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mercredi, avril 27, 2005

Kyoto : « plan » québécois de réduction de GES : quelques précisions

J'écrivais dans le billet du 21 avril que le bilan presque criminel du Québec en matière de consommation d'énergie « n'a pas empêché le gouvernement Charest d'abandonner le plan de lutte contre les changements climatiques, préférant s'en remettre au plan du... gouvernement fédéral ».

Un article du Devoir a depuis apporté quelques précisions qui ne sont pas totalement dénuées d'intérêt :

Quant au plan de lutte contre les changements climatiques de l'an 2000, que le gouvernement Landry avait entrepris de mettre à jour en 2002 avec une commission parlementaire tenue juste avant les élections, il serait « carrément au point mort ». Il y a visiblement consensus là-dessus de haut en bas du ministère. Néanmoins, dans l'entourage du titulaire du MDDEP, Thomas Mulcair, on affirme vouloir « publier une stratégie québécoise sur les changements climatiques » d'ici au début de l'été, ce qui est sensiblement différent d'un plan d'interventions structurées, avec budgets, ressources humaines et techniques à l'appui. (1)

Une stratégie québécoise, donc, qui consistera, pour l'essentiel, comme de raison, à gagner -- c'est-à-dire perdre -- du temps.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Réduction des GES : les écologistes demandent à Québec d'agir rapidement ». Le Devoir [En ligne]. (Mardi, 19 avril 2005) (Page consultée le 13 février 2008)

jeudi, avril 21, 2005

Kyoto : puérils

Ottawa a publié le 14 avril son plan de réduction de gaz à effet (GES). Je reviendrai prochainement sur certaines des mesures annoncées dans ce plan, car dans l'immédiat, ce qui retient l'attention, c'est la prémisse à la base de celui-ci, présentée comme un constat : « Le Canada est le pays signataire de Kyoto qui doit atteindre la cible de réduction des émissions la plus difficile. Parmi les pays signataires, la différence en pourcentage entre les émissions prévues en 2010 en cas de maintien du statu quo (MSQ) -- ce que seraient les émissions en l’absence de mesures de réduction -- et la cible de Kyoto est plus importante pour le Canada. En l’absence de toute mesure de réduction, nos émissions, en 2010, seraient supérieures d’environ 36 % aux niveaux de 1990 ou d’environ 45 % par rapport à notre cible de Kyoto. » (1)

Cette façon de quantifier l'effort canadien est totalement biaisée et puérile. Le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de GES de 6 % sous le niveau de 1990, ce qui est peu comparé à la Grande-Bretagne qui doit les réduire de 12,5 %, à l'Autriche, 13 %, au Danemark et à l'Allemagne, 21 % ! (2) Au total, il n'y a pas moins de vingt-trois pays qui se sont fixé des cibles de réduction plus contraignantes que la cible canadienne ! En outre, le Canada a obtenu une concession supplémentaire de la communauté internationale, soit de pouvoir réduire son effort national avec des « puits » de GES (3), ce qui ramène désormais son objectif près de 0 %, plutôt qu'à moins 6 %. La réduction de 36 % évoquée dans le document présenté par le ministre Stéphane Dion ne constitue donc pas l'objectif fixé initialement à Kyoto en 1997, mais plutôt le résultat d'années de laxisme de la part d'Ottawa qui en est encore au stade d'une « démarche » consistant « à bâtir, à apprendre et à nous adapter en cours de route ». (4) Alors que l'Allemagne a déjà presque atteint son objectif et l'aura vraisemblablement dépassé en 2012, Ottawa demeure campé dans une attitude dubitative : « Le Canada aura fort à faire pour atteindre sa cible de Kyoto ». (5)

En effet, le Canada aura fort à faire. D'autant que le plan du gouvernement Martin fait porter le fardeau de la réduction des émissions de GES sur l'ensemble de la population afin d'épargner la centaine de grand pollueurs qui à eux seuls sont responsables de la moitié des émissions canadiennes.

Du côté de Québec, le discours est tout aussi puéril et se résume à ceci : c'est pas juste !

Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, n'en démords pas : le « Québec a réduit sa production de gaz à effet de serre en industrie de 9,9 % entre 1990 et 2002, en favorisant les sources d'énergie verte comme l'hydroélectricité », ces « efforts historiques [...] doivent être compensés ». (6) Cela est peut-être vrai. Comme il est vrai que si le Québec était un pays souverain, il aurait probablement atteint sa cible de réduction de GES, laissant le reste du Canada s'écraser sous le fardeau de sa propre réalité : un système de production qui a refusé -- en l'absence de tout leadership politique -- de prendre le virage Kyoto, qui demeure le plus grand émetteur de GES par habitant de la planète et qui, en 2005, ressemble plus que jamais à un monstre à neuf têtes assoiffées de combustible fossile.

Cela dit, si le Québec émet moins de GES que les autres provinces, ce n'est pas parce qu'il se consomme ici moins d'énergie mais simplement parce que près de 40 % de cette énergie vient de la filière hydro-électrique. Toutes sources confondues, nous en consommons en fait, par habitant, 245,50 gigajoules, (7) soit plus que la Colombie-Britannique (239,29 gigajoules) (8) et le Manitoba (229,79 gigajoules), (9) et légèrement moins que l'Ontario (268,97 gigajoules), (10) mais beaucoup plus que la moyenne des pays du G-8 (219,80 gigajoules) (11).

