-ci, présentée comme un constat : « Le Canada est le pays signataire de Kyoto qui doit atteindre la cible de réduction des émissions la plus difficile. Parmi les pays signataires, la différence en pourcentage entre les émissions prévues en 2010 en cas de maintien du statu quo (MSQ) -- ce que seraient les émissions en l’absence de mesures de réduction -- et la cible de Kyoto est plus importante pour le Canada. En l’absence de toute mesure de réduction, nos émissions, en 2010, seraient supérieures d’environ 36 % aux niveaux de 1990 ou d’environ 45 % par rapport à notre cible de Kyoto. » 1

Cette façon de quantifier l'effort canadien est totalement biaisée et puérile. Le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de GES de 6 % sous le niveau de 1990, ce qui est peu comparé à la Grande-Bretagne qui doit les réduire de 12,5 %, à l'Autriche, 13 %, au Danemark et à l'Allemagne, 21 % ! 2 Au total, il n'y a pas moins de vingt-trois pays qui se sont fixé des cibles de réduction plus contraignantes que la cible canadienne ! En outre, le Canada a obtenu une concession supplémentaire de la communauté internationale, soit de pouvoir réduire son effort national avec des « puits » de GES 3, ce qui ramène désormais son objectif près de 0 %, plutôt qu'à moins 6 %. La réduction de 36 % évoquée dans le document présenté par le ministre Stéphane Dion ne constitue donc pas l'objectif fixé initialement à Kyoto en 1997, mais plutôt le résultat d'années de laxisme de la part d'Ottawa qui en est encore au stade d'une « démarche » consistant « à bâtir, à apprendre et à nous adapter en cours de route ». 4 Alors que l'Allemagne a déjà presque atteint son objectif et l'aura vraisemblablement dépassé en 2012, Ottawa demeure campé dans une attitude dubitative : « Le Canada aura fort à faire pour atteindre sa cible de Kyoto ». 5

En effet, le Canada aura fort à faire. D'autant que le plan du gouvernement Martin fait porter le fardeau de la réduction des émissions de GES sur l'ensemble de la population afin d'épargner la centaine de grand pollueurs qui à eux seuls sont responsables de la moitié des émissions canadiennes.

Du côté de Québec, le discours est tout aussi puéril et se résume à ceci : c'est pas juste !

Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, n'en démords pas : le « Québec a réduit sa production de gaz à effet de serre en industrie de 9,9 % entre 1990 et 2002, en favorisant les sources d'énergie verte comme l'hydroélectricité », ces « efforts historiques [...] doivent être compensés ». 6 Cela est peut-être vrai. Comme il est vrai que si le Québec était un pays souverain, il aurait probablement atteint sa cible de réduction de GES, laissant le reste du Canada s'écraser sous le fardeau de sa propre réalité : un système de production qui a refusé -- en l'absence de tout leadership politique -- de prendre le virage Kyoto, qui demeure le plus grand émetteur de GES par habitant de la planète et qui, en 2005, ressemble plus que jamais à un monstre à neuf têtes assoiffées de combustible fossile.

Cela dit, si le Québec émet moins de GES que les autres provinces, ce n'est pas parce qu'il se consomme ici moins d'énergie mais simplement parce que près de 40 % de cette énergie vient de la filière hydro-électrique. Toutes sources confondues, nous en consommons en fait, par habitant, 245,50 gigajoules, 7 soit plus que la Colombie-Britannique (239,29 gigajoules) 8 et le Manitoba (229,79 gigajoules), 9 et légèrement moins que l'Ontario (268,97 gigajoules), 10 mais beaucoup plus que la moyenne des pays du G-8 (219,80 gigajoules) 11.

Le ministre Mulcair peut bien exiger toutes les compensations possibles, le fait demeure que le plus grand préjudice ne nous est pas causé par Ottawa mais, ici comme là-bas, par le manque de leadership d'une classe politique dénuée de vision et de détermination, incompétente et, en vérité, peu soucieuse du bien commun. Le Québec consomme 75 % plus d'énergie que la France 12 pour un niveau de vie comparable. Ce qui n'a pas empeché le gouvernement Charest d'abandonner le plan de lutte contre les changements climatiques, préférant s'en remettre au plan du... gouvernement fédéral. Quant à Hydro-Québec, société d'État, ce n'est que tout récemment, sous la pression sociale, qu'elle a daigné se doter d'un programme d'économie d'énergie, lequel, de l'avis des experts, n'est pas la moitié de ce qu'il devrait être.

