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jeudi, décembre 31, 2015
2015
Mais la plus grande menace n'est pas militaire. Elle est climatique. Et sur ce front, 2015 risque de passer à l'histoire comme l'année où l'humanité a raté sa dernière chance d'assurer sa survie pour les siècles à venir. La COP21, à Paris, fut un succès diplomatique, certes, mais elle a échoué à relever les défis urgents d'une décarbonisation de l'économie. Des pays comme l'Australie, la Russie, l'Afrique du Sud et la Colombie investissent des milliards de dollars dans l'extraction du charbon.
2015 a été aussi l'année des femmes, en particulier celles qui ont été la cible de diverses formes de violence, une préoccupation tout à fait justifiée mais qui, hélas ! n'a pas toujours été dénuée d'arrières-pensées islamophobes. Au Canada les femmes amérindiennes ont particulièrement retenu l'attention. D'ailleurs, cette année a aussi été marquée par les questions amérindiennes, qu'il s'agissent des conditions de vie des « premières nations » ou des enfants victimes des « pensionnats indiens ». Depuis deux ans, depuis Idle No more, la pression est constante.
Au Québec, le climat de morosité s'est aggravé, sur fond d'austérité affectant les citoyens les plus vulnérables, et d'aggravation des iniquités. La rémunération indécente des médecins spécialistes a été pointé du doigt, tout comme l'incompétence minière du gouvernement Couillard et la fumisterie que constitue son plan de lutte au réchauffement climatique. L'automne a été marqué par les grèves dans le secteur public et le milieu communautaire, et par les chaînes humaines autour des écoles, comme le 2 novembre, où plus de 20 000 parents se sont rassemblés autour d’environ 300 écoles, partout au Québec http://goo.gl/PSXjAU et encore le 1er décembre http://goo.gl/JIMXDN Malgré une redéfinition historique de l'État providence, le gouvernement s'en tire remarquablement bien.
Voici quelques événements qui ont retenu mon attention :
7 janvier. Attentat à Paris, à Charlie Hebdo http://goo.gl/wNJKie http://goo.gl/tnUhMe http://goo.gl/8IEiyh Les médias britanniques et américains couvrant l'événement jugent tout de même plus respectueux -- ou plus prudent -- de brouiller les caricatures de Mahomet au moment de publier des photos du journal http://goo.gl/lPtbwi Ce que d'autres médias leur ont reproché. Pour ou contre Charlie ? Le débat n'est pas clos http://goo.gl/9P9drS La Tunisie sera également éprouvée, avec l'attentat du musée du Bardo, à Tunis, le 19 mars, et l'attentat du 26 juin, à Sousse ; chaque fois, seuls les étrangers seront ciblés. http://goo.gl/0ayA0x
7 janvier. La Palestine est admise à la CPI http://goo.gl/Xh42zA
8 janvier. L’ONU lance un appel à la communauté internationale : accueillir 100 000 réfugiés syriens en 2 ans. Le Canada annonce qu’il en accueillera 10 000 en 3 ans, http://goo.gl/Tk3hfQ objectif qui sera quelque peu relevé avec la victoire aux urnes du PLC, au mois d'octobre. En août, la situation s'aggrave. Environ 10 000 migrants par jour -- des réfugiés, pour la plupart -- fuient vers l'Europe par la « route des Balkans ». Si la Grèce, la Macédoine et la Serbie leur facilitent le passage, la Hongrie leur ferme sa frontière. Début septembre, une image sème l'émoi à travers le monde : celle d'Aylan Kurdi, un petit garçon de trois ans, retrouvé mort, échoué sur une plage de Turquie, noyé ; une lettre remise en main propre au ministre canadien de l'Immigration, Chris Alexander, lui demandant d'accueillir l'enfant et sa famille, était demeurée sans suite http://goo.gl/opShx4 Les conservateurs ont une réponse militaire à la crise humanitaire en Syrie, mais ils n'ont pas de réponse... humanitaire http://goo.gl/DUFubB L'Europe demeure très divisée, malgré l'entente du 22 septembre sur la répartition à l'intérieur de l'Europe des migrants/réfugiés venus du Proche-Orient. http://goo.gl/5FBF4o De tous les pays, c'est l'Allemagne qui se montre d'abord la plus ouverte... jusqu'en octobre où, au plus bas dans les sondages, la chancelière Merkel adopte des mesures plus restrictives. http://goo.gl/K5zO5J De même, la Macédoine érige une clôture de trois kilomètres à sa frontière grecque et commence à faire le tri parmi les migrants ; l'Europe conclut le 29 novembre une entente avec la Turquie afin que cette dernière retienne davantage les migrants/réfugiés de passage sur son territoire. http://goo.gl/kh4CIZ La route des Balkans se referme en partie. En quatre ans et demi, la guerre en Syrie a fait près de 12 millions de déplacés et réfugiés.
10 janvier. Décès du felquiste Francis Simard. http://goo.gl/ucGUi9 Les indépendantistes vieillissent...
25 janvier. Le parti Syriza, représentant la « gauche radicale », remporte les élections en Grèce http://goo.gl/iJUVX0 S'en est suivi une négociation extrêmement dur, acerbe, entre la Grèce voulant alléger le fardeau de sa dette, et la « troïka » -- la Banque centrale européenne, le FMI et la Commission européenne -- refusant toute concession. Un bras de fer finalement remporté le 12 juillet par l'Europe, qui impose ses conditions, qualifiés de « catalogue des horreurs » http://goo.gl/MRFjVD Le référendum du 5 juillet n'y aura rien changé. La Grèce est amputée de son avenir, et de son passé http://goo.gl/i5MXaj Le 20 août, le premier ministre Tsipras démissionne et dissout le parlement http://goo.gl/scmlY3 Il sera finalement réélu et deviendra un chef de gouvernement soumis comme les autres.
6 février. Quelque 20 ans après l’affaire Sue Rodriguez, la Cour suprême du Canada rend un jugement unanime et historique, légalisant l’aide médicale à mourir. La Cour prend acte de l’évolution des mentalités http://goo.gl/rqD3ih La question n'est pas réglée pour autant. Le fédéral n'a pas de loi sur l'aide à mourir, et n'entend pas laisser le Québec appliquer sa propre loi ; mais, en décembre, il se ravisera.
9 février. « SwissLeak » http://goo.gl/9aDi8C « Évasion fiscale », « évitement fiscale », « optimisation fiscale »... Toute l'année, la question incontournable de l'équité fiscale est demeurée au centre de l'attention médiatique. Sans grand résultat. Sinon une timide entente entre les pays du G20 pour endiguer ce fléau qui prive les États de 100 à 240 milliards de $ de revenus par année http://goo.gl/Tg6oWQ
23 mars. 60 000 étudiants amorcent une « grève sociale », en quête d’un autre « printemps érable » http://goo.gl/omX6Pz qui finalement n'aura pas lieu.
27 mars. Dans un jugement très divisé, où les trois juges québécois font bande à part, la Cour suprême a tranché qu'Ottawa avait tout à fait le droit de détruire les données contenues dans son registre des armes à feu. Selon Benoît Pelletier, le plus étonnant de ce jugement, c’est qu’il donne raison aux conservateurs qui veulent détruire le registre dans l’unique but d’empêcher le Québec de créer son propre registre. La Cour, qui accorde pourtant de l’importance au principe de coopération, a clairement ici dérogé à ce principe http://goo.gl/tgMdNt http://goo.gl/VtbofQ
1er avril. Premier transition démocratique au Nigéria. Le musulman Muhammadu Buhari succède au chrétien Goodluck Jonathan. http://goo.gl/5qsPoL Le nouveau président viendra-t-il à bout de Boko Haram ? Finalement, il semble que non.
3 avril. Un commando shebab, nom d’une milice islamiste de Somalie, mène une attaque à l’université de Garissa, au Kenya voisin, faisant 148 morts et plus de 100 blessés. http://goo.gl/tJv4xb
10 avril. Les présidents américain, Barack Obama et cubain, Raúl Castro se rencontrent au Panama pour un sommet continental historique qui consacre le rapprochement amorcé entre les deux ennemis de la guerre froide. http://goo.gl/r5tSvq Un pas de plus sera franchi le 20 juillet avec la réouverture des ambassades http://goo.gl/H3Lfha Il était plus que temps. Ne reste plus qu'à lever l'embargo décrété par Washington en 1961
12 avril. Freddie Gray, un jeune Noir de Baltimore, est arrêté par les policiers. Il meurt une semaine plus tard. Les policiers affirment qu’ils n’ont pas utilisé la force, ce que dément une vidéo diffusée sur le Web. http://goo.gl/pjidSz « Plusieurs enquêtes ont été lancées pour élucider les circonstances des blessures de Freddie Gray, sans conclusions. » http://goo.gl/e5od9i Manifestations pacifiques, émeutes nocturnes, confrontations avec les forces de l’ordre. C’est le scénario de Ferguson qui est rejoué. Deux mois plus tard, le 17 juin, Dylann Roof, un Blanc de 21 ans, sympathisant du Tea Party, tue neuf Noirs dans une église méthodiste de Charleston, en Caroline du Sud... Non, vraiment, il y a quelque chose qui ne va pas dans ce pays. Quelque chose comme une régression sociale. La présidence de Barak Obama fait illusion et permet à la droite américaine de parler d'une société « post-raciale » http://goo.gl/FpNd36 Ce n'est pas Sandra Bland qui pourra les contredire : elle est retrouvée pendue dans sa cellule le 16 juillet, trois jours après avoir été arrêtée pour une banale infraction routière. Le 14 juillet paraît Between the World and Me, du journaliste Ta-Nehisi Coates http://goo.gl/TIMX07
13 avril. L’Ontario annonce son intention de joindre le système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions (SPEDE) au sein de la Western Climate Initiative, dont fait partie le Québec et la Californie. Initiative appréciable, mais, à huit mois de la cruciale conférence de Paris sur la réduction des GES, il faut voir que les mesures promises sont insuffisantes ; il faut en faire plus, et plus vite ! (Le 7 décembre, en marge de la COP21, le Manitoba annoncera son intention de joindre, lui aussi, le SPEDE)
15 avril. La Cour suprême inflige un important revers au programme de loi et d’ordre du gouvernement conservateur. Dans un jugement qui fera date, le tribunal invalide les peines minimales de prison de 3 ans (ou 5 ans en cas de récidive), liée à la simple possession d’armes à feu prohibées. Le jugement est rédigé de manière telle qu’il pourra assurément être invoqué pour contester d’autres peines minimales. http://goo.gl/1JrZo5
15 avril. La Cour suprême met un terme à la croisade du maire de Saguenay, Jean Tremblay, en interdisant la prière lors des réunions du conseil municipal. Un petit pas vers la neutralité religieuse des institutions publiques http://goo.gl/hlubie
24 avril. Une autre décision importante de la Cour suprême. « Fini les salles de classe sans fenêtre, les toilettes qui débordent, les couloirs sombres et le toit qui coule. Les francophones de la Colombie-Britannique ont franchi un pas important vers l’égalité [...] devant la Cour suprême, qui a déterminé que les droits linguistiques des élèves d’une école de Vancouver ont bel et bien été violés. Un jugement unanime qui pourrait ouvrir la voie à l’ouverture de nouvelles écoles de langue française ailleurs au pays. » http://goo.gl/qxqUpN
30 avril. En novembre 2014, l'affaire Ghomeshi avait donné lieu à une impressionnante vague de dénonciations de crimes sexuels, notamment sur Twitter. Le dépôt, ce 30 avril, du rapport de l'ex-juge Marie Deschamps sur les « inconduites sexuelles » dans les Forces armées canadienne, poursuit dans le même esprit. Conclusions accablantes, faisant état d'un « climat de sexualisation » tel que l’environnement de travail est « hostile » pour les femmes et les personnes homosexuelles ». Réaction négative de l'État-major http://goo.gl/HA9R9T http://goo.gl/3scxl0 Deux semaines plus tard est rapporté le cas de cette journaliste torontoise à qui de jeunes hommes ont lancé des obscénités http://goo.gl/dilQd3 Dans le métro de Paris, le harcèlement est fréquent http://goo.gl/1u9BkL Tout comme à Bruxelles https://goo.gl/2Req1h Au Canada, la GRC fait l'objet d'une demande d'« action collective » devant la Cour pour « sexisme » http://goo.gl/FZKwRA En Argentine, le mouvement « pas une de moins » mobilisent les femmes contre la violence dont elles sont victimes. http://goo.gl/FXjsIE C'est sans parler des inconduites sexuelles des casques bleus en Afrique et en Haïti.
5 mai. Victoire du NPD de Rachel Notley aux élections albertaines -- 53 députés élus. Une première. Il va falloir revoir nos idées reçues sur cette province, dont la métropole a pour maire un musulman. http://goo.gl/NTfXGU
6 mai. Adoption par la Chambre des communes du projet de loi antiterroriste C-51, presque unanimement condamné par d’anciens premiers ministres, d’ex-juges et des experts en surveillance http://goo.gl/xtrSqT http://goo.gl/FbdcFH
13 mai. Dépôt d'un plan d'action de l'EU pour faire face à l'arrivée de milliers d'immigrants ayant traversé la Méditerranée au péril de leur vie http://goo.gl/S5eckU http://goo.gl/TJM6xG http://goo.gl/KtQOTF http://goo.gl/MVcKDv Résultat du chaos libyen, cette immigration favorisée par des réseaux de passeurs, met à mal la fragile solidarité européenne, son identité humanitaire ; une crise des valeurs.
2 juin. Dépôt du rapport de la Commission vérité et réconciliation qui, pendant sept ans, a recueilli des témoignages sur les tristement célèbres pensionnats autochtones. http://goo.gl/WsQlZe De 1874 à 1996, environ 150 000 ont été arrachés à leurs familles, maltraités, parfois abusés sexuellement. Au moins 3201 de ces enfants en sont décédés http://goo.gl/tOK4gW La commission conclut, sans surprise, à un « génocide culturel », un terme que s'est bien gardé de reprendre le premier ministre Harper. http://goo.gl/ScVdRX Elle pointe du doigt le « manque de connaissances historiques [qui] a de sérieuses conséquences [...] renforce les attitudes racistes » http://goo.gl/rZiZwf Les Canadiens n'ont aucun sens du compromis historique, enfermés qu'ils sont dans leur conception étroite de la liberté, qui ne peut être à leurs yeux qu'individuelle, alors que les Amérindiens sont d'abord en quête d'une émancipation collective, d'un devenir en tant que peuples.
1er juin. Décès de Jacques Parizeau, premier ministre du Québec du 26 septembre 1994 au 29 janvier 1996. Les médias anglophones n'en ont apparemment pas gardé un heureux souvenir ; les médias francophones, si. On ne refait pas l'histoire. http://goo.gl/3cd1KN
6 juin. Accord frontalier historique entre l'Inde et le Pakistan http://goo.gl/W6LZGs
26 juin. Jugement historique de la Cour suprême des États-Unis, qui légalise le mariage entre personnes de même sexe. Un petit croc-en-jambe à la droite religieuse http://goo.gl/lFOJD3
14 juillet. La sonde spatiale New Horizon survole Pluton à une distance de 12 550 km, après un voyage de 10 ans et 5 milliards de kilomètres. La sonde dispose de sept instruments de mesure très performants, permettant de scanner la surface de Pluton, d'analyser la composition de son atmosphère, sa géologie, de relever la température à sa surface et de prendre des photos d'une résolution incroyable -- 100 m par pixels !
14 juillet. Accord historique sur le programme nucléaire iranien. Après 12 ans de jeu de cache-cache, de soupçons, de sanctions économiques, l'Iran va finalement pouvoir se doter d'une capacité de production d'énergie à partir de combustible nucléaire, tandis que l'Europe et les États-Unis auront un certain contrôle sur ce combustible et l'usage qu'il en est fait. La levée des sanctions économiques va redonner aux Iraniens un peu d'optimisme. Seul dans son coin, Israël, soutenu par les républicains américains, parle d'une grave erreur. http://goo.gl/XO4A8a http://goo.gl/kDYwvo Il est vrai que cet accord aura sans doute, à moyen terme, un impact géopolitique.
23 juillet. La NASA annonce la découverte, grâce au télescope à infrarouges Kepler, d'une planète semblable à la Terre, http://goo.gl/lDpe8n http://goo.gl/KahqBM Mais ne faites pas vos bagages tout de suite. L'astre, pour être dans notre voisinage, n'en est pas moins située à 1400 années-lumière de notre bonne vieille Terre.
29 juillet. Sortie de Windows 10. Avec son nouveau système d'exploitation, Microsoft collecte des données liées à tout, absolument tout ce que vous faites sur PC, tout ce que vous tapez sur le clavier, tout ce que vous dites devant votre webcam. Aucune parade n'est possible. Du coup, Microsoft surpasse tous les Google, Facebook et autres Amazon en nous poussant encore plus loin dans le paradigme de la maison de verre http://goo.gl/kQCGFJ
27 septembre. Élections référendaires en Catalogne. Les indépendantistes obtiennent la majorité des sièges au parlement régional mais, avec un peu moins de 50 % des votes, ils n'ont pas reçu des Catalans le mandat clair espéré. Québec, Écosse, Catalogne : projet similaire, résultats similaires ! http://goo.gl/kBQ1FP http://goo.gl/aNogKP
5 octobre. Conclusion d'une entente de principe en vue de la création d'une zone de libre-échange incluant 12 pays, dont le Canada. Faut-il se réjouir ou craindre ce Partenariat transpacifique ? Difficile à dire. Mais la faible productivité des entreprises canadiennes ne permet pas d'être très optimiste. http://goo.gl/AA91KY
19 octobre. Le Parti libéral du Canada, emmené par son jeune chef Justin Trudeau, remporte des élections historiques. Jamais une campagne n'avait duré 79 jours, le double de la durée habituelle. Le premier ministre sortant, le conservateur Steven Harper, croyait en tirer avantage ; mal lui en a pris : les libéraux, partis négligés, ont mené une campagne sans bavures et, à la fin, ont canalisé les votes en faveur du changement, au dépens des néo-démocrates balayés d'un bout à l'autre du pays. Jamais un parti n'était passé de la troisième position à celle de gouvernement majoritaire. Et ce, dans un parlement comptant désormais 338 députés, soit 33 de plus qu'à l'élection de 2011. Le PLC a également remporté tous les sièges dans les provinces maritimes, du jamais vu, et la majorité des sièges au Québec, ce qui ne s'était pas vu depuis 35 ans. http://goo.gl/m1dpDL
22 octobre. L'émission Enquête révèle des cas d'abus sexuels et de violence contre des femmes amérindiennes de Val-d'Or mettant en cause des policiers de la SQ http://goo.gl/7tP9C4 http://goo.gl/QcMaqa En mai, la directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-d’Or avait pourtant adressé un lettre au directeur régional de la SQ, dont trois ministres ont obtenu copie, et cette lettre était suffisamment alarmante pour que la ministre de la Justice ordonne une enquête indépendante. Or, elle n'en a rien fait. Et cette histoire aurait tout simplement été balayée sous le tapis n'eut été d'Enquête. https://goo.gl/sCR21V Une enquête publique sur les 1000, 2000, 3000 femmes disparues au cours des 20 dernières années apparaît plus que jamais nécessaire.
13 novembre. Attentat à Paris. Neuf (dix ?) assaillants frappent à six endroits de Paris, dont le Stade de France et la salle de spectacles du Bataclan, faisant 130 morts et 352 blessés. Ces attentats sont revendiqués par l'État islamique qui, la veille, a aussi frappé le quartier de Bourj al-Barajné, un fief du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, faisant 43 mort et plus de 200 blessés. « Quant au crash d'un avion civile dans le Sinaï, deux semaines plus tôt, ayant fait 214 victimes russes, il a finalement été revendiqué par l'EI.
22 novembre. Une coalition de droite mené par Mauricio Macri remporte l'élection présidentielle argentine. http://goo.gl/GlOcrA Après douze ans au pouvoir, les péronistes ont été emportés par le désir de changement.
