Rechercher dans ma chambre

mercredi, décembre 23, 2009

Joyeux Noël !

Onze heures. Je suis au lit, comme tous les jours à cette heure. La préposée va arriver bientôt pour me donner un demi-Boost et un verre de jus de légumes. De gros flocons dansent dans le carré de la fenêtre, et, au moment précis où j'écris cette phrase, un air de Lucien Hétu se met à jouer :

« Quand la neige descend ».

J'ai rassemblé toutes mes chansons de Noël en une seule liste d'écoute (playlist) que Winamp parcourt de manière aléatoire.

Un beau temps des Fêtes. Le corps et l'esprit remplis de réminiscences. Tout n'est pas parfait, les nuits sont parfois tourmentées, mais la lumière du jour et, ce matin, cette clarté neigeuse et scintillante, me ramènent à des pensées plus sereines.

*

Il est quinze heures vingt. La préposée s'apprête à quitter : « Bye Ket ! »

Où en étais-je ?

L'année dernière, je constatais, déçu, que je n'arrivais pas à trouver Noël. Cette année, l'esprit des Fêtes a surgi dès la fin de novembre, comme un regain inattendu après le passage à vide du 13, jour de double anniversaire : de ma naissance et de la mort de papa.

Ce qu'il y a de curieux, c'est que les conditions objectives de mon existence ne se sont pas améliorées depuis ce temps. Je ne vais au fauteuil qu'une journée sur deux, de 14 h à 19 heures ; quant à ma colonne, elle est une chose de moins en moins vertébrale, et mes poumons... Et cætera.

Le corps et l'esprit ne sont pas toujours en phase. L'intensité d'une émotion va entraîner le corps dans le mouvement – volontaire ou non – de l'esprit, alors qu'à l'inverse, il arrive qu'un état physique vienne brusquement occuper tout le volume de la conscience. Un va-et-vient qui ressemble parfois à une lutte.

Mais aujourd'hui, dans mon lit si confortable, nul tiraillement. À côté de moi, deux chandelles projettent une lueur chaude et douce pendant que j'écris ce billet. Il est 16 heures. Bientôt la pénombre. Je suis bien, je suis heureux.

Joyeux Noël à tous et à toutes.

lundi, décembre 21, 2009

Échec à Copenhague, succès à Washington (et Ottawa)

Premier de trois textes.

Harper est reparti satisfait de Copenhague. Voilà qui dit, mieux que tout, l'échec que fut la conférence qui devait relancer la lutte contre le réchauffement climatique pour la période post-2012. La faute au Canada bien sûr, qui, pour une troisième année consécutive, a reçu le prix Fossile de l'année. Mais, surtout, la faute aux États-Unis et à la Chine, les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) de la planète. Obama, malgré ses discours encourageants, n'a exercé aucun leadership. Pire, les négociateurs américains ont sciemment paralysé le groupe chargé d'élaborer le « plan de coopération à long terme » (long-term cooperative action) en y ajoutant un nombre si élevé de propositions que sa négociation devenait impossible compte tenu du peu de temps qu'il restait. En outre, les États-Unis n'ont rien concédé quant à leur cible de réduction d'émissions de GES ni, même, quant à l'année de référence qu'ils ont choisi pour évaluer la progression des réductions, soit 2005. C'est donc dire qu'il y aura désormais deux années de référence : 1990 pour le reste de la planète, 2005 pour les États Unis... et 2006 pour le cancre seul au fond de la classe : le Canada.

