Rechercher dans ma chambre

vendredi, décembre 26, 2025

Mon année culturelle 2025

Cette année, comme en 2024, j'ai lu quarante-cinq livres. J'aurais atteint mon objectif de cinquante livres si un projet d'écriture n'avait pas accaparé mon temps, mes pensées, de la mi-octobre jusqu'au début décembre. 

Donc, voici, par ordre chronologique, avec ou sans commentaire, les (re)lectures et (re)visionnements qui m'ont le plus marqué. 

Romans, récits

Les derniers grizzlys, de Rick Bass. Nature writing. Il faut aimer le genre. Ce qui est mon cas.

La Charrette, et L'Amélanchier, de Jacques Ferron.

La Clé à molette, Primo Levi. L'idée ne me serait jamais venue d'associer Levi à un outil. 

Monsieur Melville, de Victor-Lévy Beaulieu. Ma lecture de l'année. Un essai sur l'écrivain Herman Melville, une « lecture-fiction » de ses œuvres, dans laquelle Victor-Lévy Beaulieu cherche à saisir le personnage Melville de l'intérieur, se tenant au plus près de lui, jusqu'entre les lignes, tel un « médium », « pour lui arracher ses vérités ». Un essai « total » à travers lequel le biographe-lecteur, nommé Abel Beauchemin, alter ego de Beaulieu, cherche tout autant à se saisir lui-même, lui qui multiplie les marques d'identification à Melville, réunit son univers fictionnel d'écrivain au sien, sa Mattavinie imaginaire à Arrowhead où vécut l'auteur de Moby Dick de 1850 à 1863. Ainsi enfermé dans sa lecture, se voulant hors d'atteinte, Abel peut exprimer sa « sensibilité », ses tourments, ses échecs symptomatiques... Un grand voyage au cœur de l'œuvre melvillienne, au terme duquel Abel pourra entreprendre le récit familial de la « Grande Tribu » des Beauchemin. On mesurera mieux la réussite de Beaulieu si on compare Monsieur Melville au décevant La Part de l'océan, de Dominique Fortier. Le premier fait de Melville un modèle de réussite, alors que la seconde ne cache pas que la lecture de Moby Dick lui a été pénible. De plus, rebutée par l'univers mental de son auteur, trop sexiste, elle invente parallèlement une histoire compensatoire, incohérente, puérilement revancharde. Fait étonnant : Beaulieu accorde une place importante à la soeur de Melville, Augusta ; Fortier, pas un mot.

Bartleby le scribe, de Herman Melville. « I would rather not to ». Inoubliable.

L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, de Miguel de Cervantes. Voulant lire le second tome – trente ans plus tard ! –  j'ai repris depuis le début.

Kolkhoze, puis L'adversaire, d'Emmanuel Carrère. Kolkhoze constitue une bonne introduction à l'œuvre d'Emmanuel Carrère. On y retrouve ses thèmes de prédilection (vérité, mensonge, réalité, secret, angoisse) qui sont aussi, pour la plupart, les miens ; on comprend pourquoi l'écriture au je y est si importante, tout comme le pacte de vérité. Je ne partage nullement l'opinion de l'ami Jodoin qui voit dans Kolkhoze un récit qui « traîne en longueur »...

« Un récit traversé par la rencontre de multiples figures illustres. Trop visibles. Majuscules. Ça nombarde et pavanomme à foison. »

Pour ma part, j'ai trouvé cette lecture très stimulantes ; comme Laferrière, Carrère éveille ma curiosité, me donne le goût de lire, me transmet une énergie intellectuelle qui éloigne de la complaisance narcissique, ouvre au monde extérieur. 