29 novembre. Ouverture de la conférence de Paris sur le climat, la COP 21. C'est l'événement de l'année. Tout au long de 2015, sessions de négociations, conférence scientifique, réunions informelles de ministres, les rendez-vous préparatoires ont été nombreux. Au final, les milliers de délégués venus de 195 pays ont conclu un accord qui, pour être « universel » et historique, n'en est pas moins tragiquement insuffisant. L'objectif de maintenir le réchauffement « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » est, certes, ambitieux, mais non contraignant. Et un pays pourra, trois ans après l'entrée en vigueur de l'accord, s'en retirer par simple notification http://goo.gl/48a2Ft http://goo.gl/NVRIIl http://goo.gl/aEvKo7 Quand aux 100 milliards de $ par an, pendant cinq ans à partir de 2020, les pays pauvres n'en pas la couleur ; l'adaptation au réchauffement climatique demeure un privilège des pays riches.
1er décembre. Roch Marc Christian Kaboré est élu président du Burkina Faso dès le premier tour, devenant ainsi le premier chef d’État démocratiquement élu depuis 1978.
6 décembre. La Table de l’unité démocratique, vaste coalition d’opposition de droite, remporte 99 des 167 sièges du parlement vénézuélien. Deux ans et demie après le décès de Hugo Chavez, son successeur, Nicola Maduro, n'a pas su freiner le déclin du « socialisme du XXIe siècle ». http://goo.gl/3HQX5z Après la défaite du dauphin de Cristina Kirchner à l'élection présidentielle argentine, et les difficultés de la présidente brésilienne Dilma Roussef, il semble que nous assistions à une phase de transition politique dans les trois plus grands pays d'Amérique du Sud, au profit de la droite
8 décembre. Elle était demandée depuis des années, la voici enfin. Le gouvernement Trudeau annonce officiellement -- avec des gestes symboliques qui montrent une fois de plus son désir de rompre avec l'ère Harper -- la création de la commission d'enquête sur les femmes amérindiennes disparues ou assassinées. Mais, pour l'heure, peu de détails ont été donnés. http://goo.gl/0YOzmy
mercredi, décembre 31, 2014
2014
En Turquie, le premier ministre Erdogan a poursuivi sa dérive antidémocratique, se donnant les moyens de conserver le pouvoir encore longtemps, malgré un scandale de corruption qui éclabousse son parti, l'AKP : purges dans la police et la justice http://goo.gl/FJLmNS loi de contrôle de l'Internet, censure des médias http://goo.gl/TO3Md8
En Syrie, le chaos s'aggrave. Une crise humanitaire qui ne soulève plus d'émoi http://goo.gl/IhWq0T
Voici quelques événements marquants de l'année 2014 :
Décembre 2013. Début de l'épidémie d'ebola en Afrique de l'Ouest, dont les médias vont nous casser les oreilles pendant toute l'année 2014
27 janvier. Nouvelle constitution adoptée en Tunisie. Ce pays est le seul où le « printemps arabe » a mené à une transition démocratique http://goo.gl/jYuPKT La Syrie est à feu et à sang, la Lybie sombre dans le chaos, et l'Égypte est revenue à la dictature
14 février. Émeutes en Bosnie-Herzégovine, petit pays où les gens en ont mare de leur pauvreté et de la corruption des dirigeants http://goo.gl/KGTLqg
23 février. Démission du président ukrainien Ianoukovitch http://goo.gl/yxme0l L'Ukraine amorce un virage pro-occidental pendant que la Russie annexe la Crimée et alimente les forces partitionnistes dans l'est du pays.
20 mars. Le juge Nadon ne peut siéger à la Cour suprême. http://goo.gl/QsRNUQ Ce n'est qu'un des accrochages entre le gouvernement Harper et le plus haut tribunal du pays. Du jamais vu. http://goo.gl/Eqo6Yz
30 mars. Après une semaine de débats, le GIEC adopte le résumé pour les décideurs du tome 2 de son 5e rapport. Tout le monde s'en fout. Le triomphe de tous les Harper de ce monde.
7 avril. Le PLQ remporte les élections. Feu vert à une « réingénierie » de l'État qui ne dit pas son nom : restructuration et coupures tous azimuts dans la Santé (projet de loi 10), l'Éducation, l'Environnement, la Culture, le secteur communautaire, l'aide aux immigrants (notamment la francisation), les régimes de retraite (projet de loi 3)... et un contrôle accru de l'information. C'est aussi la fin de la « charte de la laicité », instrument cyniquement électoraliste du PQ qui a bloqué tout progrès dans la mise en place d'un cadre juridique visant les « accommodements raisonnables », qui a nui au climat social et aux rapports entre la majorité historique francophone et les communautés culturelles
18 avril. Le Devoir révèle que la pétrolière TransCanada a mandaté l’entreprise CIMA + afin de réaliser des « levés sismiques » en milieu marin « dans le secteur du port de Cacouna ». Début d'une mobilisation citoyenne contre ce projet, lequel reçoit évidemment l'appui inconditionnel du gouvernement Couillard. Coup de théâtre : le 24 septembre, la Cour supérieure ordonne l'arrêt des « forages » (les levés sismiques) et critique sévèrement le ministère de l'Environnement et le ministre David Heurtel http://goo.gl/WDW3pg À partir de ce moment, le vent a tourné. Le ministre, humilié, a dû finalement sortir de son panier cinq conditions à l'autorisation du projet d'oléoduc et de port pétrolier.
Juin. Après avoir atteint 107 $US au milieu de l’année, le prix du baril de brut américain a plongé au deuxième semestre. À la fin du mois de décembre, le prix de référence du West Texas Intermediate était à son plus bas niveau depuis la Grande Récession, aux environs de 55 $US. Mauvaise nouvelle pour le gouvernement Harper et pour l'Alberta. Bonne nouvelle pour l'économie québécoise http://goo.gl/Ov2Sgx
26 juin. Pour la première fois dans l'histoire du pays, la Cour suprême du Canada a reconnu le titre ancestral d'une Première Nation sur un territoire spécifique, un arrêt qui pourrait avoir d'importantes répercussions http://goo.gl/7u7R0L Ce jugement permettra quelques mois plus tard aux Atikameks, au nord de Trois-Rivières, de déclarer leur souveraineté sur leur territoire ancestral, sur lequel ils n'ont jamais cédé leurs droits http://goo.gl/BC7ASC
29 juin. L'État islamique instaure un « califat » sur les territoires irakiens et syriens qu'il contrôle. Les conséquences de l'invasion de l'Irak par les Américains n'en finissent plus de destabiliser la région
8 juillet. Début de l'opération « Bordure protectrice » menée sur la bande de Gaza. Deux milles Palestiniens tués dans les bombardements, dont la plupart étaient des civils ; des milliers de blessés... Et Israël, une fois de plus, accusé de crimes de guerre par Amnistie Internationale http://goo.gl/U9mFZl
9 août. Michael Brown est abattu à Ferguson, dans l'État du Missouri. Les tensions interraciales se sont avivées aux États-Unis depuis quelques années
19 septembre. Référendum sur l'indépendance de l'Écosse. Victoire du NON avec 55,3 % des voix. Il n'est pas facile de créer un pays
14 novembre. Fin des témoignages à la commission Charbonneau. On pourra être déçus du fait que la commission ne s'est pas attaqué au problème des « retours d'ascenseur » entre le PLQ et des intérêts affairistes. Il ne fallait pas nuire aux enquêtes de l'UPAC, paraît-il. À quoi s'ajoute la victoire du PLQ aux élections du 7 avril... Tout à coup la volonté politique n'y était plus... http://goo.gl/ewFYMX
28 décembre. La force de combat de l’OTAN (ISAF) baisse son drapeau, marquant son retrait définitif de l’Afghanistan http://goo.gl/D1r1xw http://goo.gl/opB442 Beaucoup d'argent et de morts inutiles
dimanche, décembre 29, 2013
2013
Mon premier événement a en fait eu lieu le 10 septembre 2012 au Manitoba (les sources divergent quant à la date et au lieu), lorsque quatre femmes amérindiennes ont fondé le mouvement Idle No More, mais c’est durant l’hiver de cette année qu’il a eu son plus grand retentissement, en réaction au projet de loi C-45 qui modifie la Loi sur les Indiens afin de faciliter l’appropriation des terres amérindiennes, et plusieurs lois environnementales, notamment la Loi sur la protection des eaux naviguables. Les manifestations se sont multipliées, pour que cesse le mépris à leur endroit. En réponse, le premier ministre Harper refusait de rencontrer la chef Theresa Spence, jugeant plus urgent d’accueillir le 16 janvier dans son bureau les gagnants d’Occupation double.
Mon deuxième événement n’en est presque plus un, tellement le déballage de toute cette corruption, prévarication, malversation, magouille paraît sans fin. La commission Charbonneau était nécessaire, mais elle ne peut rien contre les pratiques mafieuses, ni contre l’évasion fiscale qui leur est associée.
5 mars. Décès de Hugo Chavez. On dira ce qu’on voudra de ce pourfendeur de l’impérialisme américain, sans lui, la gauche en Amérique du Sud ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
13 mars. Élection du pape François. Sur le fond, peu de changement à prévoir, mais la manière, le discours marquent une rupture avec Benoît XVI et même Jean-Paul II. (« Le surprenant programme du pape François »)
mi-mars. Le « offshore leak » met au grand jour les pratiques d’évasion fiscale des plus fortunés. Comme un écho de la commission Charbonneau. Devant ces révélations embarrassantes, les gouvernements ont gesticulé, plus pour donner le change que par désir réel « d’adresser l’issue ». Preuve, une fois de plus, que les riches vivent sur une planète créée pour eux, au-dessus des lois qui régissent le commun des mortels.
2 avril. Adoption du Traité sur le commerce des armes, signé par les États-Unis le 25 septembre
24 avril. Effondrement d'une sweatshop, à Savar, en banlieue de Dacca, au Bangladesh. Au moins 1127 morts. Certains vêtements Walmart vont être en rupture de stock. Capitalisme sauvage.
28 mai. Manifestations en Turquie, autour de la place Taksim. « Parti en juin dernier de la volonté de sauver les arbres du parc Gezi menacé par un projet d'urbanisme porté par le gouvernement islamo-conservateur de l'AKP, le mouvement s'est mué en une contestation à travers le pays contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. » (« Turquie : la police disperse les manifestants près de Taksim ») Ce dernier, « [g]risé par ses réalisations, [...] cherche à tout prix à consolider son pouvoir, à faire rédiger une constitution présidentielle qui lui permettrait de briguer la charge de chef de l’État, méprise ses adversaires, multiplie les initiatives brouillonnes. Le plus grave est sans doute la dérive autoritaire qui a vu emprisonner des dizaines de journalistes, des centaines d’opposants, notamment kurdes. » (« Vent de fronde en Turquie »)
5 juin. Révélations d'Edward Snowden à propos d’un système de surveillance des citoyens américains. Les Yahoo, Google, Amazon, Apple et autres Facebook prétendent qu’elles n’étaient pas au courant. Pourtant, ces mêmes sociétés n’hésitent pas à épier les utilisateurs de leurs services. Commentaire de Snowden : les enfants qui naissent aujourd’hui ne sauront pas ce qu’est la vie privée. Gulp !
18 juin. Manifestations au Brésil. « D’abord focalisée sur les prix du transport et les dépenses liées aux grands événements internationaux tels la Coupe du monde de foot et les Jeux olympiques, la grogne s’est ensuite étendue aux secteurs de la santé et de l’éducation ». (« Carton rouge ! ») Les choses changent dans ce grand pays.
18 juin. Démission du maire par interim de Montréal, Micheal Applebaum. Pauvre Montréal !
28 juin. Démission du maire par interim de Laval. Laval sans magouille, est-ce que c'est encore Laval ?
30 juin. Manifestations en Égypte contre le président Morsi. Le parti des Frères musulmans est victime de son sectarisme, mais quelle marge de manoeuvre avait-il en réalité ? L'armée, soutenue par l'Arabie saoudite, les États-Unis et Israël, prépare depuis le début un coup d'État.
3 juillet. Coup d'État en Égypte, le président Morsi déposé. La répression sanglante par l'armée des partisans des Frères musulmans s'est depuis étendue à tous les groupes opposés au pouvoir de l'armée, même ceux qui défendent des libertés qui nous sont si chères ici.
6 juillet. Déraillement de train à Lac-Mégantic. Quarante-sept morts. Des millions de litres de pétrole dans l’environnement. Six mois plus tard, le gouvernement Harper se résigne à classer le pétrole « matière dangereuse », mais les dispositions réglementaires ne prendront effet qu'à l'été 2014. Et les wagons du type mis en cause dans cette catastrophe, bien que jugés peu sécuritaires pour le transport du pétrole, sont toujours utilisés.
17 septembre. Projet de « charte des valeurs » rendu public. Je répète ce que j'ai déjà dit : ce projet est mal foutu, vexatoire pour les communautés culturelles qui se sont solidarisées avec la communauté musulmane, et entaché d'opportunisme politique. Dommage, parce que la laïcité est une idée noble qui mérite mieux, surtout en cette période où sévit le conservatisme religieux.
27 septembre. Le GIEC publie le premier volet de son cinquième rapport. Une brique de 2000 pages, résumant plus de 9000 études, qui a frappé un mur d'indifférence. Harper ne fait même plus semblant d'avoir un plan pour lutter contre le réchauffement climatique. Une étude nous révèle les sources de financement des climato-sceptiques : Exxon Mobil, les frères Koch, et des « fondations » de droite (« Not just the Koch brothers : New study reveals funders behind the climate change denial effort »)
8 novembre. Aux Philippines, le typhon Haiyan, d'une taille jamais vue, fait des milliers de victimes. Avec le réchauffement climatique, ce genre d'événement extrême va devenir plus fréquent. Pour aider les Philippins, le Canada donne cinq millions, prête deux hélicoptères et un bateau, quelque chose comme ça.
jeudi, mai 05, 2011
Un moment historique
dimanche, janvier 16, 2011
Haïti, un an plus tard
Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, Port-au-Prince, capitale d’Haïti, était rayée de la carte. Tout autour, des villages subissaient le même sort.
Plus de 220 000 morts.
Des centaines d’ONG ont alors déferlé sur la « perle des Antilles », au secours des victimes ; des milliards de dollars ont été promis devant les caméras pour la reconstruction ; et… rien n’a été fait. Cinq pour cent des débris ont été enlevés ; 800 000 personnes vivent toujours dans des camps insalubres, 100 000 autres vivent dans des abris provisoires aménagés par l’aide internationale, et 600 000 sont « retourné[e]s dans leurs maisons, même si beaucoup vivent dans leur cour, par crainte de nouveaux effondrements » (1) ; l’État ne dispose toujours pas d’édifices permanents où loger les ministères ; et, comme si cela ne suffisait pas, le choléra, disparu depuis un siècle, est réapparu et s’est propagé à une vitesse fulgurante. Deux enquêtes épidémiologiques ont confirmé que la source de l’épidémie – qui a causé jusqu’à présent 3600 décès -- provenait du camp népalais de la Minustah, situé près de Mirebalais, dans le centre du pays. (2) Inutile de dire que la MINUSTAH est l’objet d’un discrédit total et définitif ; un texte paru dans Le Monde parle d’un « fossé » qui sépare désormais la communauté internationale de la population haïtienne. (3)
La responsabilité des grandes puissances, en particulier les États-Unis, est immense. En 1980, la région de Port-au-Prince comptait environ 700 000 habitants, trente ans plus tard, au moment du bagay la, ils étaient plus de 2,5 millions. L’urbanisation est un phénomène mondial qui remonte à très longtemps. Cependant, le cas haïtien, comme celui de plusieurs pays pauvres, présente une particularité qui doit nous interpeller. En 1986, Haïti s’est engagée dans des « programmes d’ajustement structurel », tristement célèbres, imposés par le FMI et la BM en échange d’aide financière. (4) Ces deux institutions, contrôlées par l’Europe et les États-Unis, ont forcé le pays à réduire ses tarifs douaniers sur les produits agricoles étrangers, subventionnés à coups de milliards. Les prix de certains produits ont chuté, acculant les agriculteurs haïtiens à la faillite, provoquant un exode des campagnes vers la ville. Les politiques odieuses du FMI ont détruit le tissu social et sont responsables non seulement du nombre élevé de victimes du séisme de l’an passé, mais aussi de la crise alimentaire qui a frappé en 2008 et menace de frapper cette année encore.
De l’espoir pour Haïti ?
Ce pays trahi par sa classe possédante, mis de facto sous tutelle étrangère, peut difficilement se donner les moyens d’un développement ordonné. Rien n’illustre mieux cette réalité que la présence écrasante des États-Unis qui ont fait construire près de l’aéroport national d’Haïti la quatrième en importance de toutes leurs ambassades, après celles d’Irak, de Chine et d’Allemagne. (4) Avis au successeur de René Préval…
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(1) Centre d’actualité de l’ONU. « Un an après le séisme, Haïti reste confronté à d'énormes défis ».
(2) Benjamin Fernandez. « L’échec des Nations unies en Haïti ». Le Monde diplomatique, 12 janvier 2010.
(3) Jean-Philippe Belleau. « L'imposture des Nations unies en Haïti ». Le Monde.fr, 31 décembre 2010.
(4) « Haïti. Données sur l'agriculture et la crise alimentaire ». Comité catholique contre la fin et pour le développement, avril 2008.
(5) Jean-Pierre Cloutier. « À propos d’Haïti ». [Blogue] Dimanche, 9 janvier 2011.
Lire aussi :
-- « Haïti, le désastre de l’aide humanitaire ». Haïti info / La Nouvelle république, 17 décembre 2010.
-- Rony Brauman et Fabrice Weissman. « Aide internationale : ce qui se passe en Haïti ». Issues de secours, 12 janvier 2011.
mercredi, octobre 13, 2010
La ministre Normandeau à Tout le monde en parle
Lors de son passage à Tout le monde en parle, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a joué à fond la carte nationaliste, quelque chose comme : pourquoi on se donnerait pas la chance historique d'exploiter une ressource abondante qui nous profitera à nous, Québécois, comme on l'a fait avec l'hydroélectricité ?
La comparaison avec l'hydroélectricité est assez malvenue puisque cette ressource a été nationalisée dans les années 1960. Or, les gaz de shale vont demeurer la propriété des entreprises qui ont obtenu pour une bouchée de pain les droits d'exploitation. La ministre trompe les Québécois quand elle présente cette dépossession comme une appropriation de « notre » ressource.
Son argument pour justifier le coût dérisoire des droits est de la même eau : les entreprises québécoises sont jeunes et n'ont pas encore les moyens financiers de payer des droits élevés. Ah oui ? Les entreprises qui ont obtenu les droits sur les gaz de schiste ne sont pourtant pas toutes québécoises. Talisman Energy, par exemple, est une multinationale albertaine dont les revenus en 2009 ont dépassé les sept milliards de dollars.