Il faut dire, à la décharge d'Obama, que le Congrès ne lui donne aucune marge de manœuvre. L'opinion américaine est peu préoccupée par la lutte contre le réchauffement climatique et reçoit une image déformée, embellie du rôle des États-Unis en la matière. L'article du New York Times consacré à l'« entente » de Copenhague est à cet égard assez représentatif : Wen Jiabao y tient le mauvais rôle, par sa mauvaise volonté et ses provocations, devant un Obama déterminé qui force les portes et arrache in extremis un accord. (1) Curieusement, c'est cette version tronquée que l'on retrouve sur Cyberpresse : « Malgré la tenue de deux rencontres entre le président américain et le premier ministre chinois, Wen Jiabao, le moment clé des négociations serait survenu lorsque M. Obama est entré sans s'annoncer dans une rencontre réunissant la Chine, l'Inde et le Brésil, selon le New York Times. Faisant fi des protestations des responsables chinois du protocole, M. Obama aurait alors affirmé que les négociations ne devaient pas se tenir en secret, geste qui aurait permis aux pays de se rapprocher et ainsi, de dénouer l'impasse ». (2)

Pour une version plus juste des négociations de Copenhague, il vaut mieux s'en remettre au Devoir, notamment au remarquable article de Louis-Gilles Francoeur paru aujourd'hui. (3)

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(1) Revkin, Andrew C. et Broder, John M. « A grudging accord in climate talks ». The New York Times [En ligne] (Samedi, 19 décembre 2009) (Page consultée le 21 décembre 2009)

(2) Cardinal, François. « Une entente au rabais à Copenhague ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Vendredi, 18 décembre 2009) (Page consultée le 21 décembre 2009)

(3) Francoeur, Louis-Gilles. « Analyse - L'après-Copenhague s'annonce laborieux ». Le Devoir [En ligne] (Lundi, 21 décembre 2009) (Page consultée le 21 décembre 2009)

jeudi, décembre 17, 2009

La tranquille certitude de la ministre Courchesne

Le Parti libéral du Québec est corrompu. La cause est entendue et il n'y a, ma foi, plus grand chose à en dire. Reste la sentence, qui sera prononcée au prochain scrutin.

J'ai tout de même trouvé assez savoureux, lors d'un point de presse le 2 décembre dernier, l'aveu involontaire de la ministre Courchesne : « Vous savez aussi bien que moi qu'il y a beaucoup, moi, je dirais [que] la majorité des entreprises privées soutiennent tous les partis politiques ». (1) Et comme pour s'enfoncer encore un peu plus, elle a ensuite répété le commentaire en anglais.

Commentaire qui n'a rien d'un lapsus inopportun, mais tout d'une tranquille certitude... contraire à la loi. Celle-ci en effet ne permet que les dons individuels d'argent, jusqu'à un maximum de 3000 $ par individu, par année.

Inutile de dire que M. le directeur général des élections a froncé les sourcils. Surtout que c'est la deuxième fois qu'un ministre libéral se compromet ainsi.

Dans la masse des révélations des dernières semaines, ce fait anecdotique a le mérite de nous confirmer que Mme Courchesne sait très bien, tout comme ses collègues, où aller chercher les 100 000 $ qu'elle est tenue d'apporter au PLQ à chaque année. (2)

__________

(1) Presse canadienne. « En bref - Courchesne devra s'expliquer ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 15 décembre 2009) (Page consultée le 17 décembre 2009)

(2) Presse canadienne. « Financement du PLQ : les ministres donnent l'exemple ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 11 décembre 2009) (Page consultée le 17 décembre 2009)

Sur le même sujet :

Presse canadienne. « Financement du Parti libéral du Québec - Normandeau défend les pratiques ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 9 mars 2010) (Page consultée le 9 mars 2010)

lundi, décembre 14, 2009

La grande immortalité

Je cite l'écrivain Milan Kundera : « Face à l'immortalité, les gens ne sont pas égaux. Il faut distinguer la petite immortalité, souvenir d’un homme dans l’esprit de ceux qui l’ont connu […], et la grande immortalité, souvenir d’un homme dans l’esprit de ceux qui ne l’ont pas connu. » (1)
La plupart des gens qui affirment croire en Dieu agissent au quotidien comme s'Il n'existait pas. C'est peut-être pour cette raison que l'idée de l'immortalité de l'âme a moins d'attrait, moins d'influence sur les comportements que l'idée profane de la grande immortalité telle que définie par Kundera. Si ce n'était pas le cas, si le souci de l'âme, et ce qui en advient dans l'au-delà, devait primer, nous ne vivrions pas dans un tel monde d'égoïsme et d'inégalités (et Moisson Montréal n'aurait pas reçu dix fois moins de denrées non périssables que l'an dernier). (2)
Jusqu'à présent, la grande immortalité n'était réservée qu'aux personnages illustres, ces privilégiés que ne quittent jamais les projecteurs de l'Histoire. C'est la métaphore qu'emploie souvent Kundera : une scène inondée de lumière où, devant l'humanité, se tiennent les grands personnages historiques. Mais voilà : désormais il y a l'Internet, ce formidable moyen de projeter son ego à la face du monde. Sur le site très fréquenté – 30 000 visiteurs, selon AFP, les 6 et 7 novembre dernier (3) – d'Anne Lamic, nous pouvons lire : « J'ai le droit de sortir de l'ombre. J'ai une webcam qui vous permet de me voir vivre en direct et en temps réel, dans mon petit Monde ». C'est la mère d'Anne qui s'exprime ainsi au nom de sa fille, une handicapée de 32 ans qui n'a pas l'usage de la parole et qui, aux dires de son père, « a l’évolution d’une enfant d’un mois » (4).
Notez l'affirmation péremptoire : j'ai le droit. Tout se passe comme s'il n'était plus nécessaire de sacrifier à l'effort d'une pensée originale, à l'ascèse d'une longue élaboration artistique, au courage d'un combat politique : il suffit d'avoir une webcaméra, de livrer l'existence dans la nudité du quotidien pour que le sens jaillisse de lui-même.
L'exemple d'Anne – même si dans son cas l'ego n'est évidemment pas impliqué – a ceci d'intéressant qu'il rend encore plus évident le caractère immanent de ce nouveau droit : celui de laisser un souvenir dans l’esprit de gens qui ne nous ont pas connus.
Un droit qui prend sa source dans un double fantasme. D'une part, la scène illuminée de l'Histoire, à laquelle chacun aurait désormais accès sans efforts, par le moyen des nouvelles techniques de communication, en projetant son ego, comme j'ai dit, à la face du monde. D'autre part, la « virtualisation » de l'être, son désancrage du corps et de sa finitude ; lu dans le Devoir, ce commentaire d'un psychologue français : « Aujourd'hui, nous avons la possibilité d'exister en même temps à plusieurs endroits, d'avoir des vies parallèles, plusieurs identités et, désormais, de pouvoir rester présent dans ces mondes après notre mort, au même titre que les vivants. » (5)
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(1) Kundera, Milan. L'Immortalité. Édition Gallimard, Paris, 1990, pp. 66-67
(2) Bérubé, Stéphanie. « Moisson Montréal a reçu dix fois moins de denrées ». Cyberpresse.ca [En ligne] (Samedi, 12 décembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)
(3) AFP. « ' Près de 30.000 visiteurs ' sur le site d'Anne, polyhandicapée bientôt filmée ». Google actualités [En ligne] (Vendredi, 6 novembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)
(4) « Ils exposent la vie de leur fille handicapée sur le net ». Europe1.fr [En ligne] (Jeudi, 5 novembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)
(5) Deglise, Fabien. « In Numeriam ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 10 novembre 2009) (Page consultée le 14 décembre 2009)

lundi, décembre 07, 2009

Une très bonne question

« Au sein de la députation libérale, on se dit que mieux vaut susciter la grogne populaire en écartant la tenue d'une enquête publique que de renoncer au pouvoir pendant dix ans à la suite de l'enquête. C'est la leçon qu'on tire de la commission Gomery et des malheurs des libéraux fédéraux depuis.