Ces considérations ne sont pas anodines. L'énergie que nous économisons s'accumule dans les immenses réservoirs d'Hydro-Québec et peut par la suite être exportée vers l'Ontario, par exemple, permettant à cette province de réduire son recours aux centrales thermiques fonctionnant au mazout lourd, au charbon ou au gaz naturel, tous polluants. En fait, toute réduction de la consommation d'énergie, voire toute réduction de la consommation, point -- qu'ils s'agissent de biens manufacturés, de denrées, d'énergie hydro-électrique ou d'hydrocarbure -- se traduit ultimement par une réduction correspondante des émissions de GES. C'est cela que nous ne devons jamais perdre de vue. Et c'est cela que nous devons rappeler au gouvernement Charest qui voudrait nous faire croire que le problème de la surconsommation d'hydrocarbure n'est plus un problème québécois.
__________
1. Aller de l'avant pour contrer les changements climatiques : Un plan pour honorer notre engagement de Kyoto, p. 42. Ce plan a évidemment été retiré de l'Internet dès l'arrivée des conservateurs au pouvoir il y a deux ans. Un résumé demeure accessible sur le site d'Environnement Canada.
2. Ces chiffres sont tirés de l'excellent site de Jean-Marc Jancovici, accessible ici.
3. Par « puits » de GES, on entend toutes les techniques, comme la plantation d'arbres ou la fixation souterraine d'émissions de GES, qui soustraient de l'atmosphère ces gaz néfastes au lieu d'en réduire les émissions à la source
4. Op. cit., p. 7.
5. Ibid, p. 1.
6. PC. « Québec dénonce le plan de Stéphane Dion ». Canoë info - LCN [En ligne]. (Mercredi, 13 avril 2005) (Page consultée le 14 février 2008)
7. Le contenu en énergie d’un réservoir de 30 litres d’essence à moteur équivaut à environ un gigajoule. Donnée tirée d'un document de Statistique Canada, compilée pour l'année 2003.
Ménard, Marinka. « Le Canada, un grand consommateur d'énergie : une perspective régionale ». Statistique Canada [En ligne], p. 10. (Page consultée le 14 février 2008)
8. Idem, p. 21.
9. Idem, p. 15.
10. Idem, p. 13.
11. Idem, p. 4. Donnée compilée pour l'année 2002.
12. IBidem.

samedi, mars 26, 2005

Il faudra bien pourtant en sortir un jour

On trouve décidément de tout dans un journal. Récemment Le Devoir, sous la plume de Louis-Gilles Francoeur, posait cette question pertinente et lourde de sens : « Le nouveau Guide de consommation de carburant [...] confirme que les lois canadiennes autorisent les millionnaires à polluer libéralement : une Bentley Arnage avec une consommation urbaine de 23 litres les 100 km produit en toute impunité 9,2 tonnes de GES annuellement. Faudra-t-il en venir à interdire les véhicules les plus polluants, qui mettent en cause la sécurité environnementale de la planète, comme, au siècle dernier, on a mis fin au port d'armes libre au nom de la sécurité publique ? »

Quelques jours plus tard, le même journal, publiait un cahier spécial sur... les voitures de luxe. Y étaient présentés les résultats d'essais routiers de quelques modèles prestigieux. Plus que tout, ce qui a retenu mon attention, c'est le ton des articles ; je cite :
Côté mécanique, c'est le statu quo et on ne s'en plaindra pas. Lors de la refonte, on a conservé les deux V8 de la génération précédente, deux superbes moteurs dont l'onctuosité n'a d'égale que la fougue. Ils sont jumelés à une boîte automatique à 6 rapports dont la souplesse et la douceur s'harmonisent avec celles des moteurs. 1

L'Espagne, comme plusieurs pays européens, affiche des limites de vitesse que personne ne respecte. C'est donc au volant d'une 330i automatique que j'ai quitté le centre-ville de Valence pour me lancer à l'assaut des petites routes sinueuses de la banlieue. Durant près de deux heures et demie, j'ai savouré chaque instant derrière le volant. Entre les petites routes rapides à plus de 150 km/h et les chemins en enfilade au son d'une mécanique qui ne manque jamais de souffle, la Série 3 a fait preuve d'un aplomb et d'une rigidité exemplaires. Jamais récalcitrant quand vient le moment de mettre « toute la gomme », le moteur rugit d'un bonheur contagieux. Si, si, contagieux !  2
Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur les chroniqueurs qui ont mené ces essais, ou sur la rédaction du Devoir qui, ici, a jugé qu'un tel cahier répondait à un intérêt réel d'une partie de sa clientèle.
Cela dit, il faudra bien un jour en sortir.