Cette idée que la ministre voudrait bien nous enfoncer dans le crâne (pourquoi pas au moyen d'un forage, tiens !), cette idée que les Québécois doivent s'approprier leur ressource, fait l'impasse sur une réalité toute simple : le marché de l'énergie est déréglementé et mondialisé ; les entreprises qui détiennent les droits sur les ressources du sous-sol québécois peuvent en disposer à leur guise, en vendre une petite partie sur le marché local et exporter le reste. D'ailleurs le ministre des Finances lui-même, Claude Bachand, admet cet possibilité. (1)
L’animateur de Tout le monde en parle a trouvé Normandeau solide. Moi, impudente
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(1) Charles Côté. « Gaz de schiste: le ministère des Finances envisage l'exportation ». cyberpresse.ca, 13 octobre 2010 (page consultée le jeudi 14 octobre 2010)
mercredi, juin 23, 2010
Vingt ans après l'échec de Meech. Grosse fatigue
Une commémoration bien québécoise cette semaine : celle d’un échec. Il y a vingt ans, l’accord du lac Meech devenait « l’échec du lac Meech ». Moi-même, je me souviens, j’y étais opposé. Quand le député manitobain Elijah Harper a fait déraillé le processus de ratification de l’accord, j’ai poussé un grand « yes sir ! » bien senti. J’y voyais un événement favorable à la souveraineté du Québec que je croyais, à l’époque, encore possible. J’attendais, pour reprendre les mots de René Lévesque, notre « rendez-vous normal avec l’Histoire ». Ce rendez-vous n’a jamais eu lieu. De 1980 à 1995, nous avons donc vécu l’échec du premier référendum, puis l’échec de Meech, puis le rejet de l’entente de Charlottetown, puis l’échec d’un second référendum sur la souveraineté. Que peut bien vouloir dire aujourd’hui ce vers de Miron : « Un jour j’aurai dit oui à ma naissance » ? Plus rien. Le statut du Québec au sein du Canada demeure problématique. Mais, aussi bien, son rapport au monde. Qui sommes-nous ? Quelle est notre pertinence ? Que voulons-nous ? Être heureux avec notre nouveau iPad ? Si ce n’est que cela, alors pourquoi défendre notre langue ? Pourquoi freaker sur la question du voile islamique ? Que voulons-nous au juste préserver, perpétuer ?
Ces questions n’ont rien de rhétorique. Elles nous habitent comme des fantômes. Les fantômes d’un peuple qui se meurt à lui-même et au monde. Au point où désormais il doute de la plus fondamentale des évidences, celle d’être un peuple. Cette régression s’accompagne d’une perte implacable du pouvoir politique, lequel se concentre de plus en plus à Ottawa.
Une idée communément admise -- et si rassurante -- veut que l’échec de Meech et celui de Charlottetown aient consacré la victoire du statu quo. Il n’y a pas de statu quo possible. Le Canada continue d’évoluer suivant sa dynamique propre, vers un État unitaire, centralisé, indifférent à la spécificité québécoise et aux revendications qui découlent du désir – évanescent il est vrai – de la préserver. Il y a trois ans, le groupe TSX (qui détient la bourse de Toronto) achetait la bourse de Montréal, une transaction que certains médias ont pudiquement appelé « fusion ». Aujourd’hui, le gouvernement Harper s’entête à vouloir créer, contre l’avis de tous les experts, une commission des valeurs mobilières unique, au lieu des dix commissions provinciales actuelles, une attaque si brutale à l’autonomie des provinces que le gouvernement Charest a porté l’affrontement devant la Cour d’appel du Québec. Parallèlement, Harper, avec l’appui des libéraux de Michael Ignatieff, s’apprête à passer la loi C-12 qui ajoutera 30 nouvelles circonscriptions aux 308 que compte actuellement le pays : 18 iront à l’Ontario, 7 à la Colombie-Britannique, 5 à l’Alberta et… aucune au Québec. Rappelons que c’est le Québec qui, aux dernières élections, a empêché le Parti conservateur d’obtenir une majorité à la Chambre des communes. Il s’agit donc pour Harper de faire en sorte de pouvoir désormais se passer de nos votes, une stratégie qui profitera aussi au Parti libéral du Canada. Pour occulter notre marginalisation, à laquelle participent sans broncher les quelques députés québécois des deux principaux partis fédéraux, il sera désormais interdit d’utiliser l’expression « Québécois de service » à la Chambre des communes.
Dans cette même perspective, il faut aussi rappelé le jugement controversé rendu par la Cour suprême du Canada, lequel a invalidé la loi 104 qui interdisait le recours aux « écoles passerelles » au Québec.
Ces quelques exemples n’ont pour but que d’illustrer les conséquences de notre démission collective, de notre régression dans la recherche d’un bonheur individuel, axé plus que jamais sur la consommation infantilisante, aliénante et dénuée de sens. Vingt ans après l’échec de Meech, notre refus de faire des choix affirmés qui nous définissent et nous ouvrent au monde, nous place en position vulnérable, défensive, face aux choix des détenteurs du pouvoir.
C’est peut-être là, dans cet démission, qu’il faut voir l’expression de ce que Hubert Aquin appelait, il y a plus de quarante ans déjà, notre « fatigue culturelle ».
jeudi, mai 20, 2010
La morale qui tue
J’ai parlé l’autre jour d’Elie Wiesel, ce grand humaniste, prix Nobel de la paix, auteur de nombreux romans, pièces de théâtre, essais… Interrogé en 2006 sur son appui à l'invasion de l’Irak, il a eu cette réponse : « Si j'avais su à l'époque ce que je sais maintenant, j'aurais évidemment dit non à la guerre ». Et, conscient de la gravité de sa faute, il ajoute : « N'oublions pas qu'à cette époque aucun service de renseignements au monde ne disait que Saddam Hussein ne possédait pas [d’]armes [de destruction massive] ». (1)
Certes. Mais, aussi bien, aucun service de renseignements ne pouvait prouver qu’il en possédait. Durant les mois qui ont précédé le déclenchement de l’attaque américaine, Hans Blix, chef des inspecteurs en armement de l’ONU, n’a rien trouvé en Irak. Il demande alors plus de temps pour terminer les inspections, qui sont menées, faut-il le rappeler, avec la collaboration des services secrets britanniques et américains, mais Washington, pressé de liquider le régime qui lui bloque l’accès au pétrole, ne l’écoute plus. (2) Le 20 mars 2003, les premières bombes s’abattent sur Bagdad.
Ce qui étonne le plus, c’est que, en toute logique, ce n’est pas la présence sur le territoire irakien d’armes de destruction massive qui devait justifier l’attaque américaine, mais le lien supposé de Saddam Hussein avec Al-Qaïda. Car ce projet belliqueux se voulait – officiellement -- la réplique des États-Unis aux attentats du 11 septembre 2001. Comment Elie Wiesel peut-il négliger ce fait ? Comment peut-il faire abstraction du fait que personne à l’époque ne croyait honnêtement à l’existence d’un quelconque lien du dictateur avec Ben Laden ?
La réponse se trouve peut-être dans une lettre publiée par le Devoir le 23 mars 2003. Parmi tous les crimes de Saddam Hussein, il y en un qui justifie aux yeux de Wiesel ce qu’il appelle la « guerre », c’est-à-dire « des orphelins, des veuves, des corps, des cadavres, du sang » : durant la première guerre du Golfe, « il a dirigé contre Israël des missiles Scud », (3) il a voulu tuer des Juifs. Le tragique manque de jugement de Wiesel, cet homme au prestige moral incomparable, et que consultait George W. Bush, semble puiser à une profonde souffrance, celle d’Auschwitz où il fut déporté, adolescent, et où il perdit sa famille. Et dont il n’est jamais revenu.
Que dire par contre de ces intellectuels américains qui signèrent, dès 2002, une lettre publique qui fit grand bruit, et qui justifiait la violence des armes dans le cadre d’une « guerre juste » ? Il faut la lire, cette lettre, dégoûtante d’hypocrisie bigote, avec des phrases comme : « Si l'on a la preuve incontestable qu'un recours à la force peut empêcher le massacre d'innocents incapables de se défendre par eux-mêmes, alors le principe moral de l'amour du prochain nous ordonne de recourir à la force ». (4)
À ces adeptes de la morale qui tue, et qui pourtant osent affirmer qu’une « guerre juste ne peut être menée que contre des combattants », je propose le vidéo suivant.
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(1) François Busnel. « Elie Wiesel : ‘ Si j'avais su... ’ ». L’Express.fr, 1er juin 2006. (Page consultée le 15 mai 2010)
(2) Olivier Da Lage. « L’implacable réquisitoire de Hans Blix ». Radio France internationale, 8 avril 2004. (Page consultée le 19 mai 2010)
(3) Elie Wiesel. « Le Prix Nobel Élie Wiesel se prononce - Il fallait affronter l'Irak ». Le Devoir, 25 mars 2003. (Page consultée le 15 mai 2010)
(4) Collectif. « Lettre d'Amérique, les raisons d'un combat ». Voltairenet.org, 1er février 2002. (Page consultée le 2 mai 2010)
samedi, mai 01, 2010
La victime et le bourreau
Durant les années difficiles de mon adolescence, la lecture m’a servi de refuge. Un de mes auteurs préférés : Isaac Asimov. Ses histoires qui se passaient en l’an 11 000 et quelque me permettaient de prendre momentanément congé de mon handicap et de cet horizon tourmentant des premiers deuils, les plus difficiles. Par toutes les pensées refoulées qui lui étaient, d’une certaine manière, à mon insu associées, Asimov avait fini – je le comprends aujourd’hui – par m’apparaître intime. Je l’admirais. Mon intérêt pour la science a d’abord été un intérêt pour la science-fiction. Mais je me souviens d’un après-midi aux galeries d’Anjou, au La Baie, ou au Simpson, un petit présentoir isolé au bout d’une allée, dans une section de vêtements. Que deux livres, posés là, inexplicablement : Seconde fondation et Fondation foudroyée. J’avais déjà le premier tome de la trilogie. Personne autour. Sentiment étrange d’irréalité... Je m’approche. Prends les deux livres puis la sortie tout près.
Évidemment, trente secondes plus tard, deux agents marchent à côté de moi. Me conduisent à un petit local où l’on m’interroge, sans toutefois oser me fouiller. On remplit un formulaire en proférant de lourdes menaces, puis on me relâche. De retour chez moi, j’ai éclaté en sanglots. La pire humiliation de ma vie.
Or, voilà que la semaine dernière, quelque trente ans plus tard, au hasard de mes lectures, je retrouve – avec émotion – Asimov. Ou plutôt Isaac, le Juif, à travers un extrait de son autobiographie. Et je découvre que cet homme, avec ses lunettes à large monture et son air benêt, est aussi un sage analyste politique et un authentique humaniste. Son anecdote, présentée ici, au sujet d’Elie Wiesel m’a réconforté. D’abord parce qu’elle concerne Elie Wiesel, ce prix Nobel de la paix qui a publiquement cautionné, de son prestige moral, l’infamante guerre contre l’Irak. Ensuite parce qu’elle met le doigt sur une idée communément admise et si hérissante. Il n’y a pas, dit-il, de peuple essentiellement bon ; il n’y a que des peuples agressés, soumis, exterminés, mais entre ceux-ci et leurs agresseurs, la différence ne tient qu’aux circonstances historiques.
Voilà une vérité qui demande un certain courage, surtout à un Juif. Ce courage, Asimov l’a ; Wiesel, peut-être parce qu’il a trop souffert, ne l’a pas. Je cite :
Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. »
J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? »
A quoi Wiesel m’a répliqué, très emporté : « Citez-moi un seul cas où des Juifs auraient persécuté qui que ce soit ! »
Asimov lui cite un exemple, emprunté à l’histoire biblique, tout en remarquant dans son autobiographie – publiée en 1996 – qu’aujourd’hui il n’hésiterait pas à évoquer l’oppression des Palestiniens par Israël. Mais si, au total, il y a de fait peu d’exemples – quoique, du point de vue essentialiste qui est celui de Wiesel, un seul suffise – c’est pour une raison très simple, répond Asimov :
C’est qu’il n’y a pas d’autre période dans l’histoire où les Juifs aient exercé le pouvoir, ai-je répondu. La seule fois où ils l’ont eu, ils ont fait comme les autres.
Et de conclure :
A l’heure où j’écris, on assiste à un afflux de Juifs ex-soviétiques en Israël. S’ils fuient leur pays, c’est bien parce qu’ils redoutent des persécutions de nature religieuse. Pourtant, dès qu’ils posent le pied sur le sol d’Israël, ils se muent en sionistes extrémistes impitoyables à l’égard des Palestiniens. Ils passent en un clin d’œil du statut de persécutés à celui de persécuteurs.
Cela dit, les Juifs ne sont pas les seuls dans ce cas. Si je suis sensible à ce problème particulier, c’est parce que je suis juif moi-même. En réalité, là encore le phénomène est universel. Au temps où Rome persécutait les premiers chrétiens, ceux-ci plaidaient pour la tolérance. Mais quand le christianisme l’a emporté, est-ce la tolérance qui a régné ? Jamais de la vie. Au contraire, les persécutions ont aussitôt repris dans l’autre sens. Prenez les Bulgares, qui réclamaient la liberté à leur régime dictatorial et qui, une fois qu’ils l’ont eue, s’en sont servis pour agresser leur minorité turque. Ou le peuple d’Azerbaïdjan, qui a exigé de l’Union soviétique une liberté dont il était privé par le pouvoir central pour s’en prendre aussitôt à la minorité arménienne.
La Bible enseigne que les victimes de persécutions ne doivent en aucun cas devenir à leur tour des persécuteurs : « Vous n’attristerez et vous n’affligerez pas l’étranger, parce que vous avez été étrangers vous-mêmes dans le pays d’Égypte » (Exode 22 : 21). Mais qui obéit à cet enseignement ? Personnellement, chaque fois que je tente de le répandre, je m’attire des regards hostiles et je me rends impopulaire.
Dans toute victime, il y a un bourreau qui attend. Cette vérité s’applique aux Juifs comme aux Palestiniens, aux Hutus comme aux Tutsis, aux Blancs européens qui ont fui les persécutions religieuses au XVIIe siècles comme aux Noirs dont ils ont fait leurs esclaves, aux Iroquoïens qui ont terrorisé les Canadiens français comme aux descendants de ceux-ci qui ont créé les conditions d’une aliénation profonde et irréversible des aborigènes.
Tel est l’enseignement de l’Histoire. Cette incapacité ou ce refus d’assumer la part de Mal qu’il y a en nous, c’est aussi notre incapacité ou refus à voir l’Autre, à le comprendre à partir de ce qui constitue son altérité même. C’est aussi ce qui nous condamne, tous, ensemble, sur cette planète, à une souffrance aveugle et bornée, donc inutile et, de ce fait, profondément tragique.
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(1) Alain Gresh. « Isaac Asimov, Elie Wiesel et l’antisémitisme ». Les blogs du Diplo – Nouvelles d’Orient. (Lundi, 18 janvier 2010) (Page consultée le 1er mai 2010)
dimanche, avril 04, 2010
Les deux mains sur le volant
« En collaboration avec la communauté internationale, les dirigeants haïtiens s'engagent à conclure un nouveau contrat social avec le peuple. Autrement dit, il faut un gouvernement entièrement démocratique, doté de politiques économiques et sociales judicieuses pour faire face à l'extrême pauvreté et aux disparités profondes en matière de répartition des richesses. » (1)
Quelle incroyable foutaise ! Je suis habitué au langage diplomatique, qui a sa raison d’être. Mais y’a toujours ben une maudite limite ! Le président René Préval en fin de mandat n’a qu’un objectif, et ce n’est pas de conclure un nouveau contrat social avec le peuple ayisien. Plutôt le contraire. Ne rien changer. Et pour cela, il lui faut « les deux mains sur le volant », forcer la tenue d’élections « démocratiques » afin d’assoir au plus sacrant une légitimité au moment où des milliards de dollars d’aide à la reconstruction sont promis à Ayiti pour les prochaines années.
Oubliez la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti, par laquelle vont transiter tous ces milliards. Bill Clinton, qui en est, avec le premier ministre Jean-Max Bellerive, le co-président, n’est là que pour donner le change. Cette commission, composée de 23 personnes de différents milieux, ne changera rien au foutoir qu’est présentement Ayiti. Un rapport du Département d’Etat américain sur la corruption dans les instances de pouvoir, notamment au sein de l’exécutif, place le pays au 168e rang sur 180, et lui accorde une note de 1,8 sur 10. (2) Préval a réfuté ces « allégation », mais d’autres voix, dont celle du sénateur Youri Latortue les ont confirmées. (3) Et, comme pour noircir encore le tableau, je tombe tout à l’heure sur un article où il est question d’un rapport de l’université Harvard très critique envers la MINUSTAH. Celle-ci aurait échoué à accomplir sa mission, qui est de désarmer et démobiliser les troupes, de soutenir le processus démocratique et le respect des droits de l’homme. (4)
La question, néanmoins, qu’il ne faut pas poser : donner ou ne pas donner ? « Carine Guidicelli, du CECI, dit évidemment qu'il faut encore donner aux organismes, mais après avoir fait ses recherches. ‘ Avant de faire un don, il faut se poser des questions. L'organisme était-il présent dans le pays avant la catastrophe ? Depuis longtemps ? A-t-il des partenaires crédibles sur place ? ’
» C'est aussi ce que prône le Dr Réjean Thomas, cofondateur de Médecins du monde Canada […] ‘ De la corruption, il y en a partout, y compris chez nous, alors qu'on a en main tous les mécanismes pour la prévenir ! En situation d'urgence, dans un pays pauvre, c'est sûr que la corruption a plus de risques de s'installer. Je continue néanmoins de penser qu'il se fait beaucoup plus de bien que de mal. Il faut donner, en choisissant un organisme fiable. ’ » (5)
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(1) Ban Ki-moon. « Vers un nouvel avenir pour Haïti ». Le Monde.fr [En ligne] (Mercredi, 31 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)
(2) Ces chiffres ne sont pas cités comme tels dans le rapport, ils émanent plutôt de Transparency International qui produit, à chaque année, au terme d’une enquête, son Indice de perceptions de la corruption. Le Département d’État américain s’appuie sur cet indice qui fait autorité.
(3) JMD. « Le rapport du Département d’Etat américain sur la corruption dans les instances de pouvoir en Haïti reflète la réalité, selon le sénateur Youri Latortue ». Radio Kiskeya [En ligne] (Mardi, 16 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)
(4) Auteur non mentionné. « La mission de l'ONU en Haïti a échoué, selon un rapport ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 23 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)
(5) Louise Leduc. « Le travail des organismes humanitaires critiqué ». Cyberbresse.ca [En ligne] (Lundi, 22 mars 2010) (Page consultée le 31 mars 2010)
samedi, janvier 02, 2010
Bilan 2000-2009. Clivage Nord-Sud
Ma brève revue de la dernière décennie.
Bien sûr, tout d'abord, l'incontournable 11 septembre 2001, événement inimaginable, dont la charge symbolique n'a pas fini de nous hanter. L'effondrement des deux gratte-ciel a brusquement mis au jour, en ce début de XXIe siècle, la vulnérabilité d'une Amérique qui se croyait toute puissante. Quand Bush lance, quelques mois après les attentats, ses armées sur le pays du dictateur Saddam Hussein, cette Amérique-là, nous ne le savons pas encore, a déjà cessé d'exister. Les deux guerres menées concurremment contre l'Irak et l'Afghanistan vont nous confirmer dans l'horreur et le sang ce changement profond : un Islam radical émerge et défie l'ordre établi, lequel est fondé sur l'appropriation de la richesse, l'intimidation militaire et l'injustice.
La crise économique qui a frappé à l'échelle mondiale en fin de décennie s'inscrit dans cette évolution. Son épicentre, situé aux États-Unis, montre un pays atteint au cœur de sa puissance, incapable de s'imposer face aux pays « émergeants » que sont le Brésil, l'Inde et, surtout, la Chine. Cette dernière, entrée à l'OMC deux mois après les attentats, est désormais un partenaire et un adversaire économique de premier plan. La Chine, comme nous l'avons constater en décembre dernier, lors de la conférence de Copenhague sur le climat, en impose.
Mais il n'y a pas que l'Asie. Ici, sur cette grande île qu'est notre continent, la donne géopolitique évolue rapidement. Les médias n'ont pas souligné ce qui constitue, à mon avis, un événement de première importance : l'émergence tant espérée d'une autre Amérique, latine celle-là, menée par des gouvernements de gauche non inféodés aux États-Unis. Le Brésil, puissance régionale affirmée, le Vénézuela de Hugo Chavez, l'Argentine, l'Équateur, l'Uruguay, la Bolivie, tous ces pays, auxquels nous pourrions encore ajouter le Chili, ont abandonné, à des degrés divers, les politiques « néolibérales » jusque-là imposées par le FMI et la Banque mondiale, et se sont tournés vers un type de développement plus soucieux des immenses besoins sociaux. Plus que Barak Obama, l'élection la plus significative et porteuse d'espoirs fut celle, historique, d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie. Pensons-y un instant : un aborigène, un Aymara, peuple méprisé comme le sont toutes les first nations, prend les commandes du pays et impose ses réformes à une élite outrée, corrompue et raciste. Les vrais Nègres, sur cette terre d'Amérique, ce ne sont plus les Noirs mais eux, les aborigènes, ne l'oublions jamais. (1)
En novembre 2001 s'amorçait, dans le cadre de l'OMC, le cycle de Doha, du nom de la capitale du Qatar, cycle de négociations destinées à libéraliser le commerce des produits agricoles de manière à favoriser les pays en voie de développement (PVD) en leur offrant un meilleur accès au marché des pays développés. Impliquant 153 pays, ces négociations, qui devaient aboutir à un accord en 2004, se sont vite transformées en un affrontement Nord-Sud et sont aujourd'hui dans une impasse. « De nombreux membres [de l'OMC] ont pointé du doigt la mauvaise volonté des Américains qui paralysent les négociations depuis des mois. » (2) Pendant ce temps, une crise alimentaire frappait à une échelle sans précédent. En quelques mois, en 2008, 100 millions de pauvres étaient jetés dans la précarité extrême, portant leur nombre à près d'un milliard. Cette crise a plusieurs causes, la plupart impliquant directement les pays développés, comme la spéculation sur les marchés à termes, le détournement des terres agricoles vers la production de biocarburant, le réchauffement climatique...
À ce propos, j'ai mentionné plus haut la conférence de Copenhague, tenue en décembre 2009, en clôture de la décennie : c'est, à mon avis, un autre événement phare. Cent quatre-vingt-douze pays réunis, 15 000 personnes, négociateurs, représentants d'ONG et du milieu des affaires, journalistes. Du jamais vu. Nul ne peut désormais douter de l'importance des problèmes environnementaux, devenus aussi bien des problèmes sociaux, donc politiques. Une évolution marquante au cours des dix dernières années. Mais qui, malheureusement, arrive trop tard.
Échec du cycle de Doha, échec à Copenhague... Les dix dernières années semblent marquées par un durcissement du clivage Nord-Sud. L'hégémonie états-unienne qui s'affaiblit, la montée des PVD, regroupés dans le G77, emmenés par la Chine, l'Inde et le Brésil, tout cela dans le contexte d'une triple crise environnementale, économique et alimentaire : la prochaine décennie s'annonce charnière, déterminante, et passionnante.
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(1) AFP. « Un rapport de l'ONU - Les indigènes meurent jeunes ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 15 janvier 2010) (Page consultée le 16 janvier 2010)
(2) AFP. « Les ministres devront accélérer s'ils veulent conclure Doha en 2010 ». Le Devoir [En ligne] (Jeudi, 3 décembre 2009) (Page consultée le 2 janvier 2010)
jeudi, décembre 17, 2009
La tranquille certitude de la ministre Courchesne
Le Parti libéral du Québec est corrompu. La cause est entendue et il n'y a, ma foi, plus grand chose à en dire. Reste la sentence, qui sera prononcée au prochain scrutin.
J'ai tout de même trouvé assez savoureux, lors d'un point de presse le 2 décembre dernier, l'aveu involontaire de la ministre Courchesne : « Vous savez aussi bien que moi qu'il y a beaucoup, moi, je dirais [que] la majorité des entreprises privées soutiennent tous les partis politiques ». (1) Et comme pour s'enfoncer encore un peu plus, elle a ensuite répété le commentaire en anglais.
Commentaire qui n'a rien d'un lapsus inopportun, mais tout d'une tranquille certitude... contraire à la loi. Celle-ci en effet ne permet que les dons individuels d'argent, jusqu'à un maximum de 3000 $ par individu, par année.
Inutile de dire que M. le directeur général des élections a froncé les sourcils. Surtout que c'est la deuxième fois qu'un ministre libéral se compromet ainsi.
Dans la masse des révélations des dernières semaines, ce fait anecdotique a le mérite de nous confirmer que Mme Courchesne sait très bien, tout comme ses collègues, où aller chercher les 100 000 $ qu'elle est tenue d'apporter au PLQ à chaque année. (2)
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(1) Presse canadienne. « En bref - Courchesne devra s'expliquer ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 15 décembre 2009) (Page consultée le 17 décembre 2009)
(2) Presse canadienne. « Financement du PLQ : les ministres donnent l'exemple ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 11 décembre 2009) (Page consultée le 17 décembre 2009)
Sur le même sujet :
Presse canadienne. « Financement du Parti libéral du Québec - Normandeau défend les pratiques ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 9 mars 2010) (Page consultée le 9 mars 2010)
lundi, décembre 07, 2009
Une très bonne question
« Au sein de la députation libérale, on se dit que mieux vaut susciter la grogne populaire en écartant la tenue d'une enquête publique que de renoncer au pouvoir pendant dix ans à la suite de l'enquête. C'est la leçon qu'on tire de la commission Gomery et des malheurs des libéraux fédéraux depuis.
» On se dit aussi que Gérald Tremblay a fini par gagner ses élections même s'il a fermé les yeux pendant des années sur la collusion dans l'industrie de la construction. » (1)
Ces deux paragraphes, tirés du Devoir, résument tout ce que j'ai lu depuis un mois sur le gouvernement Charest. Les faits sont accablants, et les médias nous en apportent de nouveaux à chaque jour. Les derniers en date concernent le marchandage de places en garderie. Véritable système de corruption, c'est-à-dire d'avilissement :
« Le milieu des garderies n'est pas réputé riche. Que tant de propriétaires de garderies donnent de l'argent à un parti politique, c'est déjà étonnant. Que plusieurs d'entre eux, en plus, obtiennent des permis après avoir fait des dons importants, alors qu'ils n'avaient jamais contribué auparavant, cela l'est encore plus.
» Lorsqu'une famille donne 24 000 $ en six ans (ça fait 4000 $ par année, ce qui est beaucoup au Québec) à un parti et obtient quatre permis de garderie, il est permis de poser des questions.
» Lorsque dans une région comme Lanaudière, 70 % des garderies ayant obtenu des permis appartiennent à des donateurs du parti au pouvoir, il est aussi légitime de soulever une ou deux questions.
» Idem lorsque des entreprises obtiennent un permis après que leur projet de garderie eut reçu une évaluation médiocre du ministère de la Famille. » (2)
Remarquez, il fallait s'y attendre. Le PLQ, contrairement à Québec Solidaire ou au PQ de 1976, n'est pas porté par un programme politique visionnaire, par des idéaux, voire même, par le souci du bien commun. Le parti de Charest tire sa force – entendez : sa richesse – de la somme des intérêts particuliers qu'il conjugue, de ses accointances historiques avec le milieu des affaires. La preuve a contrario de cet état de fait : Charest a démis en février 2006 son ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, pourtant très populaire, afin de calmer certains collègues ainsi que certains élus municipaux et promoteurs immobiliers, tous fort courroucés de constater que les lois environnementales seraient désormais appliquées. (3)
Ajoutez à ce péché originel du PLQ le fait qu'il est au pouvoir depuis 2003, qu'il vient de remporter une troisième élection d'affilée – du jamais vu depuis Duplessis – et qu'il fait face, au parlement, à une opposition affaiblie en quête de crédibilité.
Dans un tel contexte de pourrissement, le pouvoir sert avant tout à l'enrichissement du parti et des amis du régime. Je cite à nouveau l'article du Devoir :
« D'ailleurs, presque sept ans après avoir pris le pouvoir, le PLQ est une formidable machine à collecter de l'argent. L'an dernier, le parti de Jean Charest a encaissé 10 millions. C'était une année faste, car c'était une année d'élections. Mais bon an, mal an, le PLQ récolte entre sept et neuf millions, soit le double du PQ. On se demande ce que fait le PLQ avec autant d'argent, surtout quand on pense que les dépenses électorales des partis au Québec ne peuvent excéder 3,8 millions et que les élections ont lieu habituellement tous les quatre ans. »
Voilà une très bonne question.
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(1) Dutrisac, Robert. « Québec - Le pari de l'entêtement ». Le Devoir [En ligne] (Samedi, 5 décembre 2009) (Page consultée le 7 décembre 2009)
(2) Marissal, Vincent. « Poupongate ou pur hasard ? ». Cyberpresse [En ligne] (Jeudi, 3 décembre 2009) (Page consultée le 7 décembre 2009)
(3) Francoeur, Louis-Gilles. « Environnement - Mulcair victime de son bilan et de sa pugnacité ». Le Devoir [En ligne] (Mercredi, 1er mars 2006) (Page consultée le 7 décembre 2009)
A lire aussi :
– « Pourrissement ». 27 novembre 2008
dimanche, septembre 27, 2009
Un prix à payer
« L'image était frappante de contraste : au moment où le président américain Barack Obama s'exprimait pour la première fois devant l'Assemblée générale [de l'ONU, à New York], devant un parterre prestigieux, M. Harper était en visite au Centre d'innovation Tim Hortons, à Oakville, posant devant des beignes. » (1)
Et dire que les Canadiens vont bientôt placer ce cancre à la tête d'un gouvernement majoritaire.
Nous en paierons tous le prix un jour. Comme les Étatsuniens paient aujourd'hui le prix des années Bush (et un peu quand même aussi des années Clinton).
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(1) Bourgault-Côté, Guillaume. « Harper prolonge sa pause-café ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi, 24 septembre 2009) (Page consultée le 27 septembre 2009)
mardi, décembre 16, 2008
Suivre sa conscience
Publié le 12 septempre 2008 sur Blogue.ca
L'archevêque de Montréal, le cardinal Turcotte a annoncé cette semaine qu'il renonçait à l'Ordre du Canada qui lui a été remis en 1996. Raison ? Cette récompense vient d'être remise au Dr Henry Morgentaler, célèbre pour avoir défendu toute sa vie le droit des femmes à l'avortement, et devenu pour cette raison l'ennemi de tous les bigots hystériques.