» On se dit aussi que Gérald Tremblay a fini par gagner ses élections même s'il a fermé les yeux pendant des années sur la collusion dans l'industrie de la construction. » (1)

Ces deux paragraphes, tirés du Devoir, résument tout ce que j'ai lu depuis un mois sur le gouvernement Charest. Les faits sont accablants, et les médias nous en apportent de nouveaux à chaque jour. Les derniers en date concernent le marchandage de places en garderie. Véritable système de corruption, c'est-à-dire d'avilissement :

« Le milieu des garderies n'est pas réputé riche. Que tant de propriétaires de garderies donnent de l'argent à un parti politique, c'est déjà étonnant. Que plusieurs d'entre eux, en plus, obtiennent des permis après avoir fait des dons importants, alors qu'ils n'avaient jamais contribué auparavant, cela l'est encore plus.

» Lorsqu'une famille donne 24 000 $ en six ans (ça fait 4000 $ par année, ce qui est beaucoup au Québec) à un parti et obtient quatre permis de garderie, il est permis de poser des questions.

» Lorsque dans une région comme Lanaudière, 70 % des garderies ayant obtenu des permis appartiennent à des donateurs du parti au pouvoir, il est aussi légitime de soulever une ou deux questions.

» Idem lorsque des entreprises obtiennent un permis après que leur projet de garderie eut reçu une évaluation médiocre du ministère de la Famille. » (2)

Remarquez, il fallait s'y attendre. Le PLQ, contrairement à Québec Solidaire ou au PQ de 1976, n'est pas porté par un programme politique visionnaire, par des idéaux, voire même, par le souci du bien commun. Le parti de Charest tire sa force – entendez : sa richesse – de la somme des intérêts particuliers qu'il conjugue, de ses accointances historiques avec le milieu des affaires. La preuve a contrario de cet état de fait : Charest a démis en février 2006 son ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, pourtant très populaire, afin de calmer certains collègues ainsi que certains élus municipaux et promoteurs immobiliers, tous fort courroucés de constater que les lois environnementales seraient désormais appliquées. (3)

Ajoutez à ce péché originel du PLQ le fait qu'il est au pouvoir depuis 2003, qu'il vient de remporter une troisième élection d'affilée – du jamais vu depuis Duplessis – et qu'il fait face, au parlement, à une opposition affaiblie en quête de crédibilité.

Dans un tel contexte de pourrissement, le pouvoir sert avant tout à l'enrichissement du parti et des amis du régime. Je cite à nouveau l'article du Devoir :

« D'ailleurs, presque sept ans après avoir pris le pouvoir, le PLQ est une formidable machine à collecter de l'argent. L'an dernier, le parti de Jean Charest a encaissé 10 millions. C'était une année faste, car c'était une année d'élections. Mais bon an, mal an, le PLQ récolte entre sept et neuf millions, soit le double du PQ. On se demande ce que fait le PLQ avec autant d'argent, surtout quand on pense que les dépenses électorales des partis au Québec ne peuvent excéder 3,8 millions et que les élections ont lieu habituellement tous les quatre ans. »

Voilà une très bonne question.

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(1) Dutrisac, Robert. « Québec - Le pari de l'entêtement ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 5 décembre 2009) (Page consultée le 7 décembre 2009)

(2) Marissal, Vincent. « Poupongate ou pur hasard ? ». Cyberpresse [En ligne] (Jeudi, 3 décembre 2009) (Page consultée le 7 décembre 2009)

(3) Francoeur, Louis-Gilles. « Environnement - Mulcair victime de son bilan et de sa pugnacité ». Le Devoir [En ligne] (Mercredi, 1er mars 2006) (Page consultée le 7 décembre 2009)

A lire aussi :

– « Pourrissement ». 27 novembre 2008

mardi, décembre 01, 2009

Trop d'argent

L'Institut de la statistique du Québec a publié son rapport sur la rémunération au Québec la semaine dernière. Intéressant. Surtout de comparer les comptes rendus dans les journaux.