En sortir de cette euphorie de la performance, de la puissance vécue dans l'instant et l'« extase », pour reprendre le mot de Kundera. 3 Il faudra bien sortir de ce conditionnement social qui commence dès l'enfance avec les Hot Wheels, les Matchbox et autres Majorette, se poursuit à travers les pubs, qui m'inculque une conception de la liberté où toute pause critique, tout effort de lucidité est évacué. Une liberté qui n'accepte nulle maturité, ne m'élève pas verticalement au-dessus de réalités pourtant bien évidentes, au contraire me maintient bien au sol, sur des routes dont je n'ai d'autre choix que de suivre docilement le tracé, cherchant à dépasser plutôt que me dépasser.

Cette liberté infantilisante consistant à lancer ma voiture-jouet au-delà de la limite de vitesse permise, serait excusable si elle ne m'aveuglait pas aux enjeux environnementaux qui nous rattrapent implacablement, aussi vite puissons-nous vouloir filer.

Le désir de puissance est inscrit dans la psyché ; c'est un fait anthropologique. Il serait donc naïf de s'imaginer pouvoir l'éradiquer par des campagnes d'éducation publique et des lois. Il faut plutôt s'arrêter sur les comportements par lequel ce désir cherche à se satisfaire, qui sont pour la plupart des comportements de consommation, et leur créer des substituts. Et puisque le désir de se sentir détenteur d'un pouvoir est largement compensatoire, pourquoi ne pas chercher le pouvoir réel là où il se trouve, dans la solidarité, l'action politique concertée, le refus des dogmes économiques, à commencer par celui du consommateur-roi ?

Le désir de pouvoir ne trouve-t-il pas une formidable source de satisfaction dans la révolte tranquille de ces milliers d'étudiants qui ont décidé de prendre la rue et leur destin en mains ? Qu'est-ce que l'euphorie vide, dénuée de sens, de filer à 150 km/h dans une bagnole de 60 000 $, comparée au moment historique que nous offrent les jeunes qui, mine de rien, sont en train de nous servir une leçon.

Jean-Guillaume Dumont, journaliste au Devoir, s'étonnait ce week end que « malgré tous les désavantages économiques reliés à l'utilisation de la voiture, elle ne cesse de gagner en popularité aux dépens du transport en commun. Entre 1998 et 2003, le parc automobile dans la grande région montréalaise a augmenté de 10 %, alors que la population a crû de seulement 3 %. La longueur de toutes ces voitures, mises bout à bout, équivaut à la distance entre Montréal et Berlin. » 4 Pourquoi s'étonner ? Sous prétexte de toujours mieux nous servir, les élites cherchent depuis toujours en fait à nous asservir. Créer sans cesse de nouveaux besoins : voiture high tech, cellulaire dernier cri, ordinateur surpuissant, cinéma maison Hi-Fi... Ne pas nous laisser de répit, maintenir la pression, ne pas nous laisser le temps nécessaire à certaines remises en question.

Reprendre le pouvoir, dans ce monde de gadgets infantilisants et aliénants, c'est d'abord crier son refus et le mettre en pratique. En consommant moins, et mieux. « Simplicité volontaire », « consommation éthique », « consommaction », « commerce équitable », « éco-consommation », « bien commun »... tous ces termes traduisent, de manière, il est vrai, encore diffuse, fragmentée, le refus de l'ordre socio-économique actuel. Refus qui se cristalise épisodiquement autour d'événements comme l'opposition au projet de centrale thermique du Suroît, et maintenant l'opposition aux coupures de 103 millions $ à l'aide financière aux étudiants.

L'horizon devant lequel se profile cette rumeur et cette humeur désobéissante, faut-il le répéter, c'est celui d'un réchauffement climatique dont les conséquences potentiellement catastrophiques nous imposent un ralentissement immédiat du rythme où nous consommons.
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1. Laguë, Philippe. « Jaguar XJ - Au sommet de son art ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 16 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)
2. Charette, Benoît. « BMW Série 3 2006 - La mesure étalon de la voiture de luxe ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 16 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)
3. Milan Kundera, La Lenteur, Gallimard, 1995, 154 p. « [L]'homme penché sur sa motocyclette ne peut se concentrer que sur la seconde présente de son vol ; il s'accroche à un fragment de temps coupé et du passé et de l'avenir ; il est arraché à la continuité du temps ; il est en dehors du temps ; autrement dit, il est dans un état d'extase ; dans cet état, il ne sait rien de son âge, rien de sa femme, rien de ses enfants, rien de ses soucis et, partant, il n'a pas peur, car la source de la peur est dans l'avenir, et qui est libéré de l'avenir n'a rien à craindre. » (p. 10)
4. Dumont, Jean-Guillaume. « Économie - Un puissant moteur de développement ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi, 19 et dimanche, 20 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)

samedi, mars 12, 2005

Le piège de l'« efficacité énergétique »