Le cardinal Turcotte affirme qu'en suivant sa « conscience » il ne peut accepter d'être associé à un mécréant, un criminel. Il n'a pas dit le mot criminel, mais c'est tout comme. Il compare l'avortement aux « atrocités de la guerre ». Il faut dire qu'il sait de quoi il parle, puisqu'en cette période électorale il est lui-même sur le pied de guerre, ayant choisi son camp, celui de Harper, pour qui il nous fait un devoir moral de voter. Au passage, le cardinal ne se gêne pas d'admonester les Québécois quant au manque de « profondeur » de leur réflexion sur l'avortement : « C'est un peu comme la guerre, dit-il, à force de voir les atrocités de la guerre en Irak, de voir les pays du tiers monde qui crèvent de faim, on finit par se blinder contre tout cela ». (1)
Justement, monsieur le prélat, justement, la faim. Parlons-en. Qu'est-ce qui tue le plus d'êtres humains ici-bas ? L'avortement, ou le réchauffement climatique contre lequel Harper s'entête à ne rien faire ? L'avortement, ou la production d'éthanol que finance massivement le gouvernement conservateur, et qui est pourtant responsable, selon la Banque mondiale, de 75 % de la hausse du prix des denrées alimentaires de base, production qui a été qualifiée de « crime contre l'humanité » par Jean Ziegler ?
Comptez les morts de chaque côté, monsieur le prélat et, si vous n'êtes pas « blindé contre tout cela », répondez-nous en suivant votre « conscience ».
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(1) Porter, Isabelle. « Le cardinal Turcotte veut relancer le débat sur l'avortement ». Le devoir [En ligne]. (Vendredi, 12 septembe 2008) (Page consultée le 12 septembe 2008)
mardi, décembre 02, 2008
Un Québec fort dans un Canada uni
Il est assez révélateur de voir de voir des journaliste comme Lysiane Gagnon et André Pratte, de La Presse, s'indigner de la formation d'une coalition prête à prendre le pouvoir. « Un putsch », (1) s'exclame Gagnon. Pratte ne va pas aussi loin, mais son malaise est évident lorsqu'il parle d'une coalition « étrange », de « contorsions idéologiques »... (2)
Nos deux antibloquistes se donnent beaucoup de mal pour ne pas voir une réalité toute simple : l'opposition n'a pas le choix. Comme le mentionnait la chroniqueuse Chantal Hébert, le gouvernement conservateur a rompu le fragile lien de confiance avec les partis d'opposition en cherchant à tarir leur source de financement, en s'attaquant bassement à leur survie-même. Un conseiller du premier ministre avouait d'ailleurs s'inspirer des guerres puniques, la troisième de ces guerres ayant mené à l'écrasement définitif de l'ennemi carthaginois. Voilà qui est réconfortant pour Stéphane Dion ! Rien ne peut garantir que Harper, qui a remisé son projet devant la contre-attaque des coalisés, ne le ressortirait pas dans six mois si ceux-ci prenaient le risque insensé de ne pas le renverser aujourd'hui. À ce moment-là, il serait trop tard : les partis d'opposition ne pourraient s'opposer au projet sans entraîner la chute du gouvernement et le déclenchement d'élections. Ce danger n'a que rarement été évoqué jusqu'à présent. Pourtant il est au coeur du problème.
Au fond, ce qui agace tant l'engeance antibloquiste, c'est de voir le Bloc si près du pouvoir, si manifestement utile dans un rôle qui le met en valeur. Rappelons-nous que tout l'argumentaire contre le parti de Gilles Duceppe, asséné élection après élection, sans relâche, repose sur sa prétendue inutilité. Cet argument aujourd'hui vient de tomber. L'engeance n'a plus qu'une flèche dans son carquois, la vieille rangaine consistant à dépeindre le Bloc comme un parti « séparatiste », le Mal incarné, alors que nous pressentons tous très bien que l'option séparatiste, par ailleurs légitime, n'est plus un facteur, ni à Ottawa, ni à Québec.
Au-delà de la campagne de propagande qui se met en place, il n'est pourtant pas difficile de constater que les Québécois sont sur le point d'obtenir ce qu'ils ont toujours voulu : un parti représentant un Québec fort dans une coalition représentant un Canada uni.
Cette volonté n'est-elle pas légitime elle-aussi ?
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(1) Gagnon, Lysiane. « Un putsch, rien de moins ». Cyberpresse [En ligne]. (Mardi 2 décembre 2008) (Page consultée le 2 décembre 2008)
(2) Pratte,André. « Vaudeville à Ottawa ». Cyberpresse [En ligne]. (Mardi 2 décembre 2008) (Page consultée le 2 décembre 2008)
samedi, novembre 29, 2008
Dindons de la farce
Au secours ! À l'aide ! J'étouffe !
Tout l'après midi, sur RDI, les mêmes nouvelles, en boucle. À toutes les demi-heures le même Charest répétant effrontément que la crise politique qui sévit à Ottawa est la preuve qu'en ces temps d'incertitude, ce qu'il faut, c'est la stabilité d'un gouvernement majoritaire, précisément ce qu'il demande au Québécois et blablabla...
Pus capable !
Je vais éteindre la télé.
Mais ce n'est pas encore assez. L'écoeurement a créé une telle charge d'agressivité... Vous vous imaginez, moi, agressif !? Moi qui fait à peine plus de 30 kilos. Un gros dindon. Je sais pas si c'est à cause de l'Action de grâces, mais c'est justement ce pour quoi nous prend Charest : un troupeau de dindons. Dindons d'une farce qui ne prendra pas fin, comme nous pourrions l'espérer, le 8 décembre.
Farce, vaudeville du cynisme politique
jeudi, novembre 27, 2008
Pourrissement
Charest n'a jamais voulu diriger le PLQ. Le Québec ne convenait pas à son ambition, n'offrait qu'un horizon limité, « provincial », étriqué. Largué ici contre son gré par le Parti conservateur, son propre parti dont il était le chef, il a mis plusieurs années à s'adapter. Cette adaption maintenant faite, elle ne peut toutefois occulter une évidence fondamentale : cette homme n'a aucune vue particulière sur le Québec qu'il dirige pourtant depuis six ans.
Prenons l'exemple de Harper. On peut bien penser ce qu'on voudra du chef conservateur, on ne saurait l'accuser de ne pas avoir une idée précise du Canada qu'il souhaite créer. C'est d'ailleurs pourquoi il est tant détesté par plusieurs et tant aimé par d'autres.
Chez Charest, rien de tel. Pourquoi ? Parce que le projet souverainiste, qui a structuré la vie politique québécoise pendant 40 ans, qui était la source de sa vitalité, est à l'agonie. Son absence remarquable au cours de la présente campagne explique le vide ressenti par les citoyens. Charest a d'abord été largué à la tête du PLQ pour faire la lutte à un Lucien Bouchard perçu comme une menace par Ottawa. Lors des deux dernières campagnes, il lui a donc suffit d'attaquer comme d'habitude les visées souverainistes de Landry, puis de Boisclair. Mais voilà : le PQ de Pauline Marois a pratiquement fait le deuil de son projet fondateur. Du coup, Charest apparaît pathétiquement nu, vide d'idées, de projets pour le Québec.
Et là est le danger. Le PLQ se présente plus que jamais comme un parti d'intérêts. Son projet, c'est le pouvoir, tout le pouvoir, mis au service d'intérêts privés. Et bonjour le clientélisme, le favoritisme, les PPP dans tous les secteurs où il y a de l'argent à faire : énergie, infrastructures, santé...
Ainsi, avant de quitter la vie politique cet été, le titulaire de la Santé, Philippe Couillard, signait un arrêté ministériel favorisant son nouvel employeur en allongeant la liste des traitements médicaux qui pourront maintenant être dispensés dans les cliniques privées. (1) Mais ce n'était pas encore assez : à la demande des médecins spécialistes, cette liste peu de temps après a encore été modifiée afin d'inclure des chirurgies sous anesthésie générale, régionale et locale. (2) Le secteur des infrastructures est aussi ciblé. Le parachèvement de l'autoroute 30 en PPP coûtera vraisemblablement des centaines de millions aux contribuables selon des récentes révélations (3) (4) (5) Le troisième programme de minicentrales hydroélectriques ne permettra aucun accès du public aux documents d'appel d'offres, d'analyse des propositions, aux contrats entre les municipalités et les partenaires, empêchant ainsi l'analyse indépendante de la rentabilité des projets, des sommes versées aux municipalités, des ententes avec Hydro-Québec et les promoteurs...
Ces exemples parlent d'eux-mêmes. Lorsqu'un parti garde le pouvoir trop longtemps, il ne peut échapper au pourrissement de son éthique de la gouvernance. C'est ce qui est arrivé au Parti libéral du Canada, comme nous l'a révélé le scandale des commandites, et c'est ce qui est en train d'arriver au parti de Jean Charest, qui sera bientôt réélu pour un troisiôme mandat, du jamais vu depuis Duplessis, et qui n'a jamais eu d'autres projets que celui d'une « réingénérie » conçue comme une dilapidation du bien public.
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(1) Lacoursière, Ariane. « La CSN et la FTQ tentent de stopper le développement du privé en santé ». Cyberpresse [En ligne] (Jeudi 27 novembre 2008) (Page consultée le 27 novembre 2008)
(2) Beauchemin, Malorie. « Couillard a ouvert la porte au privé avant de quitter ». Cyberpresse [En ligne] (Mecredi 20 août 2008) (Page consultée le 27 novembre 2008)
(3) Francoeur, Louis Gilles. « Prolongement de l'A-30 en PPP - Québec a versé 27 millions à des consultants ». Le Devoir [En ligne]. (Mercredi 19 novembre 2008) (Page consultée le 27 novembre 2008)
(4) Francoeur, Louis Gilles. « Autoroute 30 - Les ingénieurs du gouvernement contestent les chiffres de l'Agence des PPP ». Le Devoir [En ligne]. (Vendredi 7 novembre 2008) (Page consultée le 27 novembre 2008)
(5) Francoeur, Louis Gilles. « A-30 en PPP : les contribuables épargneraient 751 millions ». Le Devoir [En ligne]. (Jeudi 6 novembre 2008) (Page consultée le 27 novembre 2008)