Le Devoir, idéologiquement à gauche, disons centre gauche, résumait ainsi :

« Selon les données rendues publiques hier, la rémunération globale des employés de l'État, qui prend en compte le salaire, les avantages sociaux et les heures de présence au travail, affiche un retard de 3,7 % par rapport à l'ensemble des autres salariés. Il était de 2,9 % l'année dernière. Ils jouissent toutefois d'une avance de 3,6 % par rapport au secteur privé, employés syndiqués et non syndiqués confondus. » (1)

Sur le portail Cyberpresse, campé à droite, nous lisons cependant :

« L'État québécois demeure un employeur tout à fait concurrentiel. Cette année, les fonctionnaires provinciaux bénéficieront, dans l'ensemble, d'une rémunération 3,6 % plus élevée que leurs homologues du privé, indique le nouveau rapport de l'Institut de la statistique du Québec. » (2)

Alors, ces employés de l'État, gagnent-ils trop ou pas assez ?

Trop.

Et les employés des sociétés d'État, comme Hydro-Québec, Loto-Québec, la SAQ ? Trop aussi. Tout comme les employés municipaux, à commencer par ces pompiers de merde.

Mais les infirmières en milieu hospitalier, elles ? Et les enseignants ?

Foutez-moi la paix.

Au Québec, comme ailleurs dans les pays occidentaux, trop d'honnêtes travailleurs gagnent trop d'argent. Pour quoi, cet argent ? Pour les trois ordinateurs par maison trop grande. Pour la télé au plasma de 52 pouces. Pour les tatas en VTT, pour les hors-bord et les motoneiges. Les voyages dans le Sud.

Pour maintenir un ordre social fondé sur l'iniquité et la souffrance (30 000 itinérants juste à Montréal (3), le pillage des ressources naturelles, la destruction de l'écosystème planétaire.

Et dire que Noël approche.

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(1) Shields, Alexandre. « Rémunération : l'administration québécoise est toujours en retard ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 27 novembre 2009) (Page consultée le 28 novembre 2009)

(2) Krol, Ariane. « Québec, un employeur de choix ». Cyberpresse [En ligne] (Vendredi, 27 novembre 2009) (Page consultée le 28 novembre 2009)

(3) Rioux Soucy, Louise-Maude. « Vaste recherche pour briser le cycle de l'itinérance ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 24 novembre 2009) (Page consultée le 28 novembre 2009)

J'ai quitté mon île

Je reçois un courriel de Francine ce matin. Une très belle chanson que j'avais oubliée, de Daniel Lavoie : « J'ai quitté mon île ». Elle la fredonnait hier, en numérisant les pages de Tristes tropiques. Je voulais la retrouver sur l'Internet aujourd'hui. Plus besoin. Ma sœur me l'offre, jointe à son courriel.

J'ai cliqué...


Une très belle chanson, j'ai dit. Plus que belle : émouvante. Une mélodie très douce, des paroles simples qui racontent le deuil, la séparation. J'avais le cœur serré.

Plus tard, durant ma sieste après le clapping, j'ai rêvé que moi et papa – et peut-être d'autres membres de la famille, sur le siège arrière – nous quittions la maison du village pour aller à la messe. Mais notre Cherokee rouge ne s'est pas arrêté devant la petite église blanche de mon enfance. Il a continué jusqu'à une fourche qui menait au Lac à la Truite (là où nous avons déménagé en 1974, quand j'avais huit ans). Le chemin de terre était couvert de neige ; Noël ne devait pas être loin. J'ai dit à papa :

« Oui, mais papa, on a plus de maison au Lac. – C'est pas grave, m'a-t-il répondu. On va se promener et regarder. »

Sa réponse triste m'a fait sentir que nous étions seuls et abandonnés, comme des êtres errants.

À ce sentiment s'ajoute maintenant cet étrange silence d'avoir vécu quelque chose d'important.

J'ai quitté mon île
quand on m'a envoyé.
L'ai quitté tranquille,
sans chanter ou pleurer.
Un beau matin, vous verrez les voiles de mon voilier
prendre le large...

dimanche, novembre 08, 2009

Cellulite

Dernier de trois texte.