Sur le plan formel, l'œuvre est très réussie. Un art de raconter, par petites touches, par de courtes anecdotes, chacune faisant l'objet d'une section, pour un total de 222 sections. Une structure narrative basée sur la répétition de motifs divers : trois sections intitulées « Kolkhoze » ; quatre sections « Hôtel Ukraine » ; six occurrences de ce très significatif « clin d’œil curieux de l’Histoire à un couple du XXe siècle… » ; six occurrences du « coffret de bois » contenant une carte postale d’Hélène, etc. Ces répétitions laissent l’impression d’un récit qui revient sur ses pas, comme pour suggérer un temps circulaire qui s’opposerait au temps linéaire menant à la mort. Mais plus le récit s'achemine vers la fin, plus les sections sont courtes, le temps ralentit, et la mort approche, jusqu'à l'ultime moment, saisi au plus près : « On court, on se place tous les trois autour du lit, Marina à sa gauche, Nathalie et moi à sa droite. Anne a cru qu’elle ne respirait plus, mais elle respire encore une fois. Une seconde, après une très longue pause. La pause suivante dure. Nous sommes suspendus à son souffle, priant pour que ça ne reparte pas. Ça n’est pas reparti. Elle était morte. Samedi 5 août, 17 h 15, nous trois autour d’elle ». Il ne reste alors plus qu'un chapitre de trois sections, dont la dernière, magnifique, nous laisse avec le père, dans son ascension vers la borne de signalisation romaine ; un explicit tout en ouverture, qui nous rappelle que c'est le père qui porte la « dimension verticale de la vie », la mémoire, une certaine vérité. Le père et, à sa suite, le fils.

Essais

Le Monde d'hier, de Stefan Zweig.

L'Heure des prédateurs, de Giuliano Da Empoli. Mon essai de l'année. 

C'était au temps des mammouths laineux, de Serge Bouchard. 

Amerigo, de Stefan Zweig.

Je suis vivant et vous êtes mort, d'Emmanuel Carrère. Une excellente biographie de Philip K. Dick.

BD

Chroniques birmanes, de G. Delisle.

Persepolis 1, 2, 3 et 4, de Marjane Satrapi. Ma BD de l'année.

Films

Une Langue universelle, de Matthew Rankin. Winnipeg, une ville iranienne. Un film déjanté, truffé de références à Abbas Kiarostami. Mon film de l'année.

Où est la maison de mon ami, puis Et la vie continue, d'Abbas Kiarostami. Le film de Rankin m'a donné l'envie de revoir les deux premiers volets de ce que la critique a appelé la Trilogie de Koker.

Voici l'ensemble de mes (re)lectures et (re)visionnements de l'année, avec les liens pour plus d'information :