Le ministre Mulcair peut bien exiger toutes les compensations possibles, le fait demeure que le plus grand préjudice ne nous est pas causé par Ottawa mais, ici comme là-bas, par le manque de leadership d'une classe politique dénuée de vision et de détermination, incompétente et, en vérité, peu soucieuse du bien commun. Le Québec consomme 75 % plus d'énergie que la France (12) pour un niveau de vie comparable. Ce qui n'a pas empeché le gouvernement Charest d'abandonner le plan de lutte contre les changements climatiques, préférant s'en remettre au plan du... gouvernement fédéral. Quant à Hydro-Québec, société d'État, ce n'est que tout récemment, sous la pression sociale, qu'elle a daigné se doter d'un programme d'économie d'énergie, lequel, de l'avis des experts, n'est pas la moitié de ce qu'il devrait être.

Ces considérations ne sont pas anodines. L'énergie que nous économisons s'accumule dans les immenses réservoirs d'Hydro-Québec et peut par la suite être exportée vers l'Ontario, par exemple, permettant à cette province de réduire son recours aux centrales thermiques fonctionnant au mazout lourd, au charbon ou au gaz naturel, tous polluants. En fait, toute réduction de la consommation d'énergie, voire toute réduction de la consommation, point -- qu'ils s'agissent de biens manufacturés, de denrées, d'énergie hydro-électrique ou d'hydrocarbure -- se traduit ultimement par une réduction correspondante des émissions de GES. C'est cela que nous ne devons jamais perdre de vue. Et c'est cela que nous devons rappeler au gouvernement Charest qui voudrait nous faire croire que le problème de la surconsommation d'hydrocarbure n'est plus un problème québécois.

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(1) Aller de l'avant pour contrer les changements climatiques : Un plan pour honorer notre engagement de Kyoto, p. 42. Ce plan a évidemment été retiré de l'Internet dès l'arrivée des conservateurs au pouvoir il y a deux ans. Un résumé demeure accessible sur le site d'Environnement Canada.

(2) Ces chiffres sont tirés de l'excellent site de Jean-Marc Jancovici, accessible ici.

(3) Par « puits » de GES, on entend toutes les techniques, comme la plantation d'arbres ou la fixation souterraine d'émissions de GES, qui soustraient de l'atmosphère ces gaz néfastes au lieu d'en réduire les émissions à la source

(4) Op. cit., p. 7.

(5) Ibid, p. 1.

(6) PC. « Québec dénonce le plan de Stéphane Dion ». Canoë info - LCN [En ligne]. (Mercredi, 13 avril 2005) (Page consultée le 14 février 2008)

(7) Le contenu en énergie d’un réservoir de 30 litres d’essence à moteur équivaut à environ un gigajoule. Donnée tirée d'un document de Statistique Canada, compilée pour l'année 2003.

Ménard, Marinka. « Le Canada, un grand consommateur d'énergie : une perspective régionale ». Statistique Canada [En ligne], p. 10. (Page consultée le 14 février 2008)

(8) Idem, p. 21.

(9) Idem, p. 15.

(10) Idem, p. 13.

(11) Idem, p. 4. Donnée compilée pour l'année 2002.

(12) IBidem.

samedi, mars 26, 2005

Il faudra bien pourtant en sortir un jour

On trouve décidément de tout dans un journal. Récemment Le Devoir, sous la plume de Louis-Gilles Francoeur, posait cette question pertinente et lourde de sens : « Le nouveau Guide de consommation de carburant [...] confirme que les lois canadiennes autorisent les millionnaires à polluer libéralement : une Bentley Arnage avec une consommation urbaine de 23 litres les 100 km produit en toute impunité 9,2 tonnes de GES annuellement. Faudra-t-il en venir à interdire les véhicules les plus polluants, qui mettent en cause la sécurité environnementale de la planète, comme, au siècle dernier, on a mis fin au port d'armes libre au nom de la sécurité publique ? »

Quelques jours plus tard, le même journal, publiait un cahier spécial sur... les voitures de luxe. Y étaient présentés les résultats d'essais routiers de quelques modèles prestigieux. Plus que tout, ce qui a retenu mon attention, c'est le ton des articles ; je cite :

-- Côté mécanique, c'est le statu quo et on ne s'en plaindra pas. Lors de la refonte, on a conservé les deux V8 de la génération précédente, deux superbes moteurs dont l'onctuosité n'a d'égale que la fougue. Ils sont jumelés à une boîte automatique à 6 rapports dont la souplesse et la douceur s'harmonisent avec celles des moteurs. (1)

-- L'Espagne, comme plusieurs pays européens, affiche des limites de vitesse que personne ne respecte. C'est donc au volant d'une 330i automatique que j'ai quitté le centre-ville de Valence pour me lancer à l'assaut des petites routes sinueuses de la banlieue. Durant près de deux heures et demie, j'ai savouré chaque instant derrière le volant. Entre les petites routes rapides à plus de 150 km/h et les chemins en enfilade au son d'une mécanique qui ne manque jamais de souffle, la Série 3 a fait preuve d'un aplomb et d'une rigidité exemplaires. Jamais récalcitrant quand vient le moment de mettre « toute la gomme », le moteur rugit d'un bonheur contagieux. Si, si, contagieux ! (2)

Il ne s'agit pas de jeter l'opprobre sur les chroniqueurs qui ont mené ces essais, ou sur la rédaction du Devoir qui, ici, a jugé qu'un tel cahier répondait à un intérêt réel d'une partie de sa clientèle.

Cela dit, il faudra bien un jour en sortir.

En sortir de cette euphorie de la performance, de la puissance vécue dans l'instant et l'« extase », pour reprendre le mot de Kundera. (3) Il faudra bien sortir de ce conditionnement social qui commence dès l'enfance avec les Hot Wheels, les Matchbox et autres Majorette, se poursuit à travers les pubs, qui m'inculque une conception de la liberté où toute pause critique, tout effort de lucidité est évacué. Une liberté qui n'accepte nulle maturité, ne m'élève pas verticalement au-dessus de réalités pourtant bien évidentes, au contraire me maintient bien au sol, sur des routes dont je n'ai d'autre choix que de suivre docilement le tracé, cherchant à dépasser plutôt que me dépasser.

Cette liberté infantilisante consistant à lancer ma voiture-jouet au-delà de la limite de vitesse permise, serait excusable si elle ne m'aveuglait pas aux enjeux environnementaux qui nous rattrapent implacablement, aussi vite puissons-nous vouloir filer.

Le désir de puissance est inscrit dans la psyché ; c'est un fait anthropologique. Il serait donc naïf de s'imaginer pouvoir l'éradiquer par des campagnes d'éducation publique et des lois. Il faut plutôt s'arrêter sur les comportements par lequel ce désir cherche à se satisfaire, qui sont pour la plupart des comportements de consommation, et leur créer des substituts. Et puisque le désir de se sentir détenteur d'un pouvoir est largement compensatoire, pourquoi ne pas chercher le pouvoir réel là où il se trouve, dans la solidarité, l'action politique concertée, le refus des dogmes économiques, à commencer par celui du consommateur-roi ?

Le désir de pouvoir ne trouve-t-il pas une formidable source de satisfaction dans la révolte tranquille de ces milliers d'étudiants qui ont décidé de prendre la rue et leur destin en mains ? Qu'est-ce que l'euphorie vide, dénuée de sens, de filer à 150 km/h dans une bagnole de 60 000 $, comparée au moment historique que nous offrent les jeunes qui, mine de rien, sont en train de nous servir une leçon.

Jean-Guillaume Dumont, journaliste au Devoir, s'étonnait ce week end que « malgré tous les désavantages économiques reliés à l'utilisation de la voiture, elle ne cesse de gagner en popularité aux dépens du transport en commun. Entre 1998 et 2003, le parc automobile dans la grande région montréalaise a augmenté de 10 %, alors que la population a crû de seulement 3 %. La longueur de toutes ces voitures, mises bout à bout, équivaut à la distance entre Montréal et Berlin. » (4) Pourquoi s'étonner ? Sous prétexte de toujours mieux nous servir, les élites cherchent depuis toujours en fait à nous asservir. Créer sans cesse de nouveaux besoins : voiture high tech, cellulaire dernier cri, ordinateur surpuissant, cinéma maison Hi-Fi... Ne pas nous laisser de répit, maintenir la pression, ne pas nous laisser le temps nécessaire à certaines remises en question.

Reprendre le pouvoir, dans ce monde de gadgets infantilisants et aliénants, c'est d'abord crier son refus et le mettre en pratique. En consommant moins, et mieux. « Simplicité volontaire », « consommation éthique », « consommaction », « commerce équitable », « éco-consommation », « bien commun »... tous ces termes traduisent, de manière, il est vrai, encore diffuse, fragmentée, le refus de l'ordre socio-économique actuel. Refus qui se cristalise épisodiquement autour d'événements comme l'opposition au projet de centrale thermique du Suroît, et maintenant l'opposition aux coupures de 103 millions $ à l'aide financière aux étudiants.

L'horizon devant lequel se profile cette rumeur et cette humeur désobéissante, faut-il le répéter, c'est celui d'un réchauffement climatique dont les conséquences potentiellement catastrophiques nous imposent un ralentissement immédiat du rythme où nous consommons.

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(1) Laguë, Philippe. « Jaguar XJ - Au sommet de son art ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 16 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)

(2) Charette, Benoît. « BMW Série 3 2006 - La mesure étalon de la voiture de luxe ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi, 16 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)

(3) Milan Kundera, La Lenteur, Gallimard, 1995, 154 p. « [L]'homme penché sur sa motocyclette ne peut se concentrer que sur la seconde présente de son vol ; il s'accroche à un fragment de temps coupé et du passé et de l'avenir ; il est arraché à la continuité du temps ; il est en dehors du temps ; autrement dit, il est dans un état d'extase ; dans cet état, il ne sait rien de son âge, rien de sa femme, rien de ses enfants, rien de ses soucis et, partant, il n'a pas peur, car la source de la peur est dans l'avenir, et qui est libéré de l'avenir n'a rien à craindre. » (p. 10)

(4) Dumont, Jean-Guillaume. « Économie - Un puissant moteur de développement ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi, 19 et dimanche, 20 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)

samedi, mars 12, 2005

Le piège de l'« efficacité énergétique »

Au cours des prochaines années, il sera de plus en plus question d'efficacité énergétique. Le Grand dictionnaire terminologique définit le concept comme suit : « Propriété d'un appareil dont la consommation d'énergie est réduite ». L'efficacité énergétique est donc liée au principe général d'économie d'énergie, mais ne doit être confondue avec lui. Elle se présente comme une vitrine attrayante derrière laquelle scintille le bonheur d'une consommation déculpabilisée : un lave-vaisselle certifié Energy Star, aux lignes épurées ; une maison, elle aussi certifiée Energy Star, inutilement luxueuse et grande ; une voiture hybride, là où il serait possible de prendre le transport public, ou mieux encore, le vélo.

L'objectif auquel nous sommes collectivement assignés est de réduire de manière DRASTIQUE la consommation d'énergie, et en cela, oui, une plus grande efficacité énergétique des appareils que nous utilisons est indispensable, mais insuffisante. Ce qu'il faut impérativement, c'est une réduction de la consommation, point. Car toute réduction de la consommation -- qu'ils s'agissent de biens manufacturés, de denrées, d'énergie électrique, ou d'hydrocarbure -- se traduit ultimement par une réduction correspondante de gaz à effet de serre (GES).

L'exemple de l'État du Vermont, notre voisin, montre bien les limites de l'efficacité énergétique.

Samedi dernier Le Devoir nous présentait les grandeslignes du programme d'économie d'énergie de cet État américain. Le programme, d'une efficacité sans égal au Canada, a donné des résultats impressionnants : « EVT [l'organisme qui gère le programme] a évité, durant ses quatre premières années d'existence, à cet État quelque 1,7 million de tonnes d'émission de GES, 2000 tonnes d'oxydes d'azote, 7000 tonnes de dioxyde de soufre et 600 tonnes de matières particulaires potentiellement cancérigènes. » (1)

Voilà qui n'est pas rien. D'autant que l'État du Vermont ne compte que 600 000 habitants. Imaginez un tel programme à l'échelle du Québec !

Et pourtant cette belle réussite, qui draine l'effort de toute une collectivité, suscitant espoir et enthousiasme, demeure entachée d'une incohérence fondamentale. Les résultats obtenus sont en partie annulés par une augmentation de la consommation. Je cite :

Mais quand on lui fait remarquer qu'une maison d'un tel volume pour deux ou trois personnes engendre néanmoins une facture d'énergie discutable, Bart Frisbie non seulement en convient immédiatement mais ajoute spontanément : « L'augmentation de la surface et du volume des maisons est certainement ce qui explique que, malgré leur efficacité énergétique croissante, la demande en énergie pour le secteur résidentiel continue de grimper. Entre 2000 et 2003, la surface moyenne des résidences construites au Vermont est passée de 2000 à 2500 pieds carrés, une augmentation de 25 % ! »

Steven Maier, le représentant de Middlebury à la Chambre législative du Vermont et parrain d'un projet de loi sur le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, reconnaît que les législateurs ont évité jusqu'ici cet aspect du problème qui touche un trait fondamental de la culture étasunienne : « Même si personnellement je préfère vivre avec des moyens et dans un espace modestes, je sais qu'ici, en général, on préfère acheter un gros utilitaire sport hybride plutôt qu'une petite voiture tout aussi performante et moins chère. Même chose pour les maisons. » (2)

Voilà. Tout le problème est là. Tout programme d'économie d'énergie doit impérativement s'accompagner d'un plan de réduction de la consommation, point. Surtout au Canada, le deuxième plus grand émetteur de GES per capita de la planète, derrière l'Arabie Saoudite. Reprenons l'exemple de la voiture. En 1970, le parc automobile mondial était estimé à 194 millions d'unités, en 1997, ce nombre était passé à 500 millions, et pourrait franchir le cap du milliard en 2025. Une telle croissance ne pourra JAMAIS être compensée par une efficacité énergétique accrue des véhicules. Il n'y a pas d'alternative à la diminution du parc automobile. PAS d'alternative -- que nous le voulions ou non -- au changement profond de notre mode de vie, de notre conception pathologique du confort, du bonheur. Le protocole de Kyoto, qui suscite encore bien des grincements de dents, qui pourtant nous demande si peu, conviant aimablement le Canada à une réduction de 6 % des GES sous le niveau de 1990, n'est rien en regard de la réduction de 60 % (3) à laquelle nous serons collectivement obligés, cette fois avec un couteau sur la gorge !

J'exagère ?

La capacité d'absorption du CO2 de la planète est de 3 gigatonnes (Gt), c'est-à-dire trois mille milliards de tonnes de CO2. Or, l'activité humaine, principalement dans les pays industrialisés, produit plus du double de cette quantité, près de 9 Gt je crois.

Acheter des biens énergétiquement plus efficaces est un moyen d'assumer notre part de responsabilité en tant que citoyens du monde, mais ce moyen, insuffisant, ne doit pas nous distraire de l'urgence d'une transformation radicale et rapide de notre train de vie. Pour les consommateurs égocentriques que nous sommes, nul doute qu'une telle transformation sera plus douloureuse que la satisfaction bourgeoise de s'acheter une rutilante et high tech voiture hybride. Mais inévitable, si nous voulons épargner aux générations à venir le chaos d'un monde privé de ressources, encore plus inégalitaire et invivable qu'aujourd'hui.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « Se loger vert ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi, 5 et dimanche, 6 mars 2005) (Page consultée le 15 février 2008)

(2) Ibidem.

(3) Jancovici, Jean-Marc. « A quel niveau faut-il stabiliser le CO2 dans l'atmosphère ? »

dimanche, février 27, 2005

Acheter équitable, oui mais...

Le titre du dernier roman de Laure Waridel, Acheter, c'est voter, est devenu en peu de temps un véritable slogan. L'idée derrière ce slogan, c'est que des gestes simples peuvent faire toute la différence, ou du moins une grande différence. Or, dans le cas du commerce équitable auquel je limiterai ici mon propos, cela est tout simplement faux. Combien de produits équitables connaît-on ? J'ai fait une rapide recherche sur l'Internet : il y a bien sûr les quatre produits canoniques : thé, café, sucre, cacao, auxquels s'ajoutent les céréales, le riz et la banane. Le site de la Fairtrade Labelling Organizations International mentionne une dizaine de produits, dont le vin, tout en prévoyant une croissance et une diversification de la production. Outre ces quelques denrées, on peut aussi acheter de jolies babioles à la boutique Dix mille villages, à Montréal. That's it. On est très loin de la « révolution au quotidien ».

Marginal comme phénomène, et voué à le rester, le commerce équitable, comme l'a noté Jean-François Nadeau, (1) est aussi très limité quant à ses effets socio-économiques : les pauvres dans les plantatations du Sud vont l'être un peu moins, les riches du Nord vont le rester tout autant. La notion même d'équité me paraît discutable : « Notion de la justice naturelle dans l'appréciation de ce qui est dû à chacun » (Petit Robert). Appréciation de ce qui est dû à chacun. Et qui, croit-on, décide de ce qui est dû à chacun, suivant une justice naturelle ? Juan Valdez, le plus célèbre des cafeteros colombiens ? Plutôt ceux qui paient le café à la caisse, et qui ne voudraient surtout pas que les prix montent de manière indue.

Si l'on exagère autant le pouvoir du commerce équitable, c'est à mon avis qu'on le confond allègrement avec le commerce de produits bio, comme c'était le cas d'un lecteur du Devoir samedi. Beaucoup de denrées équitables sont également bio, il est vrai, mais pas toutes. Les denrées bio sont incomparablement plus nombreuses et appelées à accaparer une part sans cesse croissante du marché.

Car le bio répond avant tout à un impératif environnemental et de santé. C'est pour eux-mêmes que de plus en plus de consommateurs se tournent vers le bio, suivant un raisonnement plus égoïste qu'altruiste. Le commerce équitable fait au contraire appel à la bonne conscience des consommateurs, fermant ainsi pudiquement les yeux sur une réalité que le chroniqueur Pierre Foglia évoquait récemment, à savoir que le peuple est devenu l'ennemi du peuple. Ce que Laure Waridel nous dit, c'est que ce serait bien d'acheter tous ensemble équitable, de penser aux pauvres. Elle ne dit pas : comme ce serait beau, un peuple généreux, elle s'arrête juste avant. Juste avant le kitsch. Attention ! Kitsch ne veut pas dire quétaine. J'emploie le mot dans le sens plus large que le romancier Milan Kundera lui donne dans son oeuvre. Là où morale s'installe, le kitsch s'installe aussi.

Le pas que Laure Waridel ne fait pas, d'autres, plus près du pouvoir, lui feront faire. J'ai été étonnée de la popularité de cette femme et de son slogan ; elle a reçu au cours des dernières années quelques distinctions qui ont fait d'elle une citoyenne exemplaire, une belle petite Miss Équitable. Le risque, à mon avis, c'est que cette image désamorce chez les Québécois un désir de changement, vague il est vrai, diffus mais présent, pressant, en désir de beauté chez un peuple qui aime bien se voir tel. Qu'en se kitschifiant le message perde tout son potentiel subversif et profite en fin de compte à ceux qui souhaitent que rien ne change.

C'est une bonne idée que d'acheter équitable, puisque ce n'est pas plus cher, tout en gardant en vue d'autres actions citoyennes peut-être plus efficaces pour changer l'ordre des choses. Comme consommer moins. Comme ne pas voter pour un gouvernement qui tient mordicus à réduire l'impôt sur le revenu des Québécois, ce même impôt qui est l'un des principaux instruments de redistribution de la richesse.

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(1) Nadeau, Jean-François. « Inoffensive Laure Waridel ». Le Devoir [En ligne]. (Samedi, 19 et dimanche, 20 février 2005) (Page consultée le 15 février 2008)

lundi, février 14, 2005

Un réchauffement irréversible ?

La publication d'un rapport sur le réchauffement climatique a suscité plusieurs commentaires dans les médias. Ainsi Louis-Gilles Francoeur, du Devoir, reprend, sans la discuter, la thèse soutenue par l'« équipe multidisciplinaire internationale », à savoir que le réchauffement du climat pourrait entrer dans une phase d'irréversibilité si les concentrations de CO2, actuellement de 379 parties par million (ppm), dépassaient les 400 ppm, éqivalant à un réchauffement moyen de 2°C. Au-delà de ce seuil, les « mécanismes naturels qui ont permis de stocker des milliards de tonnes de carbone au fond des océans, dans le permafrost arctique ou dans les tourbières et les marais commenceront à relarguer leur charge dans l'atmosphère terrestre », à quoi s'ajoutera « la libération de milliards de tonnes de méthane solidifié au fond des mers arctiques ». (1)

Or, un article de Gavin A. Schmidt et Stefan Rahmstorf, paru sur le blogue Real Climate, sans nier la pertinence d'un tel scénario catastrophiste, s'attache à montrer qu'il ne repose pas sur une base scientifique solide. Pour ces deux scientifiques, le rapport Meeting the Climate Challenge représente une initiative d'un « goupe politique » qu'ils perçoivent de la façon suivante :

Existe-t-il un « point de non retour » ou « un seuil critique » qui sera franchi quand les forçages excèderont ce niveau, comme rapporté dans quelques médias ? Nous ne croyons pas qu'il y ait de base scientifique à cette hypothèse. Cependant, comme cela a été précisé l'année dernière à Beijing dans un colloque international à ce sujet par Carlo Jaeger : fixer une limite est une manière sensée de traiter collectivement un risque. Une limite de vitesse est un exemple typique. Quand nous fixons une limite de vitesse à 130 km/h, il n'y a aucun « seuil critique » -- rien de terrible ne se produit si vous allez à 140 ou 150 km/h. Mais peut-être à 160 km/h les morts excèderaient clairement les niveaux acceptables. Fixer une limite au réchauffement global à 2ºC de plus que la température pré-industrielle est l’objectif politique officiel de l'Union Européenne, et c'est probablement une limite sensée. Mais, comme pour les limites de vitesse, il peut être difficile d'y souscrire.

L'incertitude sur la sensibilité du climat ne va pas disparaître bientôt, et devrait donc être implémentée dans les évaluations du climat futur. Cependant, ce n'est pas une variable complètement libre, et les valeurs extrêmement élevées discutées dans les médias au cours des deux dernières semaines ne sont pas scientifiquement crédibles. (2)

Un texte quelque peu technique mais qui apporte une lumière intéressante sur un débat social aux enjeux colossaux.

