Rechercher dans ma chambre

vendredi, mai 26, 2006

Écriture et émotions

Tobleronline à laissé un commentaire à mon dernier billet. J'aimerais y répondre.

Bien écrire, dites-vous, n'a pas d'importance, ce qui importe surtout c'est la « valeur émotionnelle » de l'écriture.

Oui et non.

Si je vous présente un manuscrit en vous disant que je vais le faire publier, alors oui, bien écrire est important. Ce n'est pas une question de principe, ce n'est pas du purisme, c'est simplement qu'un texte bien écrit est, au-delà de l'orthographe et de la grammaire, un texte qui permet à l'émotion de « passer ». Vous pouvez avoir une très bonne idée, par exemple un événement drôle qui vous serait arrivé, si vous ne savez pas raconter, traduire en mots cet événement, l'émotion qui vous habite demeurera à jamais enfermée en vous. En vous lisant, ou en vous écoutant, les gens comprendront ce que vous avez vécu, souriront sans doute, mais l'émotion en tant que telle, ce saisissement qui amène le rire, ils ne le ressentiront pas. D'ailleurs, plus l'émotion est subtile, plus il est difficile de la rendre. C'est vrai pour un écrit, pour un film, une chanson, un tableau... L'art est affaire d'émotions ; c'est ce qui fait sa force aussi bien que son exigence.

Mon billet ne questionne pas l'écriture, qui peut être une activité très enrichissante, je pense par exemple à l'écriture des rêves qui est un outil « thérapeutique », comme vous dites, un outil d'introspection extrêmement efficace. Alors là, en effet, le style, le travail ardu de la langue, n'a pas d'importance, seule la spontanéité en a. Non, mon billet questionne plutôt le désir de ceux qui écrivent d'occuper la pensée d'autrui, ce qui est très différent. Comme je l'ai dit, ce désir traduit un manque, une profonde solitude de l'âme dont il faut au moins être conscient.

Vous dites que bien écrire n'a pas d'importance, et pourtant vous vous faites un « devoir » -- pourquoi pas un plaisir ? -- de « fouiller au moins dix blogues par jour ». Quoi, il faudrait lire ces mauvais textes par devoir ?! Ou par calcul : je lis les autres parce que je veux être lu en retour. Une échange de politesses en quelque sorte. Allez sur le blogue de Picasso, vous verrez, c'est dit textuellement.

Ce n'est pas ainsi, quant à moi, que je fonctionne. Là où mon plaisir s'arrête, je m'arrête. Si je lis chaque jour quelques billets, ce n'est pas pour d'autres raisons que le plaisir de stimuler ma propre réflexion.

Aucun commentaire: