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dimanche, janvier 16, 2011

Haïti, un an plus tard

Le 12 janvier 2010, à 16 h 53, Port-au-Prince, capitale d’Haïti, était rayée de la carte. Tout autour, des villages subissaient le même sort.

Plus de 220 000 morts.

Des centaines d’ONG ont alors déferlé sur la « perle des Antilles », au secours des victimes ; des milliards de dollars ont été promis devant les caméras pour la reconstruction ; et… rien n’a été fait. Cinq pour cent des débris ont été enlevés ; 800 000 personnes vivent toujours dans des camps insalubres, 100 000 autres vivent dans des abris provisoires aménagés par l’aide internationale, et 600 000 sont « retourné[e]s dans leurs maisons, même si beaucoup vivent dans leur cour, par crainte de nouveaux effondrements » (1) ; l’État ne dispose toujours pas d’édifices permanents où loger les ministères ; et, comme si cela ne suffisait pas, le choléra, disparu depuis un siècle, est réapparu et s’est propagé à une vitesse fulgurante. Deux enquêtes épidémiologiques ont confirmé que la source de l’épidémie – qui a causé jusqu’à présent 3600 décès -- provenait du camp népalais de la Minustah, situé près de Mirebalais, dans le centre du pays. (2) Inutile de dire que la MINUSTAH est l’objet d’un discrédit total et définitif ; un texte paru dans Le Monde parle d’un « fossé » qui sépare désormais la communauté internationale de la population haïtienne. (3)

La responsabilité des grandes puissances, en particulier les États-Unis, est immense. En 1980, la région de Port-au-Prince comptait environ 700 000 habitants, trente ans plus tard, au moment du bagay la, ils étaient plus de 2,5 millions. L’urbanisation est un phénomène mondial qui remonte à très longtemps. Cependant, le cas haïtien, comme celui de plusieurs pays pauvres, présente une particularité qui doit nous interpeller. En 1986, Haïti s’est engagée dans des « programmes d’ajustement structurel », tristement célèbres, imposés par le FMI et la BM en échange d’aide financière. (4) Ces deux institutions, contrôlées par l’Europe et les États-Unis, ont forcé le pays à réduire ses tarifs douaniers sur les produits agricoles étrangers, subventionnés à coups de milliards. Les prix de certains produits ont chuté, acculant les agriculteurs haïtiens à la faillite, provoquant un exode des campagnes vers la ville. Les politiques odieuses du FMI ont détruit le tissu social et sont responsables non seulement du nombre élevé de victimes du séisme de l’an passé, mais aussi de la crise alimentaire qui a frappé en 2008 et menace de frapper cette année encore.

De l’espoir pour Haïti ?

Ce pays trahi par sa classe possédante, mis de facto sous tutelle étrangère, peut difficilement se donner les moyens d’un développement ordonné. Rien n’illustre mieux cette réalité que la présence écrasante des États-Unis qui ont fait construire près de l’aéroport national d’Haïti la quatrième en importance de toutes leurs ambassades, après celles d’Irak, de Chine et d’Allemagne. (4) Avis au successeur de René Préval…

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(1) Centre d’actualité de l’ONU. « Un an après le séisme, Haïti reste confronté à d'énormes défis ».

(2) Benjamin Fernandez. « L’échec des Nations unies en Haïti ». Le Monde diplomatique, 12 janvier 2010.

(3) Jean-Philippe Belleau. « L'imposture des Nations unies en Haïti ». Le Monde.fr, 31 décembre 2010.

(4) « Haïti. Données sur l'agriculture et la crise alimentaire ». Comité catholique contre la fin et pour le développement, avril 2008.

(5) Jean-Pierre Cloutier. « À propos d’Haïti ». [Blogue] Dimanche, 9 janvier 2011.

Lire aussi :

-- « Haïti, le désastre de l’aide humanitaire ». Haïti info / La Nouvelle république, 17 décembre 2010.