Samedi matin, à l'urgence, j'ai la surprise de voir apparaître dans ma chambre le Dr Khadir, oui, oui, la sœur d'Amir Khadir. J'aurais voulu la féliciter de ressembler si parfaitement à son frère, pour lequel j'avais évidemment voté aux dernières élections, mais j'étais incapable d'avaler ma gorgée de Boost.

Mon auscultation a été menée de manière rigoureuse et impitoyable, le Dr Khadir mettant tout de suite ses doigts précisément là où j'avais le plus mal : dans les aines. Aïe ! que je lui criais.

Heureusement, elle n'est pas restée longtemps. Cinq minutes après son entrée, elle était déjà disparue. Ouf !

Je pus enfin avaler ma gorgée de Boost en la faisant descendre avec une gorgée d'eau. Quant au mal qui m'affectait, je n'en savais toujours rien. C'est finalement le spécialiste en médecine interne – une discipline dont j'entendais parler pour la première fois – un type un peu austère dont je n'ai curieusement pas retenu le nom, qui a finalement décelé l'œdème et m'a annoncé la grande nouvelle : je souffre d'une cellulite.

Une cellulite, tabarouette ! Et sur une fesse en plus. Rare, très rare, si je me fie à la réaction de l'interniste, retenue mais sans équivoqe.

Et d'abord, c'est quoi, cette maladie-là ?

Le lendemain Irène me lit l'article sur Wikipédia consacré à la cellulite. Très intéressant. Je comprends que les bactéries qui me bouffent le cul, elles ont nécessairement dû entrer par quelque part, mais je n'allume pas encore. Je suis comme ça en général, lent à faire les liens. C'est d'ailleurs la moquerie préférée de Gigi, et ma vexation la plus sentie : « Catch up pépé ! ». Le soir-même, lorsque j'en parle à Catinette, elle ne met pas, elle, deux secondes :

Ben oui, Lulu, c'est évident : ton scrotum.

*

Lundi le 19. Je rentre chez moi, après 62 heures difficiles passées sur le dos, sur une civière inconfortable, le plus souvent à regarder le plafond, à écouter les voix dans le corridor devant ma chambre, à voir ma force – le peu que j'ai – disparaître complètement sous l'effet du Cloxacilline, jusqu'à ne plus pouvoir déglutir et, à certains moment, articuler des mots.

Il est 14 heures. En allant vers l'ambulance, j'ai le ciel – cette immensité ouverte tout à coup – et le soleil en plein visage, aveuglant, irrésistible.

La vie va reprendre son cours normal. J'ai tiré la leçon d'une certaine habitude déraisonnable qui, en fin de compte, va m'avoir coûté deux semaines au lit.

Je suis de bonne humeur.

mardi, novembre 03, 2009

62 heures à l'urgence de l'hôpital Saint-Luc

Deuxième de trois textes.

Le mot hôpital appartient à la même famille étymologique que le mot hospitalité, défini, selon l'emploi ancien, comme un acte de « charité qui consiste à recueillir, à loger et nourrir gratuitement les indigents, les voyageurs dans un établissement prévu à cet effet ». Quand je suis arrivé à l'urgence de l'hôpital Saint-Luc, c'est d'abord ce qui m'a frappé : l'accueil, la prise en charge consciencieuse. Nul ne semble excédé ici, accablé par le système ; les voix sont posées, parfois enjouées, et, pour peu qu'on y mette du sien, on s'y amuse.

Pour que Gigi puisse s'assoir, un type nous a d'abord spontanément conduits un peu à l'écart, dans une petite salle tranquille, réservée aux chirurgies légères. La chaise fut en effet très appréciée ; moins, cependant, la poubelle tout près, remplie de seringues et de lingettes souillées de sang. Quant à moi, je ne vois que ce qui entre dans mon champ de vision statique : le plafond devant, les épaules et la tête de Gigi à ma gauche et, de temps à autres, un préposé d'au moins 100 ans qui postillonne sur moi, un médecin, le Dr Brissette qui voudrait bien baiser ma Gigi, une inhalothérapeute, Magalie, moitié haïtienne, moitié congolaise, délicieusement chocolatée, croquable, et qui m'a rendu presqu'agréable le test de dépistage du H1N1.