Janvier : Veiller sur elle (J.-B. Andrea) (Rn) (7), Si une nuit d'hiver un voyageur (I. Calvino) (Rn) (19), La Végétarienne (H. Kang) (Rn) (25), Chroniques birmanes (G. Delisle) (BD) (28) ; février : La Vallée des rubis (J. Kessel) (Rn) (2), Les Corrections (J. Franzen) (Rn) (17), Des bibliothèques pleines de fantômes (J. Bonnet) (E) (22) ; mars : Le Monde d'hier (S. Zweig) (Rn) (8), Mondes nouveaux (S. Zweig) (E) (10), Price (S. Tesich) (Rn) (19), Devenir fasciste (M. Fortier) (E) (26), Les Têtes réduites (J.-F. Nadeau) (E) (30) ; avril : Les Derniers grizzlys (R. Bass) (Rt) (6), Le Gang de la clef à molette (E. Abbey) (Rn) (21), Persepolis (M. Satrapi) (BD) (30) ; mai : Une Langue universelle (M. Rankin) (F) (5), Persepolis 2 (M. Satrapi) (BD) (5), Persepolis 3 (M. Satrapi) (BD) (8), Persepolis 4 (M. Satrapi) (BD) (10), Du trop de réalité (A. Le Brun) (E) (15), La Charrette (J. Ferron) (Rn) (16), Où est la maison de mon ami (A. Kiarostami) (F) (r), L'Amélanchier (J. Ferron) (Rn) (C) (r) (20), Et la vie continue (A. Kiarostami) (F) (r), Au travers des oliviers (A. Kiarostami) (F) (r) (27), La Chaise du maréchal ferrant (J. Ferron) (C) (27), L'Heure des prédateurs (G. da Empoli) (E) (30) ; juin : Le Cas Trump (A. Roy) (E) (1), La Clé à molette (P. Lévi) (Rn) (7), Inconnu à cette adresse (K. Taylor) (RÉ) (8), Sang et or (J. Panahi) (F) (8), Hors jeu (J. Panahi) (F) (9), Monsieur Melville 1. Dans les aveilles de Moby Dick (V. L. Beaulieu) (RB) (19), Monsieur Melvillle 2. Lorsque souffle Moby Dick (V. L. Beaulieu) (RB), Monsieur Melvillle 3. L'après Moby Dick et la souveraine poésie (V. L. Beaulieu) (RB) (29) ; juillet : La Part de l'océan (D. Fortier) (Rn) (7), Géographies de la solitude (J. Mills) (D) (9), Bartleby, le scribe (H. Melville) (N) (11), Le Voyageur et la tour (A. Manguel) (E) )16), L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche 1 (M. de Cervantès) (Rn) (r) (29) ; août : L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche 2 (M. de Cervantès) (Rn) (11), Ils étaient l'Amérique (S. Bouchard) (E) (14), Spleen en Corrèze (D. Tillinac) (Rn) (16), C'était au temps des mammouths laineux (S. Bouchard) (E) (29), Samouraï (F. Caro) (Rn) (31) ; septembre : Amerigo (S. Zweig) (E) (4), Kolkhoze (E. Carrère) (RB) (11), Okurimono (L. Lévesque) (D) (12), La Moustache (E. Carrère) (Rn) (16), La Classe de neige (E. Carrère) (Rn) (18), Je suis vivant et vous êtes mort (E. Carrère) (B) (30) ; octobre : L'adversaire (E. Carrère) (Rt) (15), Un Certain art de vivre (D. Laferrière) (20) ; novembre : L'Oreille absolue (A. Desarthe) (Rn) (17) ; décembre : Yannick (Q. Dupieux) (F) (7), La Maison vide (L. Mauvigner) (Rn) (14)


Légende : Les chiffres entre parenthèses indiquent la date de fin de lecture ou de visionnement ; B : Biographie ; BD : bande dessinée ; BL : beau livre ; C : conte ; CP : conte philosophique ; CT : courts textes ; D : documentaire ; E : essai ; EA : essai autobiographique ; F : film ; FA : film d'animation ; J : journal ; L : lettres ; N : nouvelles ; Pe : poésie ; Pr : polar ; r : relecture ou revisionnement ; RA : récit ou roman autobiographique ; RB : récit biographique ; 
RÉ : Roman épistolaire ; Rt : récit ; Rn : roman ; RP : roman philosophique ;  RS : récit de soi 


jeudi, août 07, 2025

Pierre Foglia (1940-2025)

Foglia est mort depuis quelques jours déjà, et je n'en reviens toujours pas d'être là, avec ma vie suspendue à un fil, alors que lui n'est plus que cendre et souvenirs. 

J'ai commencé à le lire vers le milieu des années 1980, au temps du cégep. En 1992, je lui ai écrit une première fois. Il m'a répondu dans une chronique où il me qualifiait aimablement de « petit nouveau ». Ma lettre devait montrer une certaine candeur, une déférence ingénue, j'imagine. 

Foglia m'aidait à réfléchir. Parce qu'il était rarement là où je l'attendais. Parce qu'il écrivait contre. Contre le « consensus mou », les certitudes spontanées, la « complaisance dans l'indignation », tout ce moralisme qu'il a vu venir comme une lame de fond, débusqué dans les moindres déclarations, les faits apparemment les plus anodins. Parce qu'il écrivait parfois ce que je n'aurais jamais osé penser, ou plutôt : ce que j'aurais été incapable de penser, par inculture, par conformisme. Aujourd'hui je réalise qu'il m'a aidé à m'affranchir de ce conformisme – mais rien n'est acquis ! –, de ce besoin de soumission qui est le propre de l'homme et sa fiancée, et qui chez moi répondait à l'appel de l'enfant seul que j'ai été.