-- Rony Brauman et Fabrice Weissman. « Aide internationale : ce qui se passe en Haïti ». Issues de secours, 12 janvier 2011.

mercredi, octobre 13, 2010

La ministre Normandeau à Tout le monde en parle

Lors de son passage à Tout le monde en parle, la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a joué à fond la carte nationaliste, quelque chose comme : pourquoi on se donnerait pas la chance historique d'exploiter une ressource abondante qui nous profitera à nous, Québécois, comme on l'a fait avec l'hydroélectricité ?

La comparaison avec l'hydroélectricité est assez malvenue puisque cette ressource a été nationalisée dans les années 1960. Or, les gaz de shale vont demeurer la propriété des entreprises qui ont obtenu pour une bouchée de pain les droits d'exploitation. La ministre trompe les Québécois quand elle présente cette dépossession comme une appropriation de « notre » ressource.

Son argument pour justifier le coût dérisoire des droits est de la même eau : les entreprises québécoises sont jeunes et n'ont pas encore les moyens financiers de payer des droits élevés. Ah oui ? Les entreprises qui ont obtenu les droits sur les gaz de schiste ne sont pourtant pas toutes québécoises. Talisman Energy, par exemple, est une multinationale albertaine dont les revenus en 2009 ont dépassé les sept milliards de dollars.

Cette idée que la ministre voudrait bien nous enfoncer dans le crâne (pourquoi pas au moyen d'un forage, tiens !), cette idée que les Québécois doivent s'approprier leur ressource, fait l'impasse sur une réalité toute simple : le marché de l'énergie est déréglementé et mondialisé ; les entreprises qui détiennent les droits sur les ressources du sous-sol québécois peuvent en disposer à leur guise, en vendre une petite partie sur le marché local et exporter le reste. D'ailleurs le ministre des Finances lui-même, Claude Bachand, admet cet possibilité. (1)

L’animateur de Tout le monde en parle a trouvé Normandeau solide. Moi, impudente

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(1) Charles Côté. « Gaz de schiste: le ministère des Finances envisage l'exportation ». cyberpresse.ca, 13 octobre 2010 (page consultée le jeudi 14 octobre 2010)

vendredi, septembre 17, 2010

La vermine

Juste avant que j’attrape ce foutu rhume carabiné… On dit : attraper, mais c’est plutôt le rhume qui nous attrape. C’est vivant cette vermine ! Tellement vivant que j’ai cru que j’allais en crever. Mais ce n’était qu’une fausse alerte. Me voilà de retour, au lit certes, mais tout de même capable de lire les journaux sur l’Internet.

Juste avant que j’attrape le rhume, disais-je, il était beaucoup question des panneaux de signalisation routière que le gouvernement Charest veut remplacer au plus vite à la grandeur du Québec. Il y en a 400 000 ; une bagatelle de 700 millions. Et pourquoi tant de hâte ? Pour « accommoder une population vieillissante » (1) qui pourraient avoir de la difficulté à lire les panneaux actuels. Réjouissons-nous d’avoir un gouvernement si accommodant. Comme par hasard, le service chargé de la fabrication de ces panneaux vient d’être cédé au secteur privé. (2)

De retour de l’hôpital, qu’est-ce que je lis ? Les gaz de schiste par-ci, les gaz de schiste par-là, des hommes d’affaires qui se frottent les mains, André Caillé qui nous prend pour des valises (3) et un gouvernement libéral qui, une fois de plus, couche avec l’industrie. Et la plus pute de toutes, la ministre des Ressources naturelles, qui nous dit que si nous voulons conserver nos garderies à sept dollars, eh ben il faut faire des « choix judicieux » : ce sera les gaz de schiste. (4) Car il faut voir plus loin que le bout de son nez, il faut penser à l’avenir, notre système de santé, nos services sociaux, ce dont nous sommes, nous petites gens, manifestement incapables.