Attention, cet article ne réfute pas l'idée d'un seuil d'irréversibilité. Ce seuil existe bel et bien et doit servir d'horizon nous permettant de maintenir le cap, au nom du bien commun, vers de nécessaires et profonds changements de notre mode de vie.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « D'autres études inquiétantes sur le réchauffement de la planète ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 3 février 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

(2) Schmidt, Gavin A. et Rahmstorf, Stefan. « 11ºC warming, climate crisis in 10 years? ». RealClimate [En ligne]. (Samedi, 29 janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

lundi, février 07, 2005

La tentation du sens

Sur RDI, vendredi, une conférence de presse. Un vieux annonce qu'il va s'enlever la vie le soir-même. Il est atteint d'une maladie pulmonaire incurable qui lui laisserait au mieux deux ou trois ans. Remarquez, trois ans, maladie pulmonaire ou pas, ce n'est pas si mal pour un homme de 78 ans. Enfin ... Au contraire de certains vieux que je vois avancer avec peine, haletant, agrippés d'une main à la rampe dans les corridors du complexe où je demeure, celui-là, à la télé, semblait se mouvoir sans trop de difficultés.

Pour se donner la mort, il a choisi de respirer de l'hélium, mais auparavant il veut éveiller la population à l'importance de légaliser le suicide assisté, d'où l'appel aux médias.

Vous savez quoi, M. Chose -- je peux bien m'adresser à vous maintenant que vous êtes mort, « vers 11 h 53 », comme disait une agente le lendemain au journaliste -- vous savez quoi ? Je ne vous crois qu'à moitié. Je soupçonne, derrière votre engagement politique -- vous étiez membre du Canadian Group Dying With Dignity -- encore une fois, la tentation du sens. Il y quelques semaines, c'était Manon Brunelle, (1) qui était allée, elle, encore plus loin que vous, jusqu'à l'indécence morbide ...

Les raisons qui vous ont amené à poser ce geste -- qui est certes un suicide, mais non assisté -- ne se discutent pas. Pas plus que votre refus apparent d'accepter la mort dans sa réalité la plus crue d'événement terriblement banal, dénué de sens, venant au terme d'une souffrance tout aussi dénuée de sens.

Ce qui se discute par contre, c'est la tentation, très grande alors, porté le vent de l'actualité, de vouloir s'inscrire dans l'Histoire et ainsi d'assurer -- du moins fantasmatiquement -- sa propre immortalité. De parler de soi comme depuis l'au-delà, de dire devant les caméras : voici le sens que devra avoir, aux yeux de la postérité, mon geste ...

Ce qui se discute, c'est la « récupération » que vous faites de votre propre geste, et l'instrumentalisation d'un débat social fort complexe aux conséquences potentiellement graves. Débat sur lequel bien sûr vous n'avez rien dit, sinon qu'il faut aider au suicide des personnes qui en expriment le désir, ce que vous appeliez étrangement le respect de la dignité.

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(1) Manon Brunelle décide de mettre fin à ses jours à Zurich, en Suisse, dans une clinique où le suicide assisté est décriminalisé. Benoit Dutrizac raconte comment Manon Brunelle l'a contacté et pourquoi elle voulait en finir avec la vie. Ce reportage, diffusé dans le cadre de l'émission Les francs-tireurs, a suscité une certaine controverse. La page qui lui était consacrée a été retiré du site internet de l'émission.

samedi, février 05, 2005

La transcendance

St-Jean me dit de faire attention au mot transcendance. Soit. Voici une brève explication.

Disons d'abord, pour les adeptes de party rave, qui ne fréquentent d'ailleurs pas notre blogue, qu'il ne faut pas confondre transcendance et transe en danse. La première « élève au-dessus du niveau moyen » (1) tandis que l'autre abaisse largement au-dessous de tous niveaux.

Le Petit Robert définit la transcendance comme ce qui « ne résulte pas du jeu naturel d'une certaine classe d'êtres ou d'actions, mais suppose l'intervention d'un principe extérieur et supérieur à celle-ci ». La quête de transcendance, si propre à notre civilisation, n'exprimerait rien d'autre que le besoin de trouver ce principe extérieur qui puisse donner un sens à la vie concrète et par lequel chacun de nos gestes se trouvent prolongés et ultimement expliqués. Le principe extérieur, qui peut être Dieu ; l'« énergie » chez les ésotériques ; la société, voire le monde entier, fantasmé comme regard, comme présence intime ; et aussi, tiens, pourquoi pas ? le bien commun.

De ce dernier, je reparlerai bientôt.

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(1) V. définition du mot transcendant dans TLFi

jeudi, février 03, 2005

Blogue et immortalité : l'ego

Pourquoi cette vogue sans précédant des blogues ? Une expression de Jean-Pierre Cloutier récemment m'a saisi : le « marché de l’attention ». (1) Si l'un des buts avoués du blogueur est de créer des liens, autour de son carnet web développer une communauté d'échanges, il n'en reste pas moins que, dans les faits, il se trouve en compétion directe avec des milliers d'autres blogueurs qui aspirent tout comme lui a susciter l'intérêt du plus grand nombre. Tous ces blogueurs sont-ils animés tout d'abord par le désir impérieux d'être pertinent ? Il est permis d'en douter.