Mais, seules, les idées ne mènent pas loin, vite lues, vite oubliées, si elles ne sont pas portées par le style. C'est parce qu'il bûchait des heures sur son papier – jusqu'à quatorze heures, paraît-il, pour quelque mille mots – que vous achetiez la grosse Presse du samedi, et vivement la page A5 ! Il nous fallait notre dose. Le style, une drogue dure ? Voici ce que notre chroniqueur écrit à propos de Voyage au Portugal avec un Allemand, de Louis Gauthier : « Je vous le dis tout de suite, c’est une histoire sans aucun intérêt. Et pourtant obsédante. Organique. Un champignon magique. Tu le goûtes : bof. Mais une heure après t’es gelé comme une balle. Deux semaines après, t’es pas encore redescendu. Un climat. Un style. »

Puis, il ajoute : Gauthier « dit des choses menues et communes et pourtant, il est là, extraordinairement présent à côté de nous. Tout le temps qu’on le lit, on entend sa voix, un filet de voix, et en même temps qu’on se fout complètement de ce qu’il raconte ».

Sa présence forte, immédiate, addictive, Foglia la produit très différemment de Gauthier, par un effet d'oralité qui lui est propre : interpellation du lecteur, de la lectrice, phrases courtes, ponctuation minimale, registre familier, emploi (parcimonieux) du joual, registre soutenu, aphorismes, autodérision, humour... Le résultat est une prose vivante, libre, imprévisible, qui laisse une impression de vérité (« les mots vivent quand ils sont sincères »). 

Ce qui me le rapproche encore plus, c'est que, comme tout écrivain.e, il est d'abord un lecteur. Son panthéon : Louis-Ferdinand Céline (« mon maître », « notre maître à tous en écriture moderne »), Charles Bukowski (« Bukowski me raconte, sans style ou presque, des histoires qui ne m'intéressent pas, et pourtant je trippe comme un cochon »), peut-être Emil Cioran... Faut-il rappeler que notre chroniqueur est un pessimiste, un homme habité par la pensée de la mort ? 

À côté de Céline, il faut placer Annie Ernaux, découverte tardivement, lorsqu'a paru Les Années, chef-d'œuvre qu'il place au sommet de son top 10, devant Voyage au bout de la nuit. C'est dire l'admiration.

Au Québec, c'est moins clair. Ferron, Gauthier, oui. Laferrière aussi. Ces noms reviennent souvent. Mais ensuite...

Il y a enfin, me dit l'ami Bruno, Vialatte, l'autre « maître » dont se réclame Foglia. Aucun souvenir d'avoir lu ce nom nulle part. A fallu que je retourne dans les archives : ben oui, toi, 'ga'de don' ça... Alexandre Vialatte, dont « un des principaux titres de notoriété », nous dit Wikipédia, sont ces Chroniques de La Montagne posthumes.  

Le bouquin, une brique de plus de 1000 pages, attend depuis quelques jours sur ma table d'être numérisé. Grosse job ! Un écrivain de plus qu'il m'aura fait connaître (mais pas Gauthier, pas Céline, qui sont des rencontres antérieures)

Tiens, tiens, j'ai commencé ce texte à l'imparfait, puis, à mi-chemin, en citant Foglia, s'en m'en rendre compte je suis revenu au présent de l'indicatif, qui est aussi le présent du sentiment, des mots vivants et, dans son cas : sincères, vrais. 

« La vérité ne meurt jamais ».

Allez, je vous embrasse.

 

Références : 

Céline, Louis-Ferdinand, Voyage au bout de la nuit, Paris, Gallimard (coll. « Folio »), 1972 (1952), 624 pages.

Ernaux, Annie, Les Années, Paris, Gallimard (coll. « Folio »), 2008, 256 pages.

Foglia, Pierre, « L'ironie n'est pas un muscle », La Presse, 13 juillet 2001, p. S10.

Foglia, Pierre, « La sincérité des mots », La Presse, 12 mars 1994, p. A5.