Si bien lancée, Normandeau ne s’est pas arrêtée là. Les gaz de schiste, c’est comme la belle époque de René Lévesque et du développement de l’hydroélectricité, dit-elle. Remarquez, elle n’est pas aller jusqu’à évoquer la nationalisation de cette ressource. Trop dangereux. Explosif. Les gaz de schiste doivent d’abord profiter au secteur privé, quelques entreprises québécoises qui prospectent le sous-sol québécois depuis une dizaine d’années, et des multinationales d’Alberta et d’ailleurs qui éventuellement vont les avaler. Nos ressources gazières sont essentiellement destinées à l’exportation. Le marché de l’énergie n’a pas de frontières, le pétrole et le gaz se vendent sur les places boursières, l’acheteur peut être chinois ou brésilien. La ministre Normandeau sait très bien cela, mais le mot d’ordre du gouvernement et de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), c’est de nous bullshiter jusqu’au « consensus ».

Ce qui me tue, c’est l’effronterie de la manœuvre, le mépris qui lui est sous-jacent. Les ficelles sont si grosses, pour ne pas dire grossières : du personnel politique au plus haut échelon passe d’urgence au service du lobby gazier, (5) des firmes de relations publiques sont enrôlées, quatre « consultations » publiques sont lancées de front alors que le BAPE -- le seul organisme consultatif à pouvoir mener un tel débat au nom de l’intérêt de tous les Québécois – de son côté a reçu un mandat biaisé, limité à quatre mois alors qu’il lui faudrait plusieurs années. (6)

Cette fin de semaine, c’est justement la fin de semaine Nettoyons la Terre. Une bonne occasion de nous débarrasser de nos déchets politiques et de cette vermine affairiste et cupide qui menace la santé démocratique du Québec.

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 (1) Fabien Deglise. « Panneaux neufs : une manne de 700 millions pour le privé ». Le Devoir, 4 août 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(2) Fabien Deglise. « Transports Québec - Tomber dans le panneau du vieillissement ». Le Devoir, 5 août 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(3) Pierre Foglia. « Les valises ». cyberpresse.ca, 2 septembre 2010.

(4) Alexandre Shields. « Gaz de schiste : Normandeau fait vibrer des cordes sensibles ». Le Devoir, 15 septembre 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(5) Antoine Robitaille. « Un gouvernement en crise - Les schistes, une filière libérale ? ». Le Devoir, 3 septembre 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

(6) Louis-Gilles Francoeur. « Deux experts se prononcent - Le BAPE : un mandat atrophié ». Le Devoir, 4 septembre 2010. (Page consultée le 15 septembre 2010)

jeudi, décembre 17, 2009

La tranquille certitude de la ministre Courchesne

Le Parti libéral du Québec est corrompu. La cause est entendue et il n'y a, ma foi, plus grand chose à en dire. Reste la sentence, qui sera prononcée au prochain scrutin.

J'ai tout de même trouvé assez savoureux, lors d'un point de presse le 2 décembre dernier, l'aveu involontaire de la ministre Courchesne : « Vous savez aussi bien que moi qu'il y a beaucoup, moi, je dirais [que] la majorité des entreprises privées soutiennent tous les partis politiques ». (1) Et comme pour s'enfoncer encore un peu plus, elle a ensuite répété le commentaire en anglais.

Commentaire qui n'a rien d'un lapsus inopportun, mais tout d'une tranquille certitude... contraire à la loi. Celle-ci en effet ne permet que les dons individuels d'argent, jusqu'à un maximum de 3000 $ par individu, par année.

Inutile de dire que M. le directeur général des élections a froncé les sourcils. Surtout que c'est la deuxième fois qu'un ministre libéral se compromet ainsi.

Dans la masse des révélations des dernières semaines, ce fait anecdotique a le mérite de nous confirmer que Mme Courchesne sait très bien, tout comme ses collègues, où aller chercher les 100 000 $ qu'elle est tenue d'apporter au PLQ à chaque année. (2)

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(1) Presse canadienne. « En bref - Courchesne devra s'expliquer ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 15 décembre 2009) (Page consultée le 17 décembre 2009)

(2) Presse canadienne. « Financement du PLQ : les ministres donnent l'exemple ». Le Devoir [En ligne] (Vendredi, 11 décembre 2009) (Page consultée le 17 décembre 2009)

Sur le même sujet :

Presse canadienne. « Financement du Parti libéral du Québec - Normandeau défend les pratiques ». Le Devoir [En ligne] (Mardi, 9 mars 2010) (Page consultée le 9 mars 2010)