Quatre heures après mon admission, j'avais passé tous les tests, répondu à toutes les questions, d'ailleurs toujours les mêmes : on me plaçait sous observation dans la chambre 39. La meilleure, face au poste, ce qui n'est pas un détail : n'étant pas capable d'appuyer sur le bouton de la cloche, je peux appeler le personnel de vive voix.

À 5 h du matin, Gigi me quitte pour aller travailler. À 8 heures, Irène, que j'avais finalement réussi à rejoindre la veille après plusieurs appels anxieux, arrive enfin. Infirmière auxiliaire à la retraite depuis peu, ma sœur sait s'occuper de moi. Au point où le personnel me fera remarquer à deux reprises à quel point je suis chanceux de l'avoir. Et c'est vrai. Sa générosité ne se tarit pas. Pas plus que celle de Catinette, elle aussi infirmière auxiliaire, qui, malgré un horaire surchargé, a trouvé le temps de venir s'occuper de moi les deux soirs que j'ai passés à l'urgence. Et c'est ce qui me frappe tout à coup : tant de gens font tant d'efforts – sans m'en rendre compte à ce moment-là, j'exagérais tout de même un peu –, tant d'efforts pour me garder en vie que, cette vie, ce serait me montrer bien ingrat de ne pas l'apprécier pleinement.

lundi, novembre 02, 2009

Voyage de noce

Premier de trois textes.

Mercredi, 14 octobre. Je m'éveille mal en point, pris d'un malaise auquel, vers midi, s'ajoute la nausée et, plus tard, la fièvre. Le lendemain, le pic de fièvre grimpe d'un degré et, le surlendemain, d'un autre degré. À plus de 103 ° F, vendredi après-midi, seul, au lit, je commence à paniquer. En soirée, une infirmière du CLSC, venue évaluer mon état, me recommande d'aller à l'hôpital.

Aller à l'hôpital !

Je suis catastrophé. J'imagine une urgence bondée, comme dans les Invasions barbares ; le personnel qui passe et repasse près de moi sans m'accorder la moindre attention, moi, couché sur une civière dans un corridor sombre aux murs jaunis...

Et qui va m'accompagner ?

Au deuxième coup de fil j'ai ma réponse : Gigi bien sûr.

Une heure plus tard, elle est chez moi, et, pendant qu'elle fait les bagages, Hadja, dont c'est la soirée de travail, me donne un bain au lit.

Les ambulanciers n'ont pas tardé. J'ai tout juste eu le temps de faire passer le rasoir sur ma tête crasseuse, qu'il valait mieux avoir dénudée en la circonstance. Une douche aurait été préférable, car, en vérité, l'effort pressé de Hadja n'avait pas produit de résultat bien tangible. Mais il aurait fallu pour cette tâche la présence de Catinette, l'experte en travaux lourds d'hygiène. Catinette vous décrasse un infirme en moins de deux : l'eau gicle, la peau rougit, le sang s'active. Parfois, même, un pet inopiné. Vous ressortez de la salle de bain propre, vivifié et vidé.

Les ambulanciers étaient sympathiques. L'un d'eux a pris mes signes vitaux, a posé quelques questions. J'étais un peu embêté car ma fièvre était tombée et je me sentais bien.

Dehors, le ciel opaque de cette nuit d'automne a réveillé un vieux désir d'étoiles. J'ai pensé aux Laurentides de ma jeunesse. L'air frais réconfortait.