Je me demande pour ma part s'il n'y aurait pas, derrière ce désir d'attention, un désir égotiste de se fantasmer au centre d'une communauté. Dans son éditorial de janvier, Ignacio Ramonet, directeur du Monde diplomatique, évoque un fait qui appuie ce point de vue, à savoir que de plus en plus de « vrais » journalistes « considèrent que ce sont leurs opinions -- rarement étayées -- qui sont sacrées, tandis qu’ils n’hésitent pas à déformer les faits pour les contraindre à justifier leurs opinions. » (2)

Nous vivons dans une civilisation -- l'occidentale -- manifestement de plus en plus marquée par l'emprise de l'ego. Il y a quelques années, aux bulletins de nouvelles, était apparu l'homme de la rue, à qui il est désormais impossible de ne plus donner la parole. Les quinze minutes de célébrité d'Andy Warhol devenaient en quelque sorte la règle. Plus récemment la télé-réalité a poussé ce désir de promotion instantanée jusqu'à l'indécence. Dans cette voie l'accompagne la webcaméra, dont le blogue ne se trouve qu'à être le pendant scriptural. Je ne parle pas ici du blogue d'information, soucieux d'être pertinent, « sérieux », quoiqu'également empreint d'une forte subjectivité ; non, plutôt de celui qui, collé au petit train-train quotidien, n'a d'autre utilité que de le doubler narcissiquement de commentaires à chaud.

Ce travers, cet aboutissement de l'individualisme, pour se justifier et pour se sortir d'impasse, récupère, en l'appauvrissant, l'idée d'universalité : c'est par la simple description des gestes du quotidien, gestes sans éclat, sans grandeur, voire triviaux, que l'on accède à l'universalité de la condition humaine. Nul besoin, donc, d'un regard lucide, d'une démarche artistique de compréhension du sens des gestes. L'universalité du blogueur égotiste ne requiert ni culture, ni intelligence, puisque c'est le train-train en lui-même, sans la médiation d'une conscience critique, qui se veut pertinent, d'emblée pertinent.

Ce quotidien, reflet de l'ego, projeté à l'échelle du Web planétaire, « universalisé », je me demande aussi s'il ne nous tient pas lieu de transcendance. Si, à travers lui, nous ne chercherions pas à satisfaire un besoin béant qu'autrefois comblait la foi en Dieu, foi partagée à travers des rites communs, foi qui nous unissait les uns aux autres, et tous, à Dieu, à l'au-delà. Tel pourrait être un des sens profonds du blogue : structurer le présent, le temps vécu de l'individu, lui donner sens en répondant au désir d'être dans l'au-delà.

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(1) Cloutier, Jean-Pierre. « Poynter, l’année 2004, les blogues, et la mise en perspective ». Jean-Pierre Cloutier : Le Blogue [En ligne]. (Vendredi, 31 décembre 2004) (Page consultée le 16 février 2008)

(2) Ramonet, Ignacio. « Médias en crise ». Le Monde diplomatique [En ligne]. (Janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

mercredi, février 02, 2005

Blogue et immortalité

Mes amis savent que j'aurais aimé écrire un roman. J'avais même un titre : Voyage autour de ma chambre. J'en étais très fier, jusqu'à ce que je découvre que c'est celui d'un roman de Xavier de Maistre. Imaginez, 1794 ! Deux siècles de retard !

Qu'à cela ne tienne.

Je réécris, de nuit, à l'abri des regards indiscrets, les trois pages de mon oeuvre inachevée, et inscris le titre : Expédition nocturne autour de ma chambre.

Stupeur ! Ce titre existe déjà ! Encore ce Xavier de Maistre. Fichtre ! La profondeur de mon inculture me donne le vertige. Seule consolation : le roman, cette fois, date de 1833. Mon retard n'était plus que de 182 ans.

Que faire maintenant ? Je suis handicapé, affaibli, et mon temps m'est compté. J'aimerais bien -- au même titre que mon devancier -- connaître l'immortalité, mais si possible, avant ma mort. Autrement, à quoi bon. À quoi bon l'immortalité si je ne puis en tirer toute la satisfaction dont mon existence médiocre a tant besoin.

C'est alors que l'idée du blogue m'est venue. Je n'ai pas grand mérite, le mot est sur toutes les lèvres. Quant à moi, il me paraît quelque peu risible, mais au point où j'en suis ...

Me voici désormais sur le Web, dans ma Chambre d'écoute. Je sais, ce titre aussi existe déjà. Une fatalité, que voulez-vous. Ce que je perds en originalité par contre, je le regagne en lecteurs potentiels. Des milliers de lecteurs, oui, oui, des milliers. Des internautes comme moi, ici, en Europe et ailleurs dans la francophonie.

Pourquoi pas ?

samedi, janvier 29, 2005

Combien coûtent les riches ?

Un excellent article du Monde diplomatique nous apprenait que « selon le Pnud toujours, ' à l’échelle planétaire, il manque quelque 80 milliards de dollars par an pour assurer à tous les services de base ', à savoir l’accès à l’eau potable, un toit, une alimentation décente, l’éducation primaire et les soins de santé essentiels. C’est exactement le montant du budget supplémentaire que le président Bush vient de demander au Congrès pour financer la guerre d’Irak ... » (1)

C'est aussi, si l'on se fie à la liste publiée par le magazine Forbes, 9,7 milliards de MOINS que l'avoir net estimé de Bill Gates (46,6 milliards) et Warren Buffett (42,9 milliards), les deux hommes les plus riches de la planète. Ce qui n'a pas semblé gêner le premier lorsqu'il a appelé l'élite économique et politique réunie à Davos à lutter contre la pauvreté et les pandémies en Afrique ! (2)

La question n'est pas de moi, mais je la pose à nouveau : combien nous coûtent-ils, tous ces riches qui veulent le « bien » des pauvres ?