Foglia, Pierre, « La littérature et la haine », La Presse, 27 janvier 2011, p. A5.

Foglia, Pierre, « Le style », La Presse, 2 mai 2002, p. A5

Foglia, Pierre, « Les enfants attardés », La Presse, 8 octobre 2005, p. A5.

Foglia, Pierre, « Puis-je reparler de mes chats ? », La Presse, 2 octobre 2001, p. A5.

Foglia, Pierre,  « Une job pour rien », La Presse3 mars 1998, p. A5.

Gauthier, Louis, Voyage au Portugal avec un Allemand, Montréal, Fides, 2002, 181 pages.

Vialatte, Alexandre, Chroniques de La Montagne, Tome 1, Paris, Laffont, 2000, 1140 pages.

dimanche, janvier 12, 2025

Le Grand marin, de Catherine Poulain

Une histoire de marins. Je ne m’étais pas donner ce plaisir depuis longtemps. Mais, ici, nous sommes très loin de Maître à bord. Chez Catherine Poulain, nul exploit à la Jack Aubrey ; la narratrice du Grand marin est une antihéroïne. Chez elle, plutôt de la détermination, l’irrépressible désir de vivre librement, à l’égal des hommes, ces marins qui lui font peur, et dont elle veut gagner le respect. Poulain nous décrit très bien ce petit monde fermé, généreux, mais dur et, à la fin, oppressif, des pêcheurs de l’île Kodiak, en Alaska. Des hommes du pays, d’autres venus des « lower forty-eight », et d’Europe ; des Indiens aussi. La plupart paumés, sans le sou, en proie au vide de l’existence, fuyant leur réalité dans l’alcool ainsi qu’à bord des bateaux de pêche, seuls échappatoires possibles. 
 
À son arrivée, la narratrice se contente de crème glacée et de pop corns, mais, avalée par ce monde glauque -- et ce paysage magnifié -- auquel elle veut appartenir, il ne lui faut pas beaucoup de temps pour se retrouver, elle aussi, dans les nombreux bars de cette petite localité. En fait, elle ne tient pas en place. Une itinérante, pour ainsi dire, qui n’a rien à elle, ne dort jamais deux nuits au même endroit, passant d’un bateau à l’autre, parfois la cabine d’une vieille camionnette abandonnée... Le mouvement est sa plus fondamentale revendication, mouvement qui est aussi celui de la mer, des oiseaux… et des hommes qui, eux, se permettent toutes les libertés. Ses motivations ne nous sont pas connues. La voilà, dès l’incipit, qui quitte « Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux », et ses bar remplis, comme sur un coup de tête : « Je ne veux plus mourir d’ennui, de bière, d’une balle perdue ». Mais, par la suite, des motifs plus sordides sont suggérés. Elle finira elle-même par se désigner comme une « runaway ».
 
Il faut souligner l’écriture de Catherine Poulain, tout en mouvement elle aussi, souple, poétique par moments, mais qui ne force jamais le lyrisme ; les métaphores, belles, sensuelles, ne chargent pas le récit d’effets ornementaux, mais l’éclairent et lui donnent sens.
 
Ce récit a également le bonheur de nous éviter les vérités sentencieuses du voyageur-philosophe posant sur le monde son regard de radoteur humaniste. La narratrice du Grand marin nous parle à hauteur de femmes, la figure dans la saumure, dans le sang, et dans l’odeur fétide des hommes. Pour autant, elle ne nous en donne pas moins à saisir bien des réalités. Réalité du sexisme, parfois direct et brutal, parfois masqué sous des intentions bienveillantes. Réalité d’une certaine xénophobie : tous ces étrangers qui convergent vers l’Alaska, avec leurs problèmes, leurs misères, leurs chimères. Réalité environnementale : la boucherie qu’est la pêche à la palangre, tous ces poissons morts qu’il faut rejeter à la mer pour ne pas dépasser les quotas...
 
 
Catherine Poulain, Le Grand marin, Paris, l'Olivier, 2016, 384 p. Édition numérique.