En route vers l'hôpital Saint-Luc, le corps embué de réminiscences, j'ai fait remarquer à Gigi – dont je suis perpétuellement amoureux – que nous avions là, finalement, notre voyage de noce. Je portais une jolie couverture rouge, et elle, tous mes bagages dans une poche de lavage.

dimanche, octobre 11, 2009

99 francs

J'avais téléchargé 99 francs, de Jan Kounen, en pensant qu'il s'agissait d'une comédie. La présence de Jean Dujardin m'aura trompé. Le registre du film est plutôt celui du drame. Un passage m'a particulièrement frappé : « Pour lui la vie sans cocaïne est presqu'une découverte. C'est un peu comme la vie sans télé pour certains. Tout est plus lent, et l'on s'ennuie vite. Il se dit que c'est peu-être ça le secret qui sauvera le monde : accepter de s'ennuyer. »

La vie sans consommer de cocaïne, ici, nous renvoie très clairement à la vie sans consommer, point. A cette vie donc qui pourrait être la nôtre, à nous qui au fond n'aimons à peu près rien faire d'autre qu'acheter. Acheter même – surtout – ce qui est gratuit. Acheter des bidules, des gugusses électroniques, acheter ce qu'il faut pour refaire la décoration intérieure qui « en a bien besoin », acheter du divertissement, du plaisir instantané, acheter, tiens, des idées. Une quantité ahurissante d'idées, pour occuper l'esprit. Combien de livres édités à chaque année ? De journaux et de magazines imprimés à chaque semaine ? Pour ne rien dire de l'Internet et de sa pléthore abrutissante. Je lisais justement hier dans le Devoir que les essais philosophiques se vendent très bien depuis quelques années. Paraîtrait que les gens vivent « une perte de repères dans un monde où les systèmes de valeur se sont écroulés ». (1) Qui dit perte, dit vide, besoin, et – inévitablement – consommation. Le système est ainsi fait ; il n'y a pas d'issue. Ou plutôt : pas d'issue qui ne soit radicale. Qui ne passe, pour ainsi dire, par une aliénation au second degré. S'aliéner l'aliénation capitaliste. C'est-à-dire accepter de vivre en marge de la société telle qu'elle est aujourd'hui. Accepter de rompre le pacte tacite qui nous lit aux autres à travers la même compulsion à l'achat, d'être le grain de sable dans l'engrenage. Et accepter, pour cela, d'être jugé. Car il n'y a que cela qui « sauvera le monde ». Les allusions christiques sont d'ailleurs explicites dans 99 francs. Le protagoniste, Octave, incarné par Dujardin, ne pourra en fin de compte se résoudre à l'ennui. Sa condamnation du monde est aussi bien une condamnation de lui-même, laquelle l'amènera au suicide rédempteur.

Une alternative ironique et métacritique à cette fin tragique nous est cependant proposée : Octave retrouve Sophie (qui n'est donc plus morte) sur une plage ensoleillée. La scène, idyllique à souhait, se fige bientôt en une image qui est l'exacte reproduction du panneau publicitaire présenté au tout début du film.

Au consommateur, donc, de choisir la fin qui lui convient le mieux...

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(1) Doyon, Frédérique. « Philo-pop versus psycho-pop ». Le Devoir [En ligne] (Samedi 6 et dimanche 7 mai 2006) (Page consultée le 11 octobre 2009)

dimanche, septembre 27, 2009

Un prix à payer

« L'image était frappante de contraste : au moment où le président américain Barack Obama s'exprimait pour la première fois devant l'Assemblée générale [de l'ONU, à New York], devant un parterre prestigieux, M. Harper était en visite au Centre d'innovation Tim Hortons, à Oakville, posant devant des beignes. » (1)

Et dire que les Canadiens vont bientôt placer ce cancre à la tête d'un gouvernement majoritaire.

Nous en paierons tous le prix un jour. Comme les Étatsuniens paient aujourd'hui le prix des années Bush (et un peu quand même aussi des années Clinton).

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(1) Bourgault-Côté, Guillaume. « Harper prolonge sa pause-café ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 24 septembre 2009) (Page consultée le 27 septembre 2009)