Au cours des prochaines années, il sera de plus en plus question d'efficacité énergétique. Le Grand dictionnaire terminologique définit le concept comme suit : « Propriété d'un appareil dont la consommation d'énergie est réduite ». L'efficacité énergétique est donc liée au principe général d'économie d'énergie, mais ne doit être confondue avec lui. Elle se présente comme une vitrine attrayante derrière laquelle scintille le bonheur d'une consommation déculpabilisée : un lave-vaisselle certifié Energy Star, aux lignes épurées ; une maison, elle aussi certifiée Energy Star, inutilement luxueuse et grande ; une voiture hybride, là où il serait possible de prendre le transport public, ou mieux encore, le vélo.

L'objectif auquel nous sommes collectivement assignés est de réduire de manière DRASTIQUE la consommation d'énergie, et en cela, oui, une plus grande efficacité énergétique des appareils que nous utilisons est indispensable, mais insuffisante. Ce qu'il faut impérativement, c'est une réduction de la consommation, point. Car toute réduction de la consommation -- qu'ils s'agissent de biens manufacturés, de denrées, d'énergie électrique, ou d'hydrocarbure -- se traduit ultimement par une réduction de gaz à effet de serre (GES).

L'exemple de l'État du Vermont, notre voisin, montre bien les limites de l'efficacité énergétique.
Samedi dernier Le Devoir nous présentait les grandes lignes du programme d'économie d'énergie de cet État américain. Le programme, d'une efficacité sans égal au Canada, a donné des résultats impressionnants : « EVT [l'organisme qui gère le programme] a évité, durant ses quatre premières années d'existence, à cet État quelque 1,7 million de tonnes d'émission de GES, 2000 tonnes d'oxydes d'azote, 7000 tonnes de dioxyde de soufre et 600 tonnes de matières particulaires potentiellement cancérigènes. » 1

Voilà qui n'est pas rien. D'autant que l'État du Vermont ne compte que 600 000 habitants. Imaginez un tel programme à l'échelle du Québec !

Et pourtant cette belle réussite, qui draine l'effort de toute une collectivité, suscitant espoir et enthousiasme, demeure entachée d'une incohérence fondamentale. Les résultats obtenus sont en partie annulés par une augmentation de la consommation. Je cite :
Mais quand on lui fait remarquer qu'une maison d'un tel volume pour deux ou trois personnes engendre néanmoins une facture d'énergie discutable, Bart Frisbie non seulement en convient immédiatement mais ajoute spontanément : « L'augmentation de la surface et du volume des maisons est certainement ce qui explique que, malgré leur efficacité énergétique croissante, la demande en énergie pour le secteur résidentiel continue de grimper. Entre 2000 et 2003, la surface moyenne des résidences construites au Vermont est passée de 2000 à 2500 pieds carrés, une augmentation de 25 % ! »
Steven Maier, le représentant de Middlebury à la Chambre législative du Vermont et parrain d'un projet de loi sur le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, reconnaît que les législateurs ont évité jusqu'ici cet aspect du problème qui touche un trait fondamental de la culture étasunienne : « Même si personnellement je préfère vivre avec des moyens et dans un espace modestes, je sais qu'ici, en général, on préfère acheter un gros utilitaire sport hybride plutôt qu'une petite voiture tout aussi performante et moins chère. Même chose pour les maisons. » 2

Voilà. Tout le problème est là. Tout programme d'économie d'énergie doit impérativement s'accompagner d'un plan de réduction de la consommation, point. Surtout au Canada, le deuxième plus grand émetteur de GES per capita de la planète, derrière l'Arabie Saoudite. Reprenons l'exemple de la voiture. En 1970, le parc automobile mondial était estimé à 194 millions d'unités, en 1997, ce nombre était passé à 500 millions, et pourrait franchir le cap du milliard en 2025. Une telle croissance ne pourra JAMAIS être compensée par une efficacité énergétique accrue des véhicules. Il n'y a pas d'alternative à la diminution du parc automobile. PAS d'alternative -- que nous le voulions ou non -- au changement profond de notre mode de vie, de notre conception pathologique du confort, du bonheur. Le protocole de Kyoto, qui suscite encore bien des grincements de dents, qui pourtant nous demande si peu, conviant aimablement le Canada à une réduction de 6 % des GES sous le niveau de 1990, n'est rien en regard de la réduction de 60 % 3 à laquelle nous serons collectivement obligés, cette fois avec un couteau sur la gorge !