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(1) Ramonet, Ignacio. « Après le tsunami ». Le Monde diplomatique [En ligne]. (Vendredi, 7 janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

(2) Déclaration rapportée dans le Devoir : AFP. « Forum de Davos - Blair, Clinton, Gates et Bono mobilisés contre la pauvreté ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 28 janvier 2005) (Page consultée le 16 février 2008)

mercredi, janvier 12, 2005

Trahisons durables II

Un article du Devoir rapportait récemment ce propos de l'ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard :

« La machine gouvernementale professe, officiellement, une prédilection pour les plans. Elle invite régulièrement les ministères à en établir. Ce qu'elle n'aime pas, c'est qu'ils voient le jour. Elle fait donc en sorte de les perdre dans les labyrinthes du Conseil privé et dans les innombrables comités qui poussent comme des champignons sur la colline parlementaire. Pendant ce temps-là, on garde les ministres occupés et on les tient en laisse. » (1)

Et si les choses se corsent ?

« Si les choses se corsent, si un plan ou un projet ambitieux est trop près d'aboutir, le prochain remaniement expédie le ministre ailleurs. Les tablettes de tous les ministères sont copieusement garnies de ces beaux efforts inachevés ou rejetés par le successeur qui se lance, à son tour, dans un autre exercice qui connaîtra le même sort. » (2)

La justesse et le caractère général de ce terrible aveu, une fois de plus, nous ramènent aux mille trahisons -- des plus insignifiantes aux plus graves -- auxquelles se livrent ceux qui reçoivent à chaque élection le mandat de promouvoir le bien commun.

Un aveu qui fournit une clef utile pour la compréhension de plusieurs événements politiques marquant l'actualité.

Or, ce ne sont pas les événements qui vont manquer au cours des prochains mois. D'abord le rapport de la Commission d’étude sur la gestion de la forêt publique québécoise. Il sera difficile pour le gouvernement Charest de « tabletter » ce rapport qui est allé beaucoup plus loin que ce que le premier ministre souhaitait et qui pourrait marquer l'histoire du Québec.

Il y a aussi l'avant-projet de loi sur le développement durable, élaboré par le ministre québécois de l'Environnement, qui devrait mourir avant d'avoir vu le jour. Un remaniement ministériel opportun pourrait même expédier Thomas Mulcair à la tête d'un autre ministère, si jamais celui-ci montrait trop de pugnacité.

À suivre.

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(1) Cité dans : David, Michel. « Le pitbull vert ». Le Devoir [En ligne]. (Mardi, 7 décembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)

(2) Ibidem.

lundi, janvier 03, 2005

Trahisons durables

J'ai beau ne plus plus guère sortir de chez moi, les questions environnementales me rejoignent malgré tout, me tirent par la manche jusqu'à la fenêtre : regarde !

Ce que je vois n'est jamais très joli. Et pour cause.

Lu dernièrement dans Le Devoir: « Les ministères de l'Environnement sont aujourd'hui redéfinis comme des gestionnaires de projets économiques, comme des émetteurs de permis, l'un de polluer à certaines conditions, l'autre de dévaster tel écosystème moyennant quelques arbres ici et là, voire un simple lit de cailloux en espérant que les poissons le prendront pour leur ancien lit nuptial. Une part importante du travail des ministres consiste à masquer habilement ce glissement qui force leurs ministères à légaliser beaucoup plus la pollution et la dévastation qu'à protéger la Terre-Mère, ce que le public recherche encore avec un instinct qui remonte certainement à cette perception fondamentale de la vie, à l'origine d'un culte comme celui de la Pachamama. » (1)

Cet extrait exprime un constat à la fois lucide et terrible. Il rappelle les milles trahisons -- des plus insignifiantes aux plus graves -- auxquelles se livrent ceux qui reçoivent à chaque élection le mandat de promouvoir le bien commun.

Cela rappelle L'Erreur boréale, ce documentaire-choc de Richard Desjardins et Robert Monderie, où, à une plainte envoyée au ministère de l’Environnement par des citoyens soucieux de préserver leur forêt, ceux-ci reçoivent pour toute réponse une lettre émanant de la compagnie forestière qui prévoit justement couper à blanc cette forêt !

Et il n'y a pas que la forêt. De passage à l'émission Tout le monde en parle, le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, bombait le torse. Son avant-projet de loi sur le développement durable avait été bien reçu. En cette période précédant la pause des fêtes, les politiciens savent toute l'importance de créer dans l'esprit des citoyens une impression favorable. (2) Le ministre en a donc profité ce soir-là, devant deux millions de téléspectateurs, pour vanter la valeur de son projet, en parler comme s'il avait déjà force de loi. En vertu du constat de Louis-Gilles Francoeur, il y a pourtant fort à parier que l'avant-projet de loi sur le développement durable subira le même sort que la loi 112 « visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale », loi dont la clause dite « d'impact » devait « obliger désormais les membres du gouvernement à analyser les impacts de leurs décisions sur les démunis » !

Ouf !

Déjà, à Québec, chez nos dirigeants éclairés, il est question du « développement durable de la motoneige », (3) une contradiction dans les termes qui ne semble pas les gêner le moins du monde : polluons sans retenue, pour notre plaisir, mais en tout respect des générations à venir !

D'autant que, de l'aveu même de Mulcair, un des principaux problèmes en matière d'environnement, c'est la non-application des lois et règlements !

Ce n'est donc pas se montrer cynique que d'affirmer que s'il y a développement durable ici, il ne sera endurable qu'à ceux dont l'intérêt sera de garder les yeux fermés.

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(1) Francoeur, Louis-Gilles. « À quand un ministère de la Pachamama ? ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 10 septembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)

(2) Lire à ce propos : Cauchy, Clairandrée. « Brassage d'opinions : l'« effet » des Fêtes ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 31 décembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)

(3) Cité dans : Francoeur, Louis-Gilles. « Nature : Le développement pas endurable de la motoneige ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi, 31 décembre 2004) (Page consultée le 17 février 2008)