J'exagère ?

La capacité d'absorption du CO2 de la planète est de 3 gigatonnes (Gt), c'est-à-dire trois mille milliards de tonnes de CO2. Or, l'activité humaine, principalement dans les pays industrialisés, produit plus du double de cette quantité, près de 9 Gt je crois.

Acheter des biens énergétiquement plus efficaces est un moyen d'assumer notre part de responsabilité en tant que citoyens du monde, mais ce moyen, insuffisant, ne doit pas nous distraire de l'urgence d'une transformation radicale et rapide de notre train de vie. Pour les consommateurs égocentriques que nous sommes, nul doute qu'une telle transformation sera plus douloureuse que la satisfaction bourgeoise de s'acheter une rutilante et high tech voiture hybride. Mais inévitable, si nous voulons épargner aux générations à venir le chaos d'un monde privé de ressources, encore plus inégalitaire et invivable qu'aujourd'hui.
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1. Francoeur, Louis-Gilles. « Se loger vert ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi, 5 et dimanche, 6 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)
2. Ibidem.
3. Jancovici, Jean-Marc. « A quel niveau faut-il stabiliser le CO2 dans l'atmosphère ? »

lundi, février 14, 2005

Un réchauffement irréversible ?

La publication d'un rapport sur le réchauffement climatique a suscité plusieurs commentaires dans les médias. Ainsi Louis-Gilles Francoeur, du Devoir, reprend, sans la discuter, la thèse soutenue par l'« équipe multidisciplinaire internationale », à savoir que le réchauffement du climat pourrait entrer dans une phase d'irréversibilité si les concentrations de CO2, actuellement de 379 parties par million (ppm), dépassaient les 400 ppm, éqivalant à un réchauffement moyen de 2°C. Au-delà de ce seuil, les « mécanismes naturels qui ont permis de stocker des milliards de tonnes de carbone au fond des océans, dans le permafrost arctique ou dans les tourbières et les marais commenceront à relarguer leur charge dans l'atmosphère terrestre », à quoi s'ajoutera « la libération de milliards de tonnes de méthane solidifié au fond des mers arctiques ». 1

Or, un article de Gavin A. Schmidt et Stefan Rahmstorf, paru sur le blogue Real Climate, sans nier la pertinence d'un tel scénario catastrophiste, s'attache à montrer qu'il ne repose pas sur une base scientifique solide. Pour ces deux scientifiques, le rapport Meeting the Climate Challenge représente une initiative d'un « goupe politique » qu'ils perçoivent de la façon suivante :
Existe-t-il un « point de non retour » ou « un seuil critique » qui sera franchi quand les forçages excèderont ce niveau, comme rapporté dans quelques médias ? Nous ne croyons pas qu'il y ait de base scientifique à cette hypothèse. Cependant, comme cela a été précisé l'année dernière à Beijing dans un colloque international à ce sujet par Carlo Jaeger : fixer une limite est une manière sensée de traiter collectivement un risque. Une limite de vitesse est un exemple typique. Quand nous fixons une limite de vitesse à 130 km/h, il n'y a aucun « seuil critique » -- rien de terrible ne se produit si vous allez à 140 ou 150 km/h. Mais peut-être à 160 km/h les morts excèderaient clairement les niveaux acceptables. Fixer une limite au réchauffement global à 2ºC de plus que la température pré-industrielle est l’objectif politique officiel de l'Union Européenne, et c'est probablement une limite sensée. Mais, comme pour les limites de vitesse, il peut être difficile d'y souscrire. 2
L'incertitude sur la sensibilité du climat ne va pas disparaître bientôt, et devrait donc être implémentée dans les évaluations futures du climat. Cependant, ce n'est pas une variable complètement libre, et les valeurs extrêmement élevées discutées dans les médias au cours des deux dernières semaines ne sont pas scientifiquement crédibles.

Un texte quelque peu technique mais qui apporte une lumière intéressante sur un débat social aux enjeux colossaux.

Surtout : un texte qui ne réfute pas l'idée d'un seuil d'irréversibilité. Ce seuil existe bel et bien et doit servir d'horizon nous permettant de maintenir le cap, au nom du bien commun, vers de nécessaires et profonds changements de notre mode de vie.
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1. Francoeur, Louis-Gilles. « D'autres études inquiétantes sur le réchauffement de la planète ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 3 février 2005) (Page consultée le 16 février 2008)
2. Schmidt, Gavin A. et Rahmstorf, Stefan. « 11ºC warming, climate crisis in 10 years? ». RealClimate [En ligne]. (Samedi, 